La LDH soutient “Tantura”, un film documentaire d’Alon Schwarz

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Dans son documentaire “Tantura”, le cinéaste israélien Alon Schwarz revient sur un massacre de Palestiniens par l’armée israélienne en mai 1948. Ce faisant, il remet en question le mythe fondateur de la création d’Israël et dénonce l’incapacité de sa société à accepter son sombre passé.  “Je suis sioniste, je pense que les Juifs doivent avoir leur propre Etat mais il est essentiel que nous comprenions notre histoire“, explique -t-il ; “Que nous nous racontions qu’il n’y avait personne ici avant nous, ça n’aide pas. C’est le mythe fondateur de la nation mais je pense que nous devons mûrir en tant que société“. En effet avec ce film, il lance un pavé dans la mare, persuadé que la nouvelle génération est prête à parler des épisodes les plus sombres survenus en 1948. Pour rappel, outre les milliers de morts de chaque côté, plus de 760.000 Palestiniens ont été poussés à l’exode par l’avancée des forces juives ou chassés de chez eux. Près de 400 villages ont été rasés.

Le documentaire se base essentiellement sur le travail de Theodore Katz, qui, tout au long des années 1990 alors qu’il était étudiant en master d’histoire à l’université de Haïfa (nord), a recueilli dans le cadre de sa thèse, des témoignages de soldats israéliens et de résidents palestiniens assurant que des troupes avaient massacré des habitants non armés dans ce village du nord d’Israël. Le film réinterroge ces soldats. Certains nient fermement que des civils ont été tués en dehors des combats et parlent d’un “mythe”. D’autres confirment que les forces israéliennes ont abattu des habitants alors même que la bataille était terminée, parfois à bout portant sur la plage.

D’abord récompensé par d’excellentes notes à l’université, Theodore Katz s’est retrouvé au centre d’une polémique nationale lorsque les conclusions de ses recherches ont été publiées dans le quotidien Maariv en 2000. Des vétérans de la brigade Alexandroni, l’unité ayant combattu à Tantura, l’ont poursuivi pour diffamation. Il a été forcé de s’excuser et d’affirmer qu’il n’y avait pas eu de massacre à Tantura. Et malgré ses tentatives pour revenir sur ces déclarations, le tribunal l’a forcé à payer les frais des poursuites judiciaires et il est devenu un paria dans son propre kibboutz. Confronté à autant de pressions, il a subi deux accidents vasculaires cérébraux, et il est aujourd’hui en fauteuil roulant.

Concernant le nombre de Palestiniens tués à Tantura, le film s’appuie sur des témoignages, principalement de Palestiniens, mais aussi l’analyse d’un géomètre-expert qui, avec des cartes historiques et actuelles, suggère le possible creusement de fosses communes, concluant que des Palestiniens ont probablement été enterrés sous ce qui est aujourd’hui un parking près de la plage Dor Beach.

Projeté au début de cette année au festival de Sundance, le documentaire a suscité des réactions. L’Autorité Palestinienne a appelé à la création d’une “commission internationale pour enquêter” sur les “crimes et massacres” qu’auraient commis les forces israéliennes en 1948. Dans un éditorial, le quotidien phare de la gauche israélienne, Haaretz, a demandé la création “d’un groupe de travail” pour enquêter sur l’affaire de Tantura et “excaver et déterminer si les restes d’une fosse commune sont en effet situés” près de Dor Beach.

Mots clés : fondation de l’Etat d’Israël
Réalisation : Alon Schwarz
Production et distribution : Israël, 2022, 1h34

 

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