Dépénalisation, impossible débat ?

La déclaration du ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon en faveur d’un « débat » sur la dépénalisation du cannabis a donné lieu à controverse et mise au point. Le point étant fait et la controverse éteinte, force est de constater que le statu quo demeure, sous forme d’un jeu de rôles hautement insatisfaisant.D’un coté les « laxistes » de l’autre, les tenants des principes… Dans leur livre Drogues : sortir de l’impasse. Expérimenter des alternatives à la prohibition (La Découverte, 2012), Anne Coppel, sociologue et Olivier Doubre, journaliste, se penchent sur l’abîme qui existe entre la réalité du phénomène et la pauvreté de la réflexion politique a son égard. La France, un des pays les plus répressifs d’Europe est aussi celui qui compte le plus grand nombre de consommateurs de cannabis. Chacun sait ou sent que la réponse pénale ne constitue pas une solution mais le débat reste très difficile. La tolérance zéro adoptée sur le modèle américain de la guerre à la drogue aboutit à la fois à créer une situation d’engorgement et d’impuissance. Contrairement aux Etats-Unis qui opèrent un tournant pour prendre de la distance vis-à-vis du tout répressif, la France continue de diaboliser la dépénalisation. Celle-ci permettrait pourtant de libérer la police des tâches inutiles d’interpellation d’usagers pour qu’elle se concentre sur les trafiquants. Pour Anne Coppel, il faut aujourdh’ui gérer autrement les conventions internationales de prohibition et faire évoluer la politique des drogues en prenant en compte la spécificité des produits et des problèmes. Le contraire d’une approche binaire, en quelque sorte. Son ouvrage recense les expérimentations déjà en cours et propose d’en initier de nouvelles. S’il ne fait aucun doute pour eux qu’il convient de dépénaliser l’usage de drogue, il faut, disent les auteurs également développer toutes les expériences limitant l’emprise du marché noir tout en protégeant la santé (comme le cannabis thérapeutique en Californie, ou les «cannabis clubs» en Espagne). Il s’agit enfin, adopter une nouvelle approche de la lutte contre les trafics pour réduire les dommages, la violence, l’organisation mafieuse et la corruption qu’ils entraînent. Le livre appelle à une nouvelle politique des drogues et surtout, permet d’y réfléchir très loin des clichés hallucinogènes.

Anne Coppel et Olivier Doubre.- Drogues : sortir de l’impasse. Expérimenter des alternatives à la prohibition
La Découverte, 2012, 2012, 24 euros.

Share This