Contre la sortie de la répression des délits racistes de la loi de 1881 sur la liberté de la presse

Courrier de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) adressé aux parlementaires

 

Paris, le 22 février 2019

Madame, Monsieur,

Vous êtes appelés par la Licra à soutenir la sortie de la répression des délits racistes de la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

Au-delà de la méthode qui conduit, en quelque sorte, à vous sommer de signer cet appel avant midi, le 22 février, et s’appuie sur l’émotion plus que légitime provoquée par les récents actes antisémites, nous voudrions attirer votre attention sur les conséquences d’une telle démarche.

Celle-ci n’apportera rien à la lutte contre le racisme mais présente de graves dangers pour les libertés publiques.

Nous tenons à rappeler que le racisme est déjà un délit prévu et réprimé par la loi de 1881 mais aussi par d’autres textes quand il s’agit du refus de biens ou de services et constitue, de plus, une circonstance aggravante dans nombre de délits ou crimes.

Transférer le traitement de ce contentieux aux audiences de comparution immédiate, comme le dit et le réclame la Licra, reviendrait à priver l’ensemble des médias de toutes les garanties de la loi de 1881 et à générer de graves atteintes aux libertés publiques.

C’est la raison pour laquelle tous les éditeurs de presse et tous les syndicats de journalistes sont unanimement opposés à cette revendication de la Licra, laquelle est seule à la porter, à notre connaissance, parmi les organisations antiracistes.

Nous ne pensons pas qu’un tel sujet puisse être traité de cette manière. La lutte contre le racisme et l’antisémitisme mérite davantage qu’une réaction prise sous le coup de l’émotion.

Nous vous enverrons sous quinze jours de plus amples éléments de réflexion.

Mais la précipitation dans laquelle la Licra vous demande de réagir nous conduit, d’ores et déjà, à vous demander de ne pas donner suite à sa démarche sans avoir connaissance de tous les éléments du dossier.

Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, en l’assurance de mes sentiments les meilleurs.                     

 

Malik Salemkour

Président de la LDH

 

Voir le communiqué de la LDH « Rien ne justifie d’affaiblir la loi sur la liberté de la presse pour combattre le racisme »

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