Pour la reconnaissance par la République du massacre du 17 octobre 1961 à Paris

Pour la reconnaissance par la République du massacre
du 17 octobre 1961 à Paris

Communiqué LDH

Le 17 octobre 1961, vers la fin de la guerre d’Algérie, des dizaines de milliers d’Algériens ont manifesté sans armes dans Paris pour protester contre un couvre-feu discriminatoire qui leur avait été imposé. Dix mille furent arrêtés, torturés, certains jetés dans la Seine, et plus d’un millier transportés en Algérie dans des camps militaires. A Paris, le jour même, comme dans ces camps, ils furent nombreux à perdre la vie.

Ces faits ont été dissimulés pendant des décennies. Depuis, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) n’a eu de cesse d’appeler à la justice et à la vérité. Soixante ans après, il est plus que temps. C’est pourquoi la LDH demande aux plus hautes autorités de la République de les reconnaître pleinement et d’assurer la liberté d’accès des citoyens à toutes les archives permettant d’établir leur enchaînement.

Elle invite le président de la République à prendre, en 2022 à l’occasion des soixante ans du cessez-le-feu qui a conduit à l’indépendance de l’Algérie, conformément aux préconisations formulées dans le rapport que lui a remis l’historien Benjamin Stora, des initiatives fortes marquant le refus de la France de perpétuer les préjugés et les comportements racistes hérités de l’époque coloniale.

Pour contribuer à l’histoire de cet événement du 17 octobre 1961, la LDH co-organise le vendredi 15 octobre un colloque international au Sénat, et appelle à participer aux initiatives organisées dans toute la France le dimanche 17 octobre, comme à la marche prévue à Paris pour commémorer cette tragédie et rendre hommage aux victimes.

Paris, le 12 octobre 2020

Télécharger le communiqué « Pour la reconnaissance du massacre du 17 octobre 161 » en PDF

COLLOQUE INTERNATIONAL
« 17 Octobre 1961,
la gangrène du racisme »

Le vendredi 15 octobre de 13h à 18h, au Sénat – Palais du Luxembourg

Inscription obligatoire au : 06 09 47 08 16

• Introduction d’accueil par David Assouline, sénateur et historien

• Modératrice : Samia Messaoudi, journaliste

• Présentation de la journée et rappel du rôle de l’association Au nom de la mémoire dans la connaissance et la reconnaissance du 17 octobre 1961, par Samia Messaoudi.

Benjamin Stora, historien
Le contexte de la guerre d’Algérie en France

Linda Amiri, historienne
L’émigration algérienne et la lutte de libération nationale en France

Tassadit Yacine, anthropologue
Dire ou ne pas dire le 17 octobre 1961. L’exemple d’Ourida Séguini, actrice et organisatrice de la manifestation du 17 octobre 1961 au bidonville de la Folie à Nanterre

Sylvie Thénault, historienne (sous réserve)

Fabrice Riceputi, historien
L’apport d’un citoyen chercheur à la connaissance historique et à la reconnaissance publique du 17 octobre 1961 : Jean-Luc Einaudi (1951-2014). Une évocation de son travail pionnier d’historien sans titre, de son combat pour accéder aux archives et de ses confrontations judiciaires avec Maurice Papon.

Bernard Ravenel, historien
La réponse de la gauche au massacre des travailleurs algériens le 17 octobre 1961.

Nadjia Bouzeghrane, journaliste à El Watan (quotidien algérien)
L’année 1991 représente un marqueur pour les médias algériens, particulièrement la presse indépendante naissante, qui s’ouvre dès lors aux évènements du 17 octobre 1961 et des jours suivants à Paris.

Gilles Manceron, historien, Ligue des droits de l’Homme
La connaissance des causes et du bilan du 17 octobre 1961 reste à approfondir.
Pourquoi une répression policière d’une telle intensité contre les Algérien-ne-s marchant pacifiquement dans Paris ? Les divergences politiques au sein du gouvernement français face à la perspective de l’indépendance de l’Algérie restent à étudier. Et pour évaluer le nombre des victimes, le sort des hommes arrêtés et expulsés vers l’Algérie reste à établir.

Daho Djerbal, historien (Algérie)
Transmission d’une histoire douloureuse entre la France et l’Algérie.

Jim House, historien
Évoquer les manifestations des femmes algériennes du 20 octobre 1961 à Paris, tout en les situant dans leur contexte plus large, c’est à dire la participation des Algériennes aux mobilisations pour l’indépendance et contre la répression à Paris et ailleurs en France métropole en octobre 1961.

