Lettre « Les droits de l’Homme en Europe orientale et dans l’espace post-soviétique » n°33 – janvier-mars 2020

EDITORIAL

C’est une alarme rare. Alors qu’il ouvrait la session annuelle du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève, son secrétaire général Antonio Guterres a dénoncé des droits de l’Homme « pris d’assaut » de toutes parts dans le monde et confrontés à des « défis croissants ». Chacun comprend que les positionnements de chefs d’État tels que MM. Trump, Modi, Poutine, Xi Ping sont inquiétants pour l’ordre diplomatique et juridique mondial. À leur initiative, ces « défis » sont systématiquement valorisés comme autant de « voies originales » à des droits « différents », supposés légitimes car enracinés, selon les cas, dans une culture non occidentale, une histoire singulière ou une supériorité auto-proclamée.
Loin d’être une alternative aux droits de l’Homme, ils en sont la négation régressive et agressive. Cette régression est à l’image des droits de l’Homme : universelle et indivisible. Cette dynamique d’inversion démocratique s’épanouit au cœur de l’Europe, singulièrement en Hongrie.
Notre Lettre met en lumière la mise en œuvre de cette mécanique autoritaire dans les politiques publiques. On y apprend comment, depuis le vote de la nouvelle Constitution – dite loi fondamentale – en 2011 et son entrée en vigueur en 2012, l’État de droit, démocratique et protecteur des libertés a été, pas à pas, mis en cause, démantelé. Comment l’absence organisée d’un équilibre entre pouvoir et contrepouvoirs a nourri la délégitimation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et finalement, leur mise en cause frontale. Un véritable arsenal législatif, taillé sur mesure, a permis des pratiques aussi nouvelles que discriminatoires vis-à-vis des femmes, des migrants et des groupes considérés comme « minoritaires » – tels que les Roms ou les sans-abri – au regard d’un ordre « national » et social. Ce déploiement d’interdits et de discriminations alimente un cadre symbolique directement emprunté au pire des répertoires. C’est ainsi que le nouveau programme scolaire, présenté en février 2020 comme promouvant les valeurs patriotiques, inscrit au programme obligatoire de lecture des auteurs hongrois tels que Albert Wass, célèbre pour son racisme et son antisémitisme, Ferenc Herczeg, grand admirateur de Mussolini, et Jozsef Nyiro, fervent thuriféraire de Goebbels et membre de la direction du parti pro-nazi hongrois, réhabilité en 2012.
Il n’y a certes pas de chemin unique de remise en cause des droits de l’Homme. Mais ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau et le cas Hongrois montre que tous mènent aux plus sombres ténèbres.

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