LETTRE « LES DROITS DE L’HOMME EN AMÉRIQUE DU NORD » N° 5, MARS-AVRIL-MAI 2015

« Brutalité institutionnelle,  déni de justice »

Martyriser les corps et briser les esprits, broyer les hommes, fût-ce pour maintenir la sécurité d’un pays, demeure un crime dont les plus hautes autorités de l’Etat doivent rendre compte. A ce jour, les Etats-Unis demeurent sourds à la nécessité de justice réclamée par les organisations américaines des droits de l’Homme. Déni de justice.

Le rapport d’investigation de la Commission sénatoriale sur les méthodes de torture mises en oeuvre par la CIA et les mensonges perpétrés jusqu’aux plus hauts sommets de l’Etat témoignent d’un recul sans précédent de l’application du droit international vis-à-vis des détenus. La brutalité des méthodes d’interrogation utilisées,
le travestissement juridique orchestré par les autorités gouvernementales s’accompagnent de la trahison des idéaux démocratiques des Etats-Unis et soulignent le recul sans précédent de la justice américaine tout en donnant en spectacle la désolation de la vengeance d’un Etat.
Violences d’Etat d’un autre temps, justice d’un autre âge.
Violence policière et iniquité judiciaire prédominent aussi à Baltimore où des pratiques tout aussi indignes sont exercées envers les citoyens noirs américains.
A Ferguson, New York, North Charleston, Baltimore, l’histoire n’en finit pas de se répéter. Ce sont les mêmes images trop vues de violences policières érigées en mode de contrôle d’une population toujours soupçonnée
et le choix de la prison pour mater la violence générée par l’insécurité sociale. Et toujours des morts, trop de morts dont aucun policier ne rend compte ou si rarement. Déni de justice.
Le désintéressement de la classe politique pour la condition des Afro-Américains des quartiers les plus pauvres enracine la discrimination raciale et perpétue la discrimination à l’embauche, l’abandon de quartiers livrés à la pauvreté, et l’incurie des services institutionnels tels que l’école, la police ou la justice. Cette carence politique constitue un déni de justice. Il est grand temps que le gouvernement américain engage et mette sur pied une réforme nationale pour lutter contre les inégalités sociales et raciales et stoppe la violence institutionnelle dont les Afro-Américains sont l’objet. Criminaliser la pauvreté et la jeunesse n’est pas rendre justice.

Maryse Butel

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