La LDH soutient le film documentaire « The Look of Silence », de Joshua Oppenheimer

Sortie le 23 septembre 2015

Grand Prix du jury et Prix Fipresci de la critique internationale au festival de Venise 2014
Prix du public & Mention spéciale du jury au festival Premiers Plans d’Angers 2015

 

Une famille rescapée du massacre des communistes indonésiens de 1965 découvre, à travers des images tournées par Joshua Oppenheimer, la manière dont leur fils a été assassiné, ainsi que l’identité des meurtriers. Adi, le plus jeune de la fratrie, né juste après les massacres, est résolu à briser le tabou du silence et de la peur. Ophtalmo itinérant, il enquête, au gré de ses visites, sur les circonstances de la mort de son frère aîné. Il confronte les responsables du meurtre de son frère à leurs actes, une chose inimaginable dans un pays où les assassins sont encore au pouvoir.

Joshua Oppenheimer travaille depuis plus de dix ans sur les massacres de 1965 en Indonésie, interrogeant sans relâche bourreaux et victimes, afin de documenter ce qui reste l’une des plus grandes tragédies oubliées du XXe siècle. A la suite d’un putsch militaire, plus d’un million de personnes – paysans, syndicalistes ou intellectuels – accusées, entre autres, d’être des sympathisants du parti communiste récemment interdit, furent torturées et massacrées par des troupes paramilitaires, avec la bénédiction de Suharto, le futur chef d’État du pays.

Ce film est le deuxième volet de l’enquête menée par le cinéaste. Dans The Act of Killing, sorti il y a deux ans, Joshua Oppenheimer interviewait les criminels arrogants et satisfaits de leurs actes. Leur liberté de ton rigolarde dévoilait une absence de culpabilité proche de la folie. Avec The Look of Silence, il donne cette fois la parole aux victimes. Mais comment prendre la parole dans un pays où les tueurs sont encore au gouvernement, où il n’existe pas de contre-pouvoir et où l’on habite parfois la porte à côté de son ancien tortionnaire. C’est un homme, anonyme, qui va poser les questions. La caméra de Joshua Oppenheimer accompagne Adi dans sa confrontation avec les assassins. Patiemment, obstinément, malgré les menaces, ils s’emploient ensemble à vaincre le tabou du silence et de la peur.

Le film sans aucun commentaire en voix-off ou images d’archive sur lesquels s’appuyer, se base sur la pure force de cette confrontation infernale.

Son immense mérite est non seulement de nous proposer un retour sur un pan particulier de ces massacres dont les coupables n’ont jamais été inquiétés, mais plus encore il nous confronte à l’inconcevable de la folie génocidaire et à l’infini de la douleur de qui a échappé par miracle aux massacres ou y a perdu un fils, un mari, une mère… alors même que les bourreaux d’hier sont toujours au pouvoir. Ils ont fait fortune, exercent des responsabilités politiques et sont les voisins de leurs victimes. Dans les écoles, l’histoire officielle en fait des héros (moment saisissant du film que la leçon donnée par le maître d’école du fils d’Adi).

D’une variété de registres et d’un bel esthétisme mis au service de ce dévoilement, The Look of Silence est un film prenant et saisissant.

 

The Look of Silence
Documentaire, Danemark, 2014
Durée :
1h43 mn
Réalisation : Joshua Oppenheimer
Production : Final Cut For Real (Danemark)
Distribution : Why Not Production

www.thelookofsilence.com

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