Libertés
Depuis le 1er juillet 2008 le site Rue89 diffuse une vidéo du président Sarkozy quelques minutes avant son interview au journal de France 3. Deux de ses journalistes seront convoqués par la police judiciaire le 1er avril prochain.
Deux journalistes de Rue89 sont convoqués le 1er avril par la police judiciaire. Qu’ont-ils fait ? Le site diffuse depuis le 1er juillet une vidéo du président Sarkozy quelques minutes avant son interview au journal de France 3. On le voit furieux contre un technicien qui ne lui a pas dit bonjour, rappeler à un journaliste qu’il avait protesté contre sa mise au placard, dire que les manifestations en France, ça va changer…
Officiellement, l’Elysée n’a fait aucune démarche, mais dès le lendemain, l’avocat de France 3 écrivait à Rue89 en prétendant que la chaîne du service public avait des droits sur cette vidéo en tant que productrice de l’émission et entreprise de communication audiovisuelle. Il demandait la cessation immédiate de la diffusion de la vidéo, et la révélation des sources. Le site d’information n’ayant pas déféré à cette injonction, une plainte a été déposée, et il s’est trouvé un procureur de la République à Paris pour ne pas la classer sans suite.
La Ligue des droits de l’Homme, qui a lancé depuis un an une réflexion sur les médias, s’inquiète de cette grave dérive : les attaques incessantes du pouvoir et de l’UMP contre la presse, la multiplication des perquisitions, gardes à vue et autres procédés pour obtenir des journalistes qu’ils livrent leurs sources sont intolérables. A cet égard, le projet de loi sur la protection des sources indique dans son dernier état qu’un journaliste ne peut être obligé de révéler ses sources.
Si le président de la République veut faire valoir ses droits, il connaît le chemin des tribunaux. L’instrumentalisation d’un média public contre un média privé, et l’usage de la justice pénale contre la presse, sont inadmissibles. La Ligue des droits de l’Homme rappelle que la France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour ses atteintes à la liberté de la presse.
Paris, le 26 mars 2009
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