29e Université d’automne : le social dans quel état ?

Samedi 25 et dimanche 26 novembre 2023 à l’espace Reuilly

1 rue Rieserner, 75012 Paris (Métro Mongallet ou Dugommier)

Ce qu’on appelle Etat social est le résultat d’un long processus qui est loin d’être linéaire. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, il est introduit dans les textes fondamentaux et surtout mis en œuvre en Italie, en Allemagne, en Grande-Bretagne… et en France. On a là un mouvement général dans les pays se (re)construisant comme économie de marché. Ce choix est théorisé comme réponse à la montée du fascisme dans l’entre-deux guerres mondiales et comme élément de la compétition qui se joue alors avec le bloc soviétique. 

Si l’on se place dans une perspective de long terme, l’Etat social s’inscrit comme une des réponses aux luttes et aspirations sociales qui ont couru tout au long des XIXe et XXe siècles. Ces combats ont été progressivement consacrés dans les avancées des droits et dans l’extension des domaines d’intervention de l’Etat qui a pris le pas sur la charité et l’assistance. Cela a permis de non seulement faire face aux risques de la vie mais aussi d’assurer à toutes et tous l’effectivité et l’égal accès à un ensemble de droits fondamentaux.

La Constitution française de 1946, en affirmant que la France est une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale », consacre clairement l’Etat social comme un des piliers sur lesquels elle est désormais bâtie, liant sans les hiérarchiser les quatre qualificatifs. Le préambule décrit explicitement les droits sociaux qu’elle garantit. 

Parler de l’Etat social, c’est traiter du rôle qu’il joue, au niveau central comme territorial, pour l’effectivité des droits fondamentaux avec ses trois piliers indissociables : le droit du travail, la protection sociale et les services publics. C’est mettre en perspective une longue période, où les droits se généralisaient à toute la population et couvraient de nouveaux domaines, avec les dernières décennies qui voient simultanément une poursuite de leur extension dans certains domaines et dans d’autres des remises en question de droits qui paraissaient acquis tandis que s’accentuent les dégâts liés au néolibéralisme avec l’extension des précarisations et des vulnérabilités sociales et la remise en cause de la démocratie sociale.

Cet affaiblissement de l’Etat social traduit l’accroissement de la part des revenus rémunérant le capital au détriment des revenus du travail et donc du financement de la redistribution. Les nouvelles formes d’insécurités sociales, en particulier du fait de privatisations et de dégradations des services publics, font reculer l’accès pour toutes et tous à des droits d’égale qualité. 

Aujourd’hui comme hier, les luttes et les aspirations sociales produisent des résistances qui font que la redistribution et les dépenses socialisées représentent toujours une utilisation importante et légitime de la richesse produite. Les revendications sociales continuent de porter la demande d’une redistribution qui assure l’accès effectif aux droits pour toutes et tous. 

La phrase fameuse de Denis Kessler, vice-président du Medef en 2007, appelant à « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance » est encore loin d’être entrée dans les faits. Mais les dégâts faits sont plus que préoccupants. 

Ils impliquent des réponses systémiques si l’on veut préserver et conforter l’universalité des droits aujourd’hui menacée et faire face aux défis de notre époque. Et aussi si l’on veut combattre la réponse de l’extrême droite qui propose une toute autre direction, celle d’une société où l’on pallierait les insuffisances de la redistribution par la restriction des libertés et par l’exclusion de l’accès aux droits sur les critères d’une identité, d’une origine, d’un statut, une réponse qui met au premier plan la guerre entre les populations vulnérables et celles encore plus vulnérables.

