Au revoir Madame Simone Veil

Par Nadja Djerrah, membre du Comité central de la LDH et responsable du groupe de travail « Femmes, genre, égalité »

Est-ce parce que nous vivons une période politique traversée de trahisons et d’inconséquences personnelle plus fortes que l’ambition pour l’intérêt général, que le décès de Simone Veil a suscité tant d’élan ? Elle est décrite par toutes celles et ceux qui l’ont rencontrée, critiquée ou admirée, comme une figure morale et loyale, aux principes indéfectibles.

Comment ne pas saluer en quelques lignes dans notre Lettre celle qui a montré que l’on pouvait rester fidèle au respect de ses convictions et avoir un long parcours politique et intellectuel d’exception. Cette héroïne de biopic, survivante du nazisme, apprit très jeune le sens de la vie et consacra une bonne partie de la sienne à défendre les droits de toutes et tous.

Magistrate, elle s’occupa des questions de Justice et du bon usage de l’administration : la défense des conditions de détention des prisonnier-e-s, le transfert des femmes algériennes prisonnières dans des lieux où elles ne risqueraient ni le viol ni les mauvais traitements, l’adoption des enfants…

Ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, elle accompagna la dynamique des mouvements féministes, leur affirmation des femmes comme sujets de droits : « Il suffit d’écouter les femmes. » Les femmes ne veulent plus être subordonnées à la famille. Elles veulent décider de leur désir ou non d’enfant, faire reconnaître leur droit à une maternité choisie et non comme destin naturel. Après la loi Neuwirth, votée en 1967 mais entrée en vigueur seulement en 1972, qui autorise la contraception de manière restrictive, elle réussit à faire entendre l’évidence et sut plaider avec intelligence et rigueur la cause des femmes. Elle fit voter deux lois s’appuyant alors sur le combat des féministes et les luttes des femmes (MLF, Planning familial, MLAC, la Ligue du droit des femmes, Choisir…(1)) pour faire évoluer le droit et construire l’égalité entre les femmes et les hommes. La première, en décembre 1974, élargit aux mineures un accès aux moyens de contraception désormais remboursés par la sécurité sociale ; la deuxième, en janvier 1975, légalise l’interruption volontaire de grossesse. Nous sommes nombreuses à avoir éprouvé un immense sentiment de victoire : coup de balai sur l’image de la femme au foyer dépoussiérée par celle de la femme active, disparition de l’horrible vocable de « fille-mère » pour celui de « femme libérée », libre de la maîtrise de son corps. Et nous poursuivions déterminées notre engagement pour notre émancipation, vers d’autres conquêtes et le changement des comportements.

Ministre de la Santé et de la sécurité sociale, ministre de la Santé et de la famille, ministre d’État, ministre des Affaires sociales, de la santé et de la ville, fidèle aux idées libérales de l’UDF, elle fut tête de liste, élue comme députée lors des premières élections européennes et devient en 1979 la première femme présidente du premier Parlement européen. Elle y défendra les valeurs pour la paix et la solidarité, une Europe comme « grand dessein du XXIe siècle ».

En octobre 2008, Simone Veil présenta sa candidature à l’Académie française. Elle y est élue en 2010 et reçue parmi les « Immortels » dès le premier tour du scrutin. « Les chances pour les femmes dépendent trop souvent du hasard et non des règles du jeu. »

Nous ne voulons pas d’icône mais nous ne refusons pas les modèles. Simone Veil nous oblige. Elles sont trop peu nombreuses encore celles qui réussissent à entrer dans nos livres d’histoire (2) et donc dans notre mémoire commune. D’où ma conviction qu’elle doit aussi entrer au Panthéon si cela participe à modifier l’opinion et la conception hiérarchisée du rôle et de la place des femmes engagées dans notre société.

Simone Veil, la force d’une femme exceptionnelle, le courage d’une rescapée, la détermination d’une combattante, l’audace de celles qui sont résolues à agir pour faire progresser l’humanité toute entière, pour les droits et le respect de la dignité de toutes et de tous.

Nul doute que le 28 septembre prochain (3), Simone Veil, sera présente dans nos esprits, nos cœurs et nos actions, dans le cadre de la mobilisation européenne pour le droit à l’avortement pour toutes, l’accès libre et gratuit partout en Europe à la contraception et à l’interruption volontaire de grossesse, pour le droit des femmes à la libre disposition de leur corps. La LDH est membre du collectif unitaire européen pour le 28 septembre 2017 : informez, participez, mobilisez, signez la pétition, organisez des évènements !

Et merci Madame Simone Veil.

(1) Le procès de Bobigny, 2006, film de François Luciani.

(2) La place des femmes dans l’Histoire. Une histoire mixte. Mnémosyne-Éd. Belin – Chapitre 36 La France de 1968 au début du XXIe siècle.

(3) Un site : http://avortementeurope.org/

Contact mail : avortement-libre-en-europe@rezisti.or

 

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