JUIN 2022 – TRIBUNE DE PATRICK BAUDOUIN : “Un beau et prometteur congrès”

Tribune de Patrick BAUDOUIN, président de la LDH

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C’est dans une ambiance à la fois chaleureuse et studieuse que s’est tenu à Marseille durant le week-end de Pentecôte le 91e congrès de la LDH.

Ce congrès a été marqué par la forte présence d’un absent, disparu trop tôt, notre ami Michel Tubiana, infatigable défenseur des droits dans leur universalité, auquel hommage a été rendu lors d’une projection de quelques-unes de ses interventions aussi brillantes que pertinentes. Les congressistes ont aussi réservé un accueil enthousiaste et pleinement mérité à Malik Salemkour pour l’impressionnant travail effectué depuis sa prise de présidence en 2017. La réussite du congrès tient également à sa préparation et à son organisation, pour lesquelles un grand merci doit être adressé à toute l’équipe salariée de la LDH, ainsi qu’à celle des bénévoles de la section de Marseille et de la région Paca, qui ont largement contribué au climat convivial dont a témoigné une soirée festive très appréciée.

Le contenu même du congrès s’est également avéré réussi et riche par la diversité et la nouveauté de ses approches. La séquence consacrée à l’international, lors de laquelle sont intervenus Alice Mogwe présidente de la FIDH, Wadih Al-Asmar président d’EuroMed Droits et Alexandrina Najmowicz secrétaire générale du Forum civique européen, a permis de rappeler l’importance d’une lutte universelle pour la défense des droits et libertés au regard de menaces accrues du fait notamment des conséquences de la pandémie mondiale de Covid-19. La présentation, la discussion puis le vote de la résolution intitulée « Environnement, écologie et droits » ont démontré l’engagement de la Ligue pour faire de la protection de l’environnement un combat majeur à mener pour les mois à venir, en intégrant l’absolue nécessité de veiller à ce que les politiques qui seront mises en œuvre ne se traduisent pas encore par un accroissement des inégalités entre les êtres humains.

Deux autres sujets importants ont été débattus par les délégués. Le premier a donné lieu à l’adoption de nouveaux statuts comportant diverses modifications opportunes tout en laissant à un prochain congrès le soin de se prononcer sur la dénomination de la Ligue ; le second concerne le travail de réflexion entamé sur l’avenir de la Ligue qui va être poursuivi dans une perspective dynamique pour faire de la LDH une organisation attractive et ancrée dans son époque. Enfin, et précisément, une illustration de cette évolution s’est traduite par la mise en valeur des pratiques militantes, avec l’invitation au congrès de représentants des observatoires des libertés publiques et des pratiques policières, dont les interventions ont été appréciées.

Le congrès a par ailleurs procédé au renouvellement de la moitié des membres de son Comité central, devenu désormais Comité national, lequel a élu un Bureau national composé de quinze membres, dont le président et une vice-présidente. J’ai ainsi été désigné pour être président et Marie-Christine Vergiat pour être vice-présidente. Il s’agit d’un binôme placé à la tête de la Ligue pour en assurer la direction, ce qui sera d’autant plus utile que la tâche à accomplir est considérable et qu’il serait difficile pour ne pas dire impossible de voir une seule personne remplacer Malik Salemkour, lequel a assumé, avec une maîtrise et une réactivité remarquables, la prise en charge des sujets les plus divers. Notre objectif sera d’œuvrer dans le cadre d’une gestion collective, en associant étroitement, avec une répartition des tâches, les membres du Bureau national et du Comité national, ainsi que les délégués régionaux, en lien avec les groupes de travail et en collaboration étroite avec l’équipe salariée du siège. Il s’agira de faire prévaloir la transparence et de faciliter la fluidité des échanges, afin d’optimiser la qualité des débats et de mettre chacun, chacune en mesure de contribuer efficacement à la réflexion et à l’action de la Ligue.

En outre, les leçons doivent être tirées de deux points plus négatifs du congrès : l’absence d’un trop grand nombre de sections, quelque peu corrigée il est vrai par la présence encourageante de nombreux jeunes enthousiastes, et le défaut de couverture média à l’exception de la presse locale. L’effort devra donc particulièrement porter sur le développement de la LDH en recherchant de nouvelles sources de financement, en améliorant sa visibilité par une meilleure utilisation des moyens de communication, et en suscitant de nouvelles adhésions au terme de campagnes faisant valoir le rôle central et irremplaçable de la Ligue dans sa vocation à défendre tous les droits. Chaque adhérent(e) à la LDH peut ainsi trouver à satisfaire son terrain privilégié d’engagement. Alors que le premier quinquennat achevé du président Macron a gravement porté atteinte aux droits et libertés, que la démocratie qui repose sur de fragiles équilibres est menacée comme en témoigne le taux énorme d’abstention, et qu’une période de turbulences accrues s’ouvre avec l’inquiétante montée en puissance de l’extrême droite, la voix de la Ligue dans le débat public est plus que jamais nécessaire. Afin d’éviter un futur encore plus sombre, ramenant aux pires heures du passé, nous devons mener avec détermination, en rassemblant autour de la Ligue les forces vives du pays, le combat pour voir refonder une démocratie sociale, environnementale et solidaire, seule susceptible de redonner espoir et confiance à tous ceux, toutes celles qui sont victimes des inégalités, des injustices et des discriminations de tous ordres.

 

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