Manifestation du 1er mai – Lutte ouvrière

A Monsieur J.P. VIAL
Secrétariat d’Arlette LAGUILLER
LUTTE OUVRIERE

Paris, le 6 mai 2002

Monsieur,

Votre lettre du 3 mai 2002 atteste d’un énervement sans doute à la hauteur de votre déception des résultats du 5 mai 2002. Je suis étonné que vous ayez pu penser, naïvement dites-vous, que la manifestation du 27 avril 2002 n’avait pas pour but de faire battre J.M. Le Pen et donc de voter en faveur de J. Chirac. L’accueil fort désagréable que les manifestants vous ont réservé aurait dû, dans cette hypothèse, vous éclairer et vous conduire à quitter la manifestation. La naïveté n’étant pas l’attribut le plus évident de Lutte Ouvrière, je continue donc à penser que c’est tout à fait sciemment que vous avez participé à cette manifestation sur un mot d’ordre qui n’était pas celui de ses organisateurs. Et cette attitude n’a rien de démocratique.

Je vous remercie de me rappeler quels sont les combats, depuis toujours, de la LDH en faveur du droit des étrangers ou contre la démagogie sécuritaire. Votre ardeur est celle du néophyte car l’attention que Lutte Ouvrière porte à ces questions n’est pas si ancienne que j’en ai oublié l’absence de votre organisation à bien des manifestations. Il est vrai que c’était là, comme le droit des femmes, la liberté d’expression, etc., des problématiques « petites bourgeoises ». Je ne puis que me féliciter que vous ayez changé d’avis et que vous ayez fini par admettre que les libertés publiques et individuelles ne sont pas l’apanage de la seule bourgeoisie mais le bien de tous.

Puis-je, enfin, vous suggérer de faire encore un effort dans ce sens ? Vous comprendrez alors que voter pour J. Chirac le 5 mai 2002, ce n’était pas « s’abaisser », c’était affirmer le rejet d’un parti qui porte gravement atteinte à la démocratie.

En espérant, Monsieur, que vous comprendrez, un jour mais le plus tôt possible, que la démocratie se défend sous tous ses aspects, qu’ils concernent aussi bien les libertés que les droits économiques et sociaux, je vous prie de croire que la LDH veillera à rappeler ce principe tous les jours et à tous, donc y compris à Lutte Ouvrière.

Michel TUBIANA, président de la LDH

Copie à l’AFP et au MRAP

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Secrétariat d’Arlette LAGUILLER
Au MRAP et à la Ligue des droits de l’Homme

Paris, le 3 mai 2002

Nous avons pris connaissance de votre déclaration à l’AFP du 29 avril 2002.

Nous avons participé à votre manifestation car nous croyions, naïvement, qu’il s’agissait d’une manifestation contre le racisme, pour l’amitié entre les peuples, pour les droits de l’Homme, c’est-à-dire contre les idées défendues par Le Pen. Mais nous ne savions pas qu’il s’agissait d’une manifestation en faveur du vote Chirac, ce qui est différent.

Il y a les idées de Le Pen, affichées avec cynisme, et il y a la politique de la droite, qui peut, dans les faits, mener à des résultats voisins.

Croyez-vous que Chirac va supprimer ou même s’opposer aux camps de rétention ? Croyez-vous que sa politique ne sera pas le « tout répressif », la généralisation des maisons de correction pour mineurs, même si c’est avec un nom moins choquant ? Croyez-vous que la « sanction immédiate » ne sera pas surtout appliquée aux délits mineurs envers les étrangers en conduisant très vite à la « double peine » ? Croyez-vous que même s’il ne parle pas de la « priorité aux Français » il va s’y opposer dans les faits ? Comme vous le savez, la discrimination envers les immigrés est courante et, dans 99% des cas, non réprimée parce que suffisamment hypocrite pour être invisible.

Nous, nous ne pouvons pas, quel que soit le prétexte, cautionner un homme de droite, d’autant plus qu’il ne s’agit pas de battre Le Pen qui, de toute façon, même avec les seules voix de la droite, serait largement battu sans que la gauche et des organisations comme les vôtres, s’abaissent devant Chirac.

Quant à votre ostracisme envers ceux qui partagent vos idées mais ont un autre point de vue pour les défendre, nous ne savons comment le qualifier autrement que digne de temps que nous pensions révolus.

Nous espérons seulement, et de tout cœur, que ceux dont vous pensez défendre l’avenir et le sort ne souffrent pas, un jour, de votre choix d’aujourd’hui.

Pour Lutte Ouvrière, J.P. VIAL
Lutte Ouvrière – B.P. 233 – 75865 Paris Cedex 18

Copie à l’AFP

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