le 25 avril 2020 – tribune collective, signée par Malik Salemkour “Appel international des 125 – Pour la libération de Josu Urrutikoetxea” publiée sur Mediapart

Tribune collective dont Malik Salemkour, président de la LDH, est signataire

Des personnalités internationales engagées dans le processus de paix au Pays Basque, des magistrats, des parlementaires, des intellectuels, etc. unissent leur voix pour demander la suspension de l’incarcération de Josu Urrutikoetxea en raison de la pandémie du Covid-19. «Le maintenir en détention (serait) par ailleurs, un très mauvais signal émis par l’État français à l’ensemble des processus de paix en cours à travers le monde ».

La vie de Josu Urrutikoetxea est en danger. La situation sanitaire exceptionnelle, provoquée par le Covid-19, entraîne une incompatibilité manifeste de maintenir en détention des personnes âgées ou ayant des pathologies les rendant fortement vulnérables au virus. Tous ceux qui connaissent la situation des prisons s’accordent à dire que la surpopulation et les conditions de promiscuité en détention empêchent de faire efficacement face à la pandémie et d’endiguer la contamination en prison.

Josu Urrutikoetxea s’inscrit dans la double catégorie de ces personnes rendues vulnérables à l’infection en raison de son âge (près de 70 ans) et de son état de santé très précaire. Dès le 26 mars, le médecin chef de la prison de la Santé, où de nombreux cas se sont avérés positifs (chez les surveillants comme chez les détenus), lance une alerte et signale que Josu Urrutikoetxea présente « des pathologies chroniques qui sont des facteurs de mauvais pronostic en cas de contamination » au Covid-19 et recommande « que son incarcération soit suspendue ».

Ainsi, rien ne saurait justifier que Josu Urrutikoetxea subisse en prison, comme d’autres, un risque sanitaire que l’on sait aujourd’hui létal. D’autant que les objectifs de garanties de représentation en justice peuvent être aisément atteints par un placement sous contrôle judiciaire, ensemble de garanties et de probités que Josu Urrutikoetxea rassemble comme l’avait reconnu la cour d’appel de Paris le 19 juin dernier, avant que le parquet général ne le fasse réincarcérer par ce qui a tout d’un coup de force judiciaire.

Rappelons qu’en participant aux négociations pour la paix sous l’égide de l’ONU et des États suisse et norvégien, Josu Urrutikoetxea a fait preuve de responsabilité pour promouvoir et mener les débats et rendre effectifs la fin de la violence au Pays basque, le désarmement puis la dissolution de ETA. Sans sa ferme implication, reconnue par l’ensemble des institutions et des acteurs internationaux engagés dans la résolution des conflits, et sans l’engagement d’autres comme lui, il aurait été impossible d’accomplir en acte ces changements substantiels et salutaires.

Au-delà des règles élémentaires de protectorat diplomatique envers les négociateurs, la criminalisation de celles et ceux qui ont contribué activement à la transformation d’un conflit à sa sortie est à la fois problématique sur le plan éthique et stratégiquement contre-productive. Le maintenir en détention en dépit du danger particulier auquel Josu Urrutikoetxea est exposé constitue, par ailleurs, un très mauvais signal émis par l’État français à l’ensemble des processus de paix en cours à travers le monde que la communauté internationale ne saurait tolérer.

Par cet appel, nous demandons aux autorités judiciaires qu’elles suspendent l’incarcération de Josu Urrutikoetxea et agissent avec la plus grande diligence afin qu’il ne soit pas davantage exposé au risque de mourir en détention. À l’instar du cas de Josu Urrutikoetxea, tous les détenus extrêmement vulnérables au Covid-19 en raison de leur état de santé et/ou de leur âge, et ne représentant aucun danger pour la société, doivent aussi bénéficier de cette suspension d’incarcération.

Lire la tribune et la liste complète des signataires sur Mediapart

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