À l’approche des présidentielles 2027, la LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains) vous propose une analyse des risques que représente l’extrême droite sur nos droits et libertés et liste un certain nombre de mesures pour la construction d’une société démocratique, sociale et écologique.
L’expérience récente de plusieurs démocraties montre qu’une accession au pouvoir par l’extrême droite constitue une bascule profonde vers un modèle illibéral et autoritaire, marqué par la remise en cause de l’État de droit et des droits fondamentaux.
Aujourd’hui, l’urgence est là. Il s’agit de s’unir, de voter et de se mobiliser pour empêcher que s’impose un modèle politique fondé sur l’exclusion, la peur et l’arbitraire.
*Résolutions LDH « Pour une alternative démocratique, sociale et écologique » et « Contre la loi du plus fort », respectivement adoptées en 2024 et 2026.
Au sommaire
Le compte à rebours avant les présidentielles
- Vendredi 12 mars 2027 : date limite pour s'inscrire sur les listes.
- Dimanche 18 avril 2027 : premier tour
- Dimanche 2 mai 2027 : second tour.
Il est d’ores et déjà possible de s’inscrire en ligne ou en se rendant dans la mairie de sa commune d’inscription.
Avant le 1er tour des élections présidentielles
L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir d’État est toujours une bascule
Les politiques publiques néolibérales des dernières décennies ont conduit à un accroissement vertigineux des inégalités, qui ne sont pas sans conséquence sur le fonctionnement de notre démocratie.
L’accès effectif et permanent aux droits les plus essentiels – comme un revenu, le droit au logement, le droit à la santé, le droit à l’éducation – a été fortement entamé. Le droit à un environnement sain a continué d’être gravement bafoué, avec la perpétuation d’un système non viable écologiquement. La casse de l’État social se poursuit avec la déstructuration des services publics, qui en outre ne sont plus d’égale qualité sur tous les territoires.
Ainsi les inégalités sociales se sont creusées et territorialisées, tandis que s’accélérait la concentration des richesses dans les mains de quelques-uns, ce qui explique largement les doutes qui s’expriment dans des pans entiers de la société sur la pertinence même de la démocratie pour répondre aux besoins. Pour une partie de la société domine un sentiment d’abandon, de dépossession et de ressentiment, découlant de l’impossibilité d’influencer les politiques pour répondre aux problèmes rencontrés.
Pourtant, si les néolibéraux attaquent la démocratie et les libertés publiques, mènent des politiques remettant en cause l’effectivité des droits et portent atteinte à l’État de droit, il y a une différence fondamentale entre eux et l’extrême droite.
L’extrême droite au pouvoir institutionnalise dans tous les domaines la fin de l’universalité des droits (les droits proclamés ne le sont plus pour toutes et tous). Elle réduit la légitimité de la démocratie au seul fait d’avoir gagné l’élection. L’extrême droite s’emploie toujours à détruire l’État de droit, qu’elle rejette dans son principe, niant sa légitimité même.
Des pays considérés comme démocratiques ont connu cette bascule : Hongrie, Pologne, Italie, États-Unis.
D’où qu’elle vienne, l’extrême droite au pouvoir est par nature une régression profonde, et le prix que les sociétés doivent payer pour s’en relever est toujours considérable.
Les extrêmes droites ont une même vision de la société
Un rôle essentiel est dévolu au chef, les corps intermédiaires sont rejetés, comme tout ce qui contribue à faire société, qui les dispense du respect de l’État de droit, c’est-à-dire de tous les processus institutionnels visant à garantir l’absence d’arbitraire et à prévenir la confiscation du pouvoir.
Les extrêmes droites pensent tout au prisme dune « guerre des identités »
Certaines populations sont considérées illégitimes à bénéficier des droits fondamentaux au nom d’une identité qu’on leur assigne et qui justifierait leur exclusion. L’extrême cherche à convaincre qu’en excluant certaines personnes des droits, il y en aurait davantage à donner aux autres.
La loi du plus fort
« La loi du plus fort » est revendiquée comme la loi naturelle des sociétés humaines, ce qui s’accompagne d’un rejet radical des protections permettant de réduire les inégalités et répondre aux précarités.
