La COP est pleine, il faut agir pour les droits de toutes et tous !

Par Stéphane Lenoël, membre du Bureau national de la LDH et coresponsable du groupe de travail « Environnement, développement durable et droits de l’Homme »

 

La COP 23 qui s’est tenue du 6 au 17 novembre 2017 à Bonn n’a pu que faire le constat des avancées insuffisantes dans la lutte contre le réchauffement climatique depuis la signature des accords de Paris, eux-mêmes déjà largement inadaptés aux enjeux en cause.

Au quotidien, le changement climatique et l’anthropocène ont déjà des conséquences plus ou moins prononcées pour des millions d’êtres humains et la limitation du réchauffement à 2 degrés s’avère déjà un objectif intenable.

Au-delà, ces conséquences creusent un peu plus les inégalités : la résilience est une question de moyens comme les catastrophes climatiques le démontrent, selon que vous pouvez vous protéger ou non, que l’accès à l’eau, aux médicaments et aux constructions protectrices vous soient possible ou non : si les atteintes à l’environnement ne connaissent pas de frontières, elles n’ont pas les mêmes effets selon vos revenus et votre localisation.

Malheureusement, la fuite en avant semble être de mise pour certain-e-s et cela contre les opinions, contre les intérêts à moyen et long terme des populations ; des décisions sont prises pour ralentir les transformations du modèle, en laissant des intérêts économiques poursuivre des activités aussi mortifères que les produits qu’elles commercialisent ou les process qu’elles mettent en œuvre.

Assurer un environnement sain, permettre l’accès à une eau potable (ou simplement à une ressource hydrique), permettre la possibilité du maintien des conditions de production de l’alimentation, prévenir les atteintes à la biodiversité, c’est réaliser pleinement l’effectivité des droits politiques, économiques et sociaux des êtres humains.

Quels droits possibles quand votre environnement est pollué, toxique, mortifère, que la maladie, la famine guettent ? Quelles effectivités des droits quand la liberté de circulation est compromise, que les frontières se ferment, que la notion de réfugié-e-s climatiques n’est pas prise en compte par le droit positif, que les accès à un logement décent et propre à assurer une protection contre les événements climatiques, à la santé n’existent pas ?

C’est bien pour et par les populations concernées que la lutte contre le réchauffement climatique et l’atteinte à l’environnement doivent être pensées et faire l’objet d’actions profondes et réelles.

Penser collectivement l’urgence climatique, c’est permettre, en ces temps d’anomie démocratique, de réintroduire du politique et de la délibération dans les affaires aussi bien locales que globales. Quand la maison brûle, il ne suffit plus de la regarder partir en cendres, il faut agir pour éteindre l’incendie et la reconstruire, ensemble. Il y a une aspiration des citoyen-ne-s à réfléchir, penser, décider, accompagner le changement. Des initiatives existent, mais symboliquement et dans les faits, des murs séparent les décideu-r-se-s des citoyen-ne-s. Le réchauffement climatique n’est pas qu’une question d’expertise, il est un fait majeur de l’humanité entière qui doit y être associé.

Nous l’avons vu avec le glyphosate, la césure entre les intérêts économiques, certain-e-s décideu-r-se-s politiques et la grande majorité de la population était frappante : un déni de démocratie manifeste, un débat éludé pour tenter de préserver les avantages acquis de certains opérateurs économiques mais que les citoyen-ne-s prennent à bras le corps pour faire plier et obtenir une interdiction nécessaire.

Les citoyen-ne-s sont à même de comprendre les enjeux, de peser les conséquences, de proposer des choix, d’arrêter des décisions. La terre ne peut que s’en porter mieux pour le bénéfice de toutes et tous.

Ce n’est pas d’une photo souvenir de nos dirigeant-e-s souriant-e-s sur un accord qui n’est que de la communication que l’urgence nécessite. Si la prise de conscience est là, force est de constater que les actes ne suivent pas, ou trop lentement. Nous réaffirmons donc que la Ligue des droits de l’Homme sera vigilante et active dans les champs de la justice sociale, économique et environnementale, tous intimement liés, et qu’elle appelle les gouvernements à faire de l’urgence climatique un point de renouvellement des pratiques démocratiques.

Pour ce qui relève de la position française, elle ne peut se satisfaire du seul accord de Paris. Que la complicité qui semble lier le Président Macron et le Président Trump ne s’arrête pas à une invitation au défilé du 14 juillet mais permette de faire entendre raison au premier pollueur du monde en réintégrant, et c’est un minimum, l’accord de Paris.

La prise en compte de l’urgence climatique passe par des actes et ils se font attendre. Le budget en discussion ne donne pas une lecture ambitieuse de l’action gouvernementale : la réorientation de la politique fiscale, l’octroi des budgets ne se traduisent pas par un véritable changement de paradigme, tout au plus la continuation de mesures insuffisantes. Les plus pauvres sont déjà celles et ceux qui sont les premiers exposé-e-s et les cadeaux fiscaux pour les plus riches ne sont pas même conditionnés à un investissement dans la lutte contre les atteintes à l’environnement et à la lutte contre le réchauffement climatique.

Pourtant, il faut aller plus loin et plus vite devant l’urgence climatique, la France doit y pousser, et en premier lieu avec ses partenaires européens en mettant la lutte contre l’urgence climatique au cœur du développement du vieux continent.

La France, qui se présente souvent comme la patrie des droits de l’Homme, se doit également d’être moteur pour assurer la solidarité avec les États et les populations les plus directement touchés : aide au développement et à la lutte contre les conséquences du réchauffement climatique, mise en place d’un statut du réfugié-e climatique, justice climatique, les sujets sont nombreux et ne peuvent se contenter de déclarations sans lendemains.

De l’ambition et des actes, voilà ce que nous ne pouvons qu’exiger.

 

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