La LDH soutient le film « Joe Hill », de Bo Widerberg

Sortie le 18 novembre 2015

 

Certains se rappellent peut-être lointainement ce beau film, qui avait reçu le prix du jury du festival de Cannes en 1971, avec la célèbre chanson de Joan Baez, I dreamed I saw Joe Hill, et dédié aux filles du Massachussets grévistes de 1912 qui réclamaient du pain et des roses. C’est l’histoire du jeune Joe, immigré en 1902 de Suède aux Etats-Unis avec son frère Paul. Celui-ci trouve du travail dans le New Jersey ; Joe ne le revit jamais. Après la joie du débarquement à Ellis Island, Joe vit quelques temps à New York, dans l’East End, avec des misérables logés comme des cloportes, et dont les belles dames charitables qui tricotent pour les pauvres ignorent tout. Il fait pourtant de belles rencontres : le renard, petit garçon attachant qui vit de rapines, et une belle fille italienne passionnée comme lui d’opéra, qu’ils vont écouter tous les deux en haut des marches de l’escalier de fer du théâtre. Car Joe, qui ne quitte pas son banjo, rêvait de devenir musicien.

Mais le ténor avantageux de Rigoletto s’empare de la jeune fille et Joe malheureux décide de partir à la recherche de son frère. Pendant des années, il sillonne l’Amérique, jusqu’en Californie et à Chicago, sautant sur les trains très lents qui transportent des marchandises. Vagabond, quasi-clochard, employé, ouvrier, il vit mille vies et transforme progressivement sa conscience des inégalités sociales en refus de l’exploitation et de la misère, rejoignant les « Travailleurs industriels du monde », l’IWW, dans la lutte syndicale et révolutionnaire. Mais le jour où il comprend que, dans la rue, la police laisse librement chanter l’Armée du salut mais empêche ses camarades aux foulards rouges de revendiquer publiquement la justice et le droit, il trouve sa vocation : désormais c’est en chansons qu’il va tenir ses discours politiques. Talentueux, généreux, aimé de tous, Joe devient une figure très populaire du mouvement ouvrier et déclenche des grèves dans les mines, comme dans les cuisines des restaurants les plus huppés.

Il va sans dire que la répression est féroce : Joe et ses camarades sont arrêtés, battus, torturés. Une nuit, dans l’Utah, Joe est blessé par balle – une affaire de cœur ? Il n’a jamais voulu dénoncer la femme qui lui a valu cette blessure, mais dans le film il vient de revoir la belle Italienne. La même nuit, un épicier est assassiné. Joe est accusé du meurtre et subit un procès inique. Même le président Wilson demande sa grâce au gouverneur de l’Utah…

Immigration, liberté d’expression, droits des travailleurs, condition pénitentiaire, police, justice, peine de mort, autant de questions essentielles posées par le film. La réponse de Joe est toujours humaine : il exige du pain, oui, mais aussi des roses. Cette biographie d’un militant légendaire saisit ensemble le désir de justice et le désir de vie, bien plus fortement qu’aucun exposé didactique. En ce sens c’est une introduction indispensable à tout débat sur les questions posées.

 

Joe Hill
Fiction, Suède, Etats-Unis, 1970, version restaurée en 2015
Durée :
1h57
Réalisation :
Bo Widerberg
Production :
Sagittarius
Distribution :
Malavida

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