Yasmina Ali Ouladj, membre d’Au nom de la mémoire
Lecture d’un slam sur le 17 octobre 1961.

• Conclusion des travaux par Mehdi Lallaoui, président de l’association Au nom de la mémoire.

Télécharger le programme en PDF

Appel à manifestation

Comme chaque année, la LDH appelle à manifester le dimanche 17 octobre à 15h du cinéma Rex à la place du Châtelet à Paris.

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire qui leur avait été imposé par le gouvernement de l’époque dont le Premier ministre, Michel Debré, était hostile à l’indépendance de l’Algérie, et le préfet de Police Maurice Papon sous ses ordres. Ils défendaient leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers de ces manifestants furent arrêtés, emprisonnés, torturés – notamment par la « force de police auxiliaire » – ou, pour nombre d’entre eux, refoulés en Algérie. Des centaines perdirent la vie, victimes d’une violence et d’une brutalité extrêmes des forces de police parisiennes.

60 ans après, la vérité est partiellement en marche. Cependant, la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées – en particulier la guerre d’Algérie – non plus que dans le cortège de drames et d’horreurs qu’elles ont entraînés, comme ce crime d’Etat que constitue le 17 octobre 1961. Le 17 octobre 2012, le président de la République (François Hollande) avait certes fait un premier pas important, en déclarant : « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes. »

Mais le terme de crime n’est pas repris, et la responsabilité, sous entendue, n’est pas clairement définie. Nous demandons une parole claire aux autorités de la République, au moment où certains osent encore aujourd’hui continuer à parler des « bienfaits de la colonisation », à célébrer le putsch des généraux à Alger contre la République, à « honorer » les criminels de l’OAS.

Dans ce domaine, il est donc nécessaire que des mesures significatives soient prises :

• que la lumière soit faite sur les soi-disant « retours vers leurs douars d’origine » des Algériens survivants du 17 octobre envoyés en fait dans des camps de la mort de l’Algérie coloniale ;

• que la création d’un lieu de mémoire voué à cet événement, demandée dans la résolution votée par le Sénat en octobre 2012 qui reconnaissait elle aussi ce massacre, soit rapidement mise en œuvre par les autorités de l’Etat, de la ville de Paris et la région Île-de-France ;

• pour être fidèles à leur mission scientifique, les historiens ont besoin de pouvoir accéder librement aux archives, échapper aux contrôles des pouvoirs ou des groupes de pression et travailler ensemble, avec leurs collègues algériens ; 

• la vérité doit être dite sur l’organisation criminelle de l’OAS que certains au sein de la droite et extrême droite politique veulent réhabiliter ; 

• faute d’une telle reconnaissance, le système de ce type de violence policière se reproduit.

Ce n’est qu’à ce prix que pourra disparaître la séquelle la plus grave de la guerre d’Algérie, à savoir le racisme, l’islamophobie et les discriminations dont sont victimes aujourd’hui nombre de citoyennes et citoyens, ressortissants d’origine maghrébine ou des anciennes colonies, y compris sous la forme de violences policières récurrentes, parfois meurtrières.

Ouvrage 17 octobre 1961, de la connaissance à la reconnaissance

Editions Au nom de la mémoire

À l’occasion de la 60e commémoration du 17 octobre 1961, cet ouvrage restitue le combat mené pour la connaissance et la reconnaissance de cette page d’histoire occultée durant de nombreuses années.

L’ouvrage est préfacé par Benjamin Stora, suivi des contributions de David Assouline, Mehdi Lallaoui, Nadjia Bouzeghrane, Brigitte Stora, Gilles Manceron, Olivier Lecour Grandmaison, Tassadit Yacine. Des textes littéraires, des photos, des « une » et des dessins de presse, des contributions des villes de Bagneux (Collectif 1961), Tulle, Valence, La Courneuve, Marseille, Nanterre…

Un livre pour rendre hommage à celles et ceux qui, par leurs actions, mènent la bataille pour la vérité sur le 17 octobre 1961, rendant visible cet événement sombre de l’histoire de France.

Le regard singulier de Monique Hervo dans cet ouvrage témoigne des traces du vécu des habitants en marge de la cité. Ce sont les mémoires du bidonville de Nanterre où vivaient les Algérien.nes. Monique Hervo livre aussi dans cet ouvrage son témoignage à leurs côtés lors de la manifestation du 17 octobre 1961.

Avec le soutien de la ville de Paris, du Sénat et de la Dilcrah

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