Sivens, rien n’est réglé…

Par Jean-François Mignard, secrétaire général adjoint de la LDH

 

Vendredi 6 mars 2015. Le conseil général du Tarn vote à la quasi-unanimité (c’est une pratique locale assez courante…) un nouveau projet de barrage sur la vallée du Testet apparemment revu à la baisse, sans toutefois que les suites de cette décision fassent apparaître la nature précise de ce qui pourrait constituer une alternative à la décision antérieure qui a mis le feu aux poudres.

Dans la foulée, le président du conseil général, que l’on a connu beaucoup moins avisé dans son expression publique, appelle au retour au calme dans un contexte de tension croissante et d’agissements inquiétants : syndicats agricoles bloquant la circulation des personnes, groupes armés et violents quadrillant et faisant régner depuis quelques jours la terreur dans la région, et cela dans une quasi-impunité.

Dans la foulée encore, les forces de police investissent les lieux et procèdent à une évacuation sans violence majeure, avec une retenue dont ils n’ont pas toujours fait preuve. On comptera toutefois une vingtaine d’interpellations de « zadistes », qui se concluent par une quinzaine de gardes à vue et la perspective d’une comparution devant le tribunal correctionnel d’Albi dans les mois à venir.

Ainsi se marque une étape d’un conflit qui a connu la mort d’un jeune militant écologiste, Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, ce dans des conditions confuses quant aux responsabilités des forces de l’ordre engagées depuis plusieurs semaines sur le site de Sivens. À la suite de cet événement, les exécutifs tant nationaux que locaux se sont livrés à la course à la désinformation et aux pas de clerc. On se rappelle que, après que des ministres eurent présenté des informations, plus qu’approximatives, une enquête administrative sur le mode « circulez, y’a rien à voir », fortement appuyée par un battage médiatique, a conclu très rapidement à une non-mise en cause globale des gendarmes mobiles présents… contredite quelques jours après par des procédures judiciaires beaucoup plus sérieuses.

Ne nous y trompons pas, la situation actuelle n’est pas l’épilogue d’une histoire qui a vu, durant des années, sur fond de faiblesse de l’organisation de la décision publique, se mêler pratiques clientélistes de notables porteurs de casquettes multiples, jeux d’influence de lobbies agricoles et comportements de responsables divers contournant règlements et lois aux bénéfices des uns et des autres.

Les responsabilités qui ont conduit aux événements tragiques de Sivens restent à établir, et l’enjeu est de taille, tant ce qui a été vécu là s’apparente à des situations comparables qui se développent sur le territoire national. Consciente de cela, depuis la mort de Rémi Fraisse, la LDH s’est engagée sur ce qui se passe à Sivens. Elle l’a fait sous forme de communiqués, d’articles dans sa revue, mais aussi sur le terrain en mettant en place de façon partenariale une commission d’enquête citoyenne qui, après une première séquence d’auditions et de rencontres menées par des militants locaux, rendra un rapport d’étape dans les prochaines semaines.

 

 

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