***

Cette université d’automne s’est attaché à présenter les conséquences de la dominance du capitalisme financier sur ce qu’est présentement l’Etat social et analyser comment cela nourrit les discours de l’extrême droite. Mais il ne s’agit pas de se contenter de dénoncer ou de déplorer : en effet des résistances se développent, des alternatives progressistes aux politiques néolibérales se dessinent, souvent au plan local mais aussi au plan international. À côté de l’Etat central, la diversité des territoires, du niveau local au niveau européen, suscite des modalités nouvelles et innovantes de solidarité. Nous souhaitions faire en sorte que cette dimension soit présente dans chacune des tables rondes de cette université d’automne. Il s’agit ainsi de dessiner des perspectives articulant la lutte contre le néolibéralisme et l’extrême droite dans une approche systémique qui combine la défense d’un Etat social qui resterait « universel » et « effectif », l’extension des communs et la lutte contre le dérèglement climatique. Autrement dit penser la redistribution et le partage et non l’un à l’exclusion de l’autre.

Samedi 25 novembre

9h ouverture

Accueil par Emmanuelle Pierre-Marie, maire du 12e arrondissement de Paris, et réponse de Marie-Christine Vergiat, vice-présidente de la LDH

9h30-12h30 introduction au débat

Les sources juridiques de l’Etat social, Carlos Miguel Herrera, professeur des universités en droit public à l’université Cergy Paris

Précarités et inégalités produites par les politiques publiques en Europe, Albena Azmanova, professeure en sciences politiques et sociales à l’université de Kent

Table ronde 1 (14h-15h) : « LE TRAVAIL DéPOSSéDé ? »

Animateur : Michel Miné, membre du Comité national de la LDH

  • Comment prévenir la souffrance au travail ?, par Maëzelig Bigi, sociologue et maîtresse de conférences au CNAM
  • Les dernières réformes du droit du travail, par Camille Signoretto, maître de conférences en économie à l’université Paris Cité
  • Justice sociale, travail et santé mentale : comment sortir de la servitude volontaire néolibérale ?, par Nicolas Chaignot Delage, chercheur en santé au travail et juriste en droit social

Table ronde 2 (15h45-17h15) : « LA SOLIDARITé AU MéRITE ? »

Animatrice : Fabienne Levasseur, membre du Comité national de la LDH

  • Nicolas Duvoux, professeur des universités à Paris 8 et président du conseil scientifique du CNLE
  • Marie-Aleth Grard, présidente d’ATD Quart-Monde
  • Daniel Verger, responsable national Accès digne aux revenus – emploi et prestations sociales du Secours Catholique – Caritas France

Dimanche 26 novembre

9h-9h30 intervention

Les sources historique de l’Etat social, par Marion Fontaine, historienne et professeure à Science Po

Table ronde 3 (9h30-10h30) : « le service public a-t-il un avenir ? »

Animateur : Gérard Aschieri, rédacteur en chef Droits et Libertés

  • Daniel Agacinski, délégué général à la médiation auprès de la Défenseure des droits
  •  Lucie Castets, co-porte-parole du collectif Nos services publics
  •  Anicet Le Pors, ancien ministre et haut-fonctionnaire

Table ronde 4 (11h15-12h15) : »la redistribution, un enjeu de citoyennete »

Animateur : Jan Robert Suesser, membre du Comité national de la LDH

  • Isabelle This Saint Jean, universitaire et professeure d’économie
  •  Redistribution et citoyenneté, par Vincent Drezet, membre du conseil scientifique d’Attac

Table ronde 5 (14h30-16h) : »luttes, résistances, innovations sociales dans les territoires : des alternatives au néolibéralisme et à l’extrême droite »

Animateur : Jean-Pierre Dubois, président d’honneur de la LDH

  •  Jean-Louis Laville, professeur au Cnam et titulaire de la chaire « économie solidaire »
  • Laurent Brun, administrateur confédéral de la CGT
  • Olivier Guivarch, secrétaire national de la CFDT 
  • Jérôme Voiturier, directeur général de l’Uniopss
  • Chloé Lailler, juriste et référente du groupe Inégalités climatiques pour Notre affaire à tous : lire son intervention écrite.

Conclusion, par Patrick Baudouin, président de la LDH

Télécharger le dossier de présentation des intervenantes et intervenants.

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