La LDH soutient “Nos Frangins”, un film de Rachid Bouchareb

En salle le 7 décembre 2022

La mort de Malik Oussekine, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, suite à des violences policières lors d’une manifestation contre le projet de réforme Devaquet (à laquelle Malik ne participait pourtant pas) fait partie de notre mémoire collective. Moins de personnes savent qu’au cours de la même nuit, un autre jeune Français d’origine algérienne, Abdel Benyahia, était tué par un officier de police ivre, à Pantin.

Nos frangins est un hommage puissant à ces deux jeunes gens.

Rachid Bouchareb, que le grand public connaît surtout pour son film Indigènes, a mené, avec sa coscénariste Kaouther Adimi, un travail de recherche approfondi sur ces deux affaires : plongée dans les archives, entretiens avec des membres des deux familles. De ces rencontres, ils ont imaginé des éléments de fiction qui se mêlent dans une dynamique remarquable aux images d’archives. Et ils ont relié les deux affaires en créant deux personnages tout à fait plausibles : un inspecteur de l’IGS censé enquêter sur ces deux meurtres et un employé de l’institut médico-légal, un Africain, qui accueille les deux corps avec une douceur infinie, en leur parlant et en chantant en bambara.

Les images d’archives nous font revivre intensément les événements de