Combattre le chômage ou les chômeurs ?

Par Françoise Dumont, membre du Comité central

Certes, les petites phrases ne font pas la politique mais on se souvient de l’émoi suscité par les propos de Laurent Wauquiez lorsque celui-ci avait considéré l’assistanat comme le « cancer de notre société ». Avec l’arrivée d’une autre majorité gouvernementale, on croyait en avoir fini avec les discours assimilant les bénéficiaires de minima sociaux à des tricheurs et à des profiteurs.

C’était compter sans François Rebsamen, le nouveau ministre du Travail. En déclarant, le 2 septembre 2014, qu’il demandait à Pôle emploi de renforcer les contrôles, le ministre a d’abord agi comme s’il ignorait que des procédures existent déjà, qu’elles ont été renforcées au cours des derniers mois et que, depuis un peu plus d’un an, une expérimentation a été lancée dans quatre régions avec des conseillers spécialement dédiés au contrôle de la recherche d’emploi des chômeurs. Tous ces contrôles peuvent évidemment aboutir à des radiations. En juillet dernier, les radiations administratives représentaient près de 50 000 cas, soit environ 11 % du total des sorties de Pôle emploi. Mais, selon un rapport du médiateur de Pôle emploi, les radiations pour insuffisance de recherche d’emploi sont rares, celles pour refus d’offre raisonnable d’emploi en quantité quasi insignifiante et la majorité des radiations sont liées à des absences aux convocations. Est-on vraiment sûr que ces absences relèvent d’une volonté délibérée de ne pas travailler ? N’y a-t-il pas des convocations qui ne parviennent pas à leur destinataire ? Certains chômeurs ne se découragent-ils pas lorsque, rendez-vous après rendez-vous, rien ne leur est proposé ? Autant de questions que le ministre du Travail ne devrait pas balayer d’un revers de la main.

Le ministre a ensuite agi de manière à compliquer le dialogue social en provoquant leur colère. Ainsi, la CGT a dénoncé « le manque de sérieux » du ministre, tandis que Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, se disait « atterré » par ses propos.

Enfin et surtout, le ministre s’est trompé d’ennemi. Lorsque le nombre des demandeurs d’emploi vole de record en record, lorsque les emplois précaires – qui ne permettent même pas de vivre au dessus du seuil de pauvreté – se multiplient, il est particulièrement indécent de laisser croire que la solution consiste à pister les faux chômeurs et de reprendre la bonne vieille technique du bouc émissaire. C’est mal prendre la mesure de ce qui est aujourd’hui la première préoccupation des Français et la source de tant de désespérances.

 

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