Mis-es en cause et victimes : tout le monde y perd
- 13 avril : examen du texte au Sénat
Le projet de loi « sur la justice criminelle et le respect des victimes » marque une énième atteinte aux libertés fondamentales et un recul des droits des victimes.
Ce projet prévoit, entre autres, la création d’un plaider-coupable criminel, le renforcement des Cours criminelles départementales (CCD), la possibilité de mener des investigations génétiques à l’étranger, ou encore la multiplication des possibilités de détention provisoire.
Ces propositions sont autant d’atteintes aux principes fondamentaux de notre justice et s’inscrivent dans la droite ligne de la multiplication des lois répressives proposées par ce gouvernement. Cette nouvelle loi, pas plus que les précédentes, ne permettra pas de résoudre les difficultés rencontrées par notre système judiciaire. Bien au contraire, elle conduira à l’affaiblissement des droits de la défense, au reniement de la présomption d’innocence, à la violation de nos engagements internationaux et au recul des droits des victimes.
En témoigne la proposition de création d’une procédure de plaider-coupable criminel, permettant au procureur de conclure avec l’accusé un « deal judiciaire » afin que celui-ci, en échange d’une réduction de peine, accepte de reconnaître sa culpabilité. Hors de tout débat contradictoire, sans présence d’experts ni de témoins, pour une procédure acceptée éventuellement sans même la présence d’un avocat, cette procédure conduit à un risque considérable d’erreur judiciaire. Pour comparaison et aux Etats-Unis, environ 40% des erreurs judiciaires dans le domaine criminel sont dues à des aveux recueillis en plaider-coupable.
Cette procédure marque également un recul sans précédent des droits des victimes, qui ne bénéficieront désormais plus d’un temps judiciaire qui leur est pourtant nécessaire. Celles-ci, non-accompagnées par un avocat durant la phase d’accord à la procédure de plaider-coupable, seront placées face à une situation insupportable : « ce sera à elles d’accepter ou de renoncer à une solution dont tous les autres acteurs expliqueront qu’elle facilite le travail de tout le monde » (Fondation des femmes).
La LDH appelle à refuser la transformation de notre justice pénale en une justice de flux, conduite à traiter toujours plus vite et dans des conditions toujours plus mauvaises, les affaires portées devant elle, au mépris des droits des accusés autant que des victimes. La LDH ne nie pas l’engorgement actuel des tribunaux, ni les effets que celui-ci entraîne sur les justiciables, et reconnaît volontiers qu’une justice excessivement lente n’est pas une justice de qualité. Elle ne saurait cependant être remplacée par une justice expéditive, centrée exclusivement sur le raccourcissement des délais, au moyen de l’effondrement des garanties procédurales les plus élémentaires.
Une autre voie est possible, juste, humaine, et efficace. Elle nécessite cependant des moyens et une concertation effective avec les parties prenantes. Tel n’a pas été le choix du gouvernement.
Au lieu d’augmenter les effectifs de magistrats et de greffiers pour accroître mécaniquement le nombre d’audiences et réduire ainsi les délais d’audiencement, au lieu de repenser la poursuite de certaines infractions qui surchargent les juridictions, le garde des Sceaux s’en prend aux garanties fondamentales du procès équitable, au principe du contradictoire, et au respect des justiciables.
Pour ces différentes raisons, la LDH vous demande de bien vouloir voter contre ce projet de loi.
⚖️ Le plaider-coupable criminel
C’est quoi ?
Le gouvernement veut créer une procédure où un·e mis·e en cause pourrait avouer un crime et accepter une peine proposée par le procureur, sans vrai procès. Pas de jury citoyen, pas de débat public sur les faits, pas de témoins ni d’experts. 3 magistrat·es homologuent l’accord en un après-midi.
Le danger
Le « plaider-coupable » existe déjà pour les délits (CRPC). Maintenant, viols, homicides, violences graves — les crimes les plus graves seraient concernés. Avec une CRPC criminelle, vous n’auriez jamais entendu parler de Gisèle Pelicot.
La comparaison
Aujourd’hui : jury populaire, justice rendue au nom du peuple après les débats, procès public et oral, débat contradictoire sur les preuves, témoins et experts auditionnés, la victime prend la parole, jusqu’à 5 témoins, la presse peut participer. Avec le PJL SURE : 3 magistrat·es seul·es sans jury, la peine est négociée dans un bureau, pas de débat sur les preuves, ni témoins ni experts, la victime peut déposer des « observations » point final, 2 témoins maximum, présence de la presse limitée.
