Pour l’abrogation des mesures restreignant l’accès aux soins des plus précaires

Astreindre les plus démunis à payer une partie de leurs soins, repousser l’ouverture des droits pour les autres, ces mesures adoptées à la sauvette par les parlementaires fleurent bon « les pauvres doivent payer ».

 

Il s’agit de prévenir les fraudes disent-ils : comme si les plus démunis étaient, par essence, ceux qui fraudent !

 

Peu importe que soient ainsi concernés parents et enfants, peu importe que ces derniers soient doublement victimes en tant qu’enfants et en tant qu’enfants de pauvres.

 

Les logiques à l’œuvre sont lourdes de sens : de la restriction des droits sociaux à la criminalisation de situations d’exclusion, le législateur d’aujourd’hui renoue avec la vieille rengaine des « classes dangereuses » dont il faut, par tous moyens, se prémunir.

 

Immorales, ces mesures le sont parce qu’elles frappent ceux qui peuvent le moins se défendre. Scandaleuses, ces mesures le sont aussi si l’on veut bien comprendre que, loin de prévenir la fraude, elles l’officialisent : comment ceux qui n’ont pas de travail vont-ils assumer ces charges si ce n’est en rejoignant les bataillons des travailleurs au noir au bénéfice des plus nantis ou de « patrons-voyous ». En votant ces dispositions, le législateur s’est transformé en proxénète de la pauvreté.

 

Loin d’être un dérapage, ces décisions s’inscrivent dans un processus où la démocratie ordonne la société entre ceux qui disposent des moyens nécessaires à l’exercice de leurs droits de citoyens et ceux qui en sont privés.

 

La démocratie pas plus que les droits de l’Homme ne se partagent : restreindre les droits sociaux, c’est repousser en dehors de la société des hommes, des femmes et des enfants qui ne demandent qu’à vivre dignement. C’est ce droit, pourtant élémentaire, que ces mesures remettent en cause.

 

Paris, le 30 janvier 2003

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