Antisémitisme : ne votez pas la résolution de Sylvain Maillard

Lettre-pétition aux députés signée par plusieurs membres de la LDH dont Malik Salemkour, président, Françoise Dumont, Pierre Tartakowsky et Michel Tubiana, présidents d’honneur, Marie-Christine Vergiat, vice-présidente, Gilles Manceron, membre du Comité central

Les résultats des élections européennes l’ont confirmé : la percée nationaliste va partout de pair avec une poussée de xénophobie, de racisme et d’antisémitisme. En France aussi, cette question se pose avec gravité. Certes, presque tous nos compatriotes voient désormais dans les Juifs « des Français comme les autres ». Mais nombre d’entre eux partagent des préjugés à leur égard. Et, année après année, on recense plusieurs centaines d’actes de violences antisémites. Pis, onze Français juifs ont été assassinés depuis 13 ans.

C’est dire que le combat contre l’antisémitisme, comme contre tous les racismes, doit être mené avec force et vigilance. Il est donc trop sérieux pour être laissé à des politiciens dont les arrière-pensées sont évidentes.

Ainsi le député LREM Sylvain Maillard. Président du groupe d’études de l’Assemblée nationale sur l’antisémitisme, il est aussi vice-président du groupe d’amitié France- Israël. Et, chez lui, cette amitié va surtout aux colons juifs de Cisjordanie : il vient de participer, le 28 mai, en compagnie des députés Meyer Habib et Claude Goasguen, à une réunion avec le président du Conseil régional de « Samarie ». Faut-il rappeler que tous les gouvernements français depuis 1967, conformément au droit international, condamnent la colonisation des territoires occupés et exigent qu’Israël s’en retire afin que puisse y voir le jour un Etat palestinien ?

Voilà qui éclaire les tentatives répétées de Sylvain Maillard. Le 18 février dernier, il annonce qu’il va faire voter une loi pour interdire l’antisionisme, au risque de créer ainsi un délit d’opinion dans la loi française. Dès le lendemain, le président de la République le désavoue : « Je ne pense pas que pénaliser l’antisionisme soit une bonne solution. » Et le président de l’Assemblée nationale explique : « Prendre une loi qui pourrait laisser entendre que critiquer la politique d’Israël pourrait être assimilé à un délit va poser des problèmes, (créer une) discussion interminable qui, à la fin, pourrait nuire à la juste cause qu’est la lutte contre l’antisémitisme. »

Le surlendemain, au dîner du CRIF, Emmanuel Macron annonce que la France va « appliquer » la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste comme « une certaine perception des Juifs, qui peut s’exprimer comme de la haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques d’antisémitisme visent des individus juifs ou non juifs ou/et leurs biens, des institutions et des lieux de culte juifs ». À cette définition indigente s’ajoute une série d’« exemples », présentés comme des « illustrations ». L’un d’entre eux estime notamment que « l’antisémitisme peut se manifester par des attaques à l’encontre de l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive. Cependant, critiquer Israël comme on critiquerait tout autre État ne peut pas être considéré comme de l’antisémitisme. »

Mais quel autre État occupe et colonise depuis plus de cinquante ans des territoires conquis par la force, en violation d’innombrables résolutions de l’ONU ?

Sylvain Maillard ne se résigne pas. Sorti de l’Assemblée par la grande porte, son projet revient le 26 mai par une petite fenêtre comme une proposition de résolution « visant à lutter contre l’antisémitisme », soumise au vote des députés. Au-delà d’un exposé des motifs très contestable dans lequel l’accroissement des actes antisémites est mis sur le compte de « l’antisionisme », l’article unique de cette proposition de résolution vise à faire la promotion de la « définition » de l’IHRA qu’il « approuve sans réserve » !

Prévu le 29 mai, le débat sur ce texte a été reporté. Raison de plus pour y réfléchir à deux fois. Même sous forme d’une résolution sans valeur contraignante, les députés français ne doivent pas la voter : sous couvert de lutte contre l’antisémitisme, elle ne vise en fait qu’à limiter la capacité de critiquer la politique israélienne, et à soutenir la politique de la droite et de l’extrême droite israéliennes incarnées par Benyamin Netanyahou.

La lutte sincère contre l’antisémitisme et le racisme sous toutes ses formes mérite mieux que ces manœuvres indignes. Nous n’acceptons pas que ce juste combat soit détourné au service de la politique de l’État d’Israël, qui viole tous les jours le droit international et les droits de l’Homme, qui poursuit et accélère sa politique de colonisation, et qui a fait adopter en juillet 2018, dans sa loi fondamentale, des conceptions ouvertement racistes, suprémacistes et discriminatoires.

Signez ici

 

Plus de 1 800 acteurs de la société civile ont déjà signé cette lettre-pétition. Parmi eux, ces 100 personnalités :