Un crime appelle un procès. Pas une négociation de peine.
👥LEs victimes oubliées
Le mensonge
Ce texte est présenté « pour les victimes ». C’est faux. Pas de procès : la victime ne peut plus livrer les faits, sa souffrance, ses conséquences. Pas de témoins, pas d’experts auditionnés. 10 jours pour accepter ou refuser, parfois sans pouvoir bénéficier des conseils de l’avocat. Aucun pouvoir sur la peine proposée par le procureur.
Droits supprimés
Si vous êtes victime : vous perdez le droit de prendre la parole, de faire entendre vos témoins, de voir les circonstances de votre affaire débattues, et le droit à une justice rendue publiquement. La victime a 10 jours pour accepter ou refuser. La menace : sinon son dossier pourrait être jugé dans 5 ans.
Mis-e-s en cause et victimes ont un droit commun : celui d’un procès équitable. Ce texte le leur retire.
🧬Généalogie génétique
Le projet
Le texte autorise la comparaison de traces ADN avec les bases de données de sociétés privées étrangères, dont notamment états-unisiennes (type tests génétiques « récréatifs »). Aucune garantie sur la fiabilité technique de ces sociétés. Aucune vérification du consentement des personnes dont les données sont dans ces bases.
Les dangers
Les données génétiques sont des données à caractère personnel. Cela autoriserait l’utilisation des informations génétiques de personnes non impliquées dans l’enquête, sans leur consentement. Cette méthode repose sur des corrélations indirectes, avec un risque réel d’erreurs et de soupçons injustifiés. Une fois introduite, cette technique pourrait facilement être étendue à d’autres enquêtes. Le comité national d’éthique n’a même pas été consulté.
La justice ne doit pas ouvrir la porte à une surveillance génétique généralisée.
🏥examen médical en garde à vue
Le projet
Remplacer, dès les premières 24 heures de garde à vue, l’examen médical en présentiel par une vidéo consultation. On admet que les personnes placées en garde à vue voient leur santé et leurs droits fondamentaux passer après la commodité administrative.
Pourquoi c’est grave
Un médecin ne peut pas apprécier pleinement l’état de santé d’une personne à travers un écran. Cet examen médical dure souvent moins de 10 minutes. Aucun besoin réel ne justifie la suppression de cette protection essentielle.
La garde à vue est une contrainte. Le contrôle médical réel est une garantie. Pas une formalité. Pas une option.
⛓️Détention illégale régularisée
Comprendre
Le PJL SURE veut empêcher les remises en liberté des personnes détenues alors même que cette détention est devenue irrégulière en raison du dépassement des délais légaux.
Pourquoi c’est grave
Une privation de liberté ne peut exister que dans le strict respect de la loi. Si ce cadre n’est plus respecté, la personne doit être libérée immédiatement. Prolonger la détention irrégulière revient à faire payer à la personne les erreurs de l’institution. Les droits de la défense seraient en outre réduits au minimum.
La liberté ne doit pas dépendre d’un mécanisme de rattrapage. Une détention illégale ne doit jamais être prolongée.
⏱️droits de la défense écrasés
Le contenu
3 mois au lieu de 6 pour soulever certaines nullités pendant l’instruction. Des dates butoirs strictes pour déposer les conclusions et mémoires en défense. Toujours aucune contrainte équivalente pour le ministère public.
Les problèmes
Réduire les délais, c’est réduire la défense. Passer de six à trois mois pour soulever certaines nullités pendant l’instruction, c’est laisser moins de temps pour analyser un dossier souvent volumineux, technique et complexe. L’égalité des armes est la grande oubliée : les contraintes seraient imposées uniquement à la défense, pas au ministère public. Et le vrai problème est ailleurs : la lenteur des procédures ne vient pas des droits de la défense, elle résulte surtout du manque de moyens de la Justice.
Une justice efficace ne peut pas être une justice expéditive. Les droits de la défense ne sont pas un obstacle : ils sont une garantie démocratique.
comment agir ?
Partagez, relayez, interpellez vos élu-e-s.
La justice criminelle nous concerne tou-te-s.
