2002 – RAPPORT ANNUEL – N°109 – A propos de l’élection présidentielle – (mars)

On le sait, l’abstention est grandissante : soit que l’offre politique soit insatisfaisante, soit que la désocialisation faisant son œuvre, la chose publique est délaissée. A cela s’ajoute l’injustice qui fait que le vote blanc n’est pas pris en compte : il faudrait absolument choisir, même si les termes du choix ne conviennent pas. Imparfaite démocratie qui exige de départager des concurrents qui peuvent ne représenter qu’un pourcentage minoritaire du corps électoral. Bien entendu, les prochaines élections seront l’occasion de rappeler notre souhait de voir les votes blancs pris en compte. Mais, il est à craindre que nous ne soyons pas entendus à bref délai…. Ceci justifie-t-il de s’abstenir ? Il n’appartient pas à la Ligue de guider le choix des électeurs dès lors que la démocratie n’est pas en cause; il lui appartient de rappeler ce qui la guide, notamment les valeurs de liberté et d’égalité qui, de tout temps, n’ont pas été portées de la même manière selon la place que l’on occupe sur l’échiquier politique. Ceci explique que la LDH ne prenne pas position lors de chaque élection à l’exception d’une évidence : la démocratie nous oblige à supporter Bruno Mégret et ou Jean-Marie Le Pen, elle ne nous oblige pas à considérer qu’ils sont des candidats qui s’inscrivent dans un cadre démocratique. C’est pourquoi nous ne leur pas avons pas envoyé de questionnaire et que nous marquerons notre opposition à leur égard. Reste, pour ceux qui ne trouvent chez aucun candidat de quoi satisfaire ses espoirs, la possibilité de s’abstenir ou de voter blanc. Certes, les deux modes d’expression ont, en l’état de la loi électorale les mêmes effets : ils n’ont pas, en revanche, la même portée symbolique et politique. S’abstenir peut être compris de bien des manières. Ce peut être un choix politique, un désaveu radical d’un système ou, plus simplement, la traduction d’une impossibilité matérielle. C’est dans tous les cas, une marque de défiance à l’égard de ce qui reste la fondation de toute démocratie politique : le suffrage universel. S’abstenir, c’est que l’on veuille ou non, aller plus loin qu’un désaccord sur les choix offerts à nos suffrages, c’est remettre en cause le principe même d’une citoyenneté active. Ce principe est trop important pour être ainsi galvaudé et ignoré. Qui ne voit que la symbolique à l’œuvre est alors celle d’un corps social qui réfute jusqu’au principe même de sa propre expression ? A l’inverse, par la démarche volontaire qu’il implique, le vote manifeste la volonté de s’approprier l’exercice de ses droits de citoyen tout en permettant, si on le souhaite, de rejeter les termes de l’alternative proposée. Il n’y a donc pas de confusion possible entre l’abstention et le vote blanc, ils ne sont pas, au regard des droits que nous avons conquis, de la même nature. C’est pourquoi, la LDH appellera à ce que chacun vote : pour qui il le souhaite et, à défaut, blanc. Mais ne laissons pas tomber en déshérence ce droit : il a été versé trop de sang pour que nous oublions qu’il reste, en définitive, la première pierre de la démocratie.

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