Gadi Algazi, professeur à l’université de Tel-Aviv ; Dauba Altman, secrétaire de l’UJRE/PNM ; Paul Ariès, politologue ; Isabelle Avran, journaliste ; Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po ; Danièle Bidard-Reydet, sénatrice honoraire ; Didier Billion, chercheur en relations internationales ; Francis Blanchet, président du CVPRPO ; Pascal Boniface, géopolitologue ; Alain Bosc, chargé d’Israël-Palestine à la Cimade ; Nicole Bouexel, membre du Conseil national, Mouvement de la Paix ; Isabelle Bourboulon, journaliste ; Bachir Boukhzer, directeur de l’AIOF ; Yves Boulanger, maire de Vanosc ; Jean-Michel Boulmé, président de la Libre Pensée de Bourg-en-Bresse ; Myriam Bouregba, coordinatrice de l’atelier Israël-Palestine du GAIC ; Rony Brauman, directeur d’études, Fondation Médecins sans frontières ; Jacqueline Bravo, professeure retraitée ; Jean Bretèche, ambassadeur retraité ; François Burgat, professeur ; Maurice Buttin, avocat honoraire, président d’honneur du CVPR-PO ; Gilbert Cabasso, professeur de philosophie ; Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités ; Françoise Chanial, secrétaire des Amis de la Terre Poitou ; Monique Chemillier-Gendreau, professeure émérite Paris-Diderot ; Alexis Chevallier, metteur en scène ; Ali Chibani, journaliste ; Jean-Louis Comolli, cinéaste, écrivain ; Sylvain Cypel, journaliste ; Sonia Dayan-Herzbrun, professeure émérite Paris-Diderot ; Anne-Marie Déan, porte-parole du MAN ; Michèle Decaster, secrétaire générale de l’AFASPA ; Léon Deffontaines, secrétaire général du Mouvement des JC ; Marc Deger, journaliste ; Lucien Degoy, journaliste ; Sylvie Déplus, présidente des Amis d’Al-Rowwad ; Philippe Deschamps, journaliste ; Marcel Drach, économiste, Paris IX ; Bernard Dreano, président du Cedetim ; Françoise Dumont, présidente d’honneur de la LDH ; Mireille Fanon Mendès-France, présidente de la fondation Franz Fanon ; Gérard Fay, universitaire ; José Fort, journaliste ; Jean-Louis Foucaud, représentant du CCFD à Plateforme 44 ; Jean Francheteau, vice-président du CVPR-PO ; Carlos Gabetta, journaliste ; Jean Giard, ancien député, Une autre voix juive (UAVJ) ; Béatrice Giblin, directrice de la revue « Hérodote » ; Dominique Grange, chanteuse ; Alain Gresh, journaliste, directeur d’Orient XXI ; Serge Grossvak, mouvement Juif Autrement ; Pascale Hassoun , psychanalyste ; Bertrand Heilbronn, président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) ; Patrick Hubert, porte-parole du MAN ; Pierre Hunt, ancien ambassadeur de France ; Daniel Junqua, journaliste honoraire ; Jacques Kalifa, membre du bureau du CJPP5 ; Pierre Khalfa, économiste, membre du Conseil scientifique d’Attac ; Daniel Kupferstein, réalisateur ; Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers ; Jean-Claude Lefort, ancien député, président d’honneur de l’AFPS ; Nathalie-Denise L’Hopitault, présidente du CPPI Saint-Denis ; Gérard Larose, Secrétaire général de l’AFPS, ; Renée Le Mignot, co-présidente du MRAP ; Claude Léostic, ancienne présidente nationale de la Plateforme Palestine ; Jacques Lewkowicz, professeur honoraire des universités ; Philippe Leymarie, journaliste ; Roland Lombard, directeur de recherche retraité, CICUP ; Nadège Magnon, adjointe au maire de Nanterre ; Gilles Manceron, historien, LDH ; Farouk Mardam Bey, éditeur ; Roger Martelli, historien ; Hafid El-Medaoui, géographe ; Michel Ménard, ancien député et conseiller départemental Loire-Atlantique ; Emmanuelle Morau, journaliste ; Josiane Olff Nathan, vice-présidente de la fondation Paul K. Feyerabend ; Dominique Poirout, adjoint au maire de Rezé ; Bernard Ravenel, agrégé d’histoire ; Jean-Baptiste Rieunier, maire-adjoint de Nogent-sur-Oise ; Barbara Romagnan, ancienne députée du Doubs ; Alain Ruscio, historien ; Malik Salemkour, président de la LDH ; Shlomo Sand, historien, professeur émérite de l’Université de Tel-Aviv ; Jean-Claude Sauzet, prêtre catholique ; Jérôme Segal, maître de conférence Paris-Sorbonne  ; Geneviève Sellier, professeure ; Leila Shahid, ancienne ambassadeur de Palestine en France et auprès de l’UE ; Denis Sieffert, journaliste ; Danièle Simonnet, coordinatrice du PG à Paris ; Marie-Claude Slick, journaliste ; Pierre Stamboul, dirigeant de l’Union juive française pour la paix (UJFP) ; Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH ; Taoufiq Tahani, président d’honneur de l’AFPS ; Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac ; Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH ; Marie-Christine Vergiat, députée européenne (2009-2019) ; Michel Vial, président fondateur de l’association nationale Résister Aujourd’hui ; Dominique Vidal, journaliste et historien ; Louis Weber, éditeur ; Guillaume Weill-Raynal, ancien avocat, écrivain.

 

Pour en savoir plus:

Sur la proposition de résolution déposée à l’Assemblée nationale

Vous pouvez télécharger le texte de la proposition de résolution sur le site de l’Assemblée nationale

Sur le contexte de cette proposition de résolution, et notamment la réunion à laquelle le député Sylvain Maillart a participé avec le lobby des colons (le « conseil régional de Samarie »)

Sur la « définition IHRA » de l’antisémitisme

l’article de Dominique Vidal et Bertrand Heilbronn publié le 12 février sur le site ORIENT XXI

la « fiche contexte » de la Plateforme des ONG pour la Palestine

le dossier de l’Association France Palestine Solidarité

Le 17 juin 2019

Share This
Soutenez les combats de la LDH

Les droits et les libertés ça n’a pas de prix, mais les défendre a un coût.