L'extrême droite menace vos droits et libertés
De par ses votes et positions, l’extrême droite nous montre son vrai visage : la promesse d’une régression sociale durable, de graves atteintes aux droits et libertés, et un délitement de notre État de droit.
Le droit à un environnement sain
Jugeant largement illégitime l’engagement environnemental, l’extrême droite remet régulièrement en cause les politiques de protection de l’environnement, qu’elle présente comme des contraintes inutiles. Elle favorise à l’inverse les intérêts économiques plutôt que du vivant, en votant des mesures qui accélèrent la crise climatique et les dangers qui pèsent sur la santé publique.
Les intérêts des grands groupes plutôt que l’intérêt général et la santé publique
Le Rassemblement national (RN) défend une politique agricole tournée vers la compétitivité et la production intensive, au détriment des petits producteurs et de la transition écologique.
- Soutien à la loi Duplomb sur l'agriculture (2025), qui prévoyait notamment la réintroduction dérogatoire de l'acétamipride
- plusieurs dispositions du projet de loi d'urgence agricole (2026) surtout profitables aux grands industriels.
- Soutien à une proposition de loi de la Commission européenne (« Omnibus ») visant à réduire le devoir de vigilance des grandes entreprises concernant leurs impacts environnementaux.
- Position critique à l'égard des rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) en contestant certains diagnostics et recommandations.
- Les députés du RN ont très majoritairement voté contre la loi visant à interdire les polluants éternels (PFAS), substances qui contaminent durablement les sols, l'eau et la chaîne alimentaire.
- Vote contre la loi de taxation des superprofits et est favorable à l’exploitation des gazs de schistes en France, défend ainsi une stratégie énergétique augmentant la dépendance aux énergies fossiles et permettant les superprofits des grandes entreprises.
- En faveur de pratiques des plus riches en votant contre la taxation des jets privés et les yachts (2022) et contre la suppression de la niche fiscale sur le kérosène aérien pour les vols domestiques (2024). Ainsi, alors que les foyers les plus riches sont ceux qui polluent le plus, les foyers modestes subissent plus fortement les augmentations de la fiscalité carbone.
Il est urgent de se diriger vers des politiques publiques ambitieuses, qui privilégient le commun et la santé publique aux logiques économiques privées qui enrichissent quelques-uns. Nous avons besoin de politiques qui proposent des solutions concrètes et immédiates pour :
– soutenir une agriculture respectueuse du vivant ;
– renforcer les services publics de l’eau et de la santé ;
– préparer l’adaptation au changement climatique et à la transition vers de nouveaux modes de productions ;
– mettre en œuvre une stratégie écologique pour atteindre les objectifs des accords de Paris.
Justice sociale et droits fondamentaux
Depuis plusieurs décennies, les politiques néolibérales ont conduit à un accroissement vertigineux des inégalités, fragilisé les services publics et rendu plus difficile l’accès aux droits fondamentaux. Cette situation nourrit le sentiment d’abandon, la défiance envers les institutions et la démocratie.
Un programme ultralibéral qui ne ferait qu’appauvrir les plus pauvres
L’extrême droite exploite cette colère en désignant, notamment pour servir leur idéologie de haine, des boucs émissaires. Lorsqu’il s’agit de voter ou de prendre position pour des solutions concrètes de lutte contre les inégalités, le RN s’y oppose régulièrement.
Santé
- Les députés du RN ont voté contre un amendement visant à lutter contre les déserts médicaux (2023).
- Vote contre certains amendements visant à augmenter les moyens de l'hôpital public, à recruter davantage de personnes soignantes ou à renforcer les services de santé de proximité.
Logement
- Vote contre le gel des loyers (2023), alors que des millions de ménages subissent la hausse du coût du logement.
- Opposition à plusieurs propositions visant à renforcer la protection des locataires et à développer des politiques publiques plus ambitieuses en faveur du logement accessible.
- Les maires de nombreuses communes d’extrême droite prennent régulièrement des arrêtés de « chasse aux pauvres » interdisant la mendicité.
Ecole
- Défend une école fondée sur la préférence nationale et la remise en cause de certains enseignements consacrés à l'égalité et à la lutte contre les discriminations.
- Soutient l'enseignement privé sous contrat.
Travail et pauvreté
- Le RN a voté contre l'augmentation du Smic à 1 500 € net (2022) ; refusé de soutenir l'indexation des salaires sur l'inflation (2025) ; voté contre plusieurs propositions destinées à améliorer les revenus des travailleuses et travailleurs.
- A soutenu des mesures fiscales favorables aux patrimoines les plus élevés, notamment en matière de successions, et s'est opposé au rétablissement de l'impôt sur la fortune.
Justice et libertés
- Le RN défend une politique pénale axée sur le durcissement des sanctions mais a voté contre plusieurs amendements proposant d'augmenter les moyens du ministère de la Justice et de l'institution judiciaire (2023).
- Le RN a régulièrement critiqué l'institution judiciaire et certain-e-s magistrat-e-s en les jugeant trop laxistes, sauf quand il s’agit des condamnations à leur encontre.
- L'extrême droite défend régulièrement : l'abaissement de la majorité pénale ; des restrictions du droit du sol et de certains droits fondamentaux ; des limitations de l'accès à certaines prestations ou services selon la nationalité.
Il est urgent de se diriger vers des politiques publiques ambitieuses qui proposent des solutions concrètes et immédiates pour :
– une réelle justice sociale, pour que toutes et tous aient accès aux mêmes droits : droit à une retraite digne, accès à des soins de santé de qualité égale sur tous les territoires, à l’éducation, au logement… ;
– un réinvestissement massif pour des services publics de qualité répondant aux besoins de toutes et tous ;
– la reconnaissance et la prise en compte dans le dialogue social de la société civile, des associations et des syndicats.
Les extrêmes droites au pouvoir prennent toujours rapidement des mesures qui aboutissent à ce que l’État de droit ne fonctionne plus.
La nécessaire protection de l'État de droit
L’État de droit a été construit après 1945 en réponse aux fascismes, pour protéger les citoyennes et citoyens de l’arbitraire.
Sa finalité ultime est de mettre en œuvre tous les droits humains (voir ci-dessous) – tant civils, politiques, qu’économiques, sociaux, culturels ou environnementaux – et de faire s’y conformer toute législation. Ainsi les droits qui nous permettent de vivre dignement, au quotidien, sont garantis et protégés par l’État de droit.
Dans un État de droit, l’exercice du pouvoir est soumis au droit. Toutes autorités, y compris l’État, le gouvernement, les administrations, doivent respecter les règles.
L’État de droit a plusieurs objectifs :
↳ protéger le processus démocratique ;
↳ préserver l’égalité entre toutes les personnes ;
↳ empêcher l’Etat d’agir arbitrairement, et protéger
les individus contre ses ingérences ou ses abus
L’état de droit désigne un ensemble de principes et de règles qui garantit les libertés et les droits fondamentaux pour toutes et tous. C’est un pilier de la démocratie.
Un État de droit déjà fragilisé et menacé
De plus en plus de représentants politiques vont au-delà de la critique d’une décision de justice. Ils contestent la compétence des juges lorsqu’ils sont condamnés pénalement. Ils se veulent au dessus des lois.
Les libertés associatives sont de plus en plus attaquées (nombreuses décisions de dissolution d’une association, retraits d’agrément ou de subventions ; obstacles dressés en travers de l’action associative sur le terrain, absence de négociation avec les syndicats, mécanismes bâillons…).
Ces nouvelles formes de musèlement de la société civile envers toute forme de critique des pouvoirs publics portent d’ores et déjà atteinte à l’État de droit.
Les lois liberticides se multiplient, au prétexte d’assurer notre « sécurité ». Cette avalanche nous accoutume à une moindre résistance à l’arbitraire (intégration des dispositifs de l’état d’urgence dans la loi ordinaire, loi Sécurité globale (2021), loi dite « séparatisme » (2021), loi « narcotrafic » (2025).
Partout dans le monde, la montée des extrêmes droites au pouvoir s’accompagne d’une propagation de la loi du plus fort. Ces gouvernements sont portés par des tentations réactionnaires (remise en cause des droits et libertés, attaques contre l’indépendance des juges, concentration et asservissement des médias…).
Ces menaces pèsent plus que jamais sur la France.
L'APPEL DE LA LDH À FAIRE FRONT
La LDH refuse de considérer l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir d’État comme quelque chose qui serait dorénavant inéluctable.
Nous appelons les citoyennes et citoyens
A se mobiliser et à faire entendre une voix forte de résistance et d’opposition, de solidarité et d’espoir, en suivant l’exemple de celles et ceux qui dans le monde résistent face aux régimes fascistes et illibéraux.
NOUS EN APPELONS AUX FORCES PROGRESSISTES
Qui doivent, au-delà de leurs divergences, en entendant enfin les voix de la société civile, permettre à l’espoir de se traduire dans les urnes, par la construction d’une alternative écologique, sociale et démocratique qui rassemble toutes celles et ceux qui veulent une société de l’accès effectif aux droits pour toutes et tous.
NOUS EN APPELONS AUX LIBÉRAUX
Qui doivent prendre la mesure du péril. Ils doivent choisir, avec nous, de défendre le cadre de l’État de droit et la démocratie, qui seuls permettent des débats au fond, des alternances politiques, le respect de tous les droits civils et politiques, tout en acceptant des politiques publiques qui reviennent sur les précarités imposées depuis des décennies et améliorent l’accès effectif aux droits, dans le cadre d’un contrat social plus juste. Seul ce double choix permettra un vivre ensemble et en paix en barrant la route à l’arbitraire et à la violence de la loi du plus fort.
Partout, la LDH portera cet appel aux forces politiques progressistes et libérales. Partout nous initierons des mouvements de la société civile et contribuerons à toutes les mobilisations citoyennes pour éloigner le spectre de l’autoritarisme et du fascisme.
Partout, la LDH combattra sans relâche les atteintes à l’État de droit dans le cadre de la société actuelle, notamment par la voie judiciaire. Elle ne veut pas se retrouver dans une société où il n’y a plus d’État de droit et donc de possibilité d’en faire valoir le respect.
L’histoire nous enseigne que les démocraties ne disparaissent pas brutalement, mais se désagrègent lorsqu’elles cessent d’être défendues. Aujourd’hui, l’urgence est là. Il s’agit de débattre, mais aussi d’agir, de voter, de s’unir et de se mobiliser pour empêcher que s’impose un modèle politique fondé sur l’exclusion, la peur et l’arbitraire. La démocratie ne se préserve pas : elle se construit chaque jour. Contre la loi du plus fort, nous faisons le choix des droits, de la démocratie et de l’État de droit.
Que fait la LDH ?
Des actions organisées partout en France
Pour mener ses actions, la LDH est présente partout en France métropolitaine et en Outre-mer au travers de ses sections locales.
Retrouvez et participez aux mobilisations prévues par nos sections indiquées sur la carte ci-contre.
Des actions en justice pour lutter contre la haine et les atteintes aux droits
La présentation d’un certain groupe de personnes visé à raison de son origine ou de sa religion, par exemple comme un facteur d’insécurité ou de délinquance, suscite un sentiment de haine ou de rejet à l’égard de ce groupe et revêt ainsi le caractère d’une incitation à la haine raciale.
La LDH n’aura de cesse de lutter contre la diffusion de ces discours haineux dans l’espace public, qu’ils ciblent une certaine catégorie de la population ou qu’ils visent à nier ou faire l’apologie de crimes internationaux tels que ceux commis durant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, la LDH s’est engagée au sein de la Digue ainsi que de l’Observatoire de l’extrême-droite.
La LDH est membre de...
1001 territoires pour la fraternité
Dans la bataille culturelle face au repli sur soi et à la haine de l’autre, passons à l’offensive collective pour porter sur les territoires le respect des valeurs républicaines de fraternité, de solidarité, d’ouverture à l’autre et de liberté de conscience pour faire face au projet de société de l’extrême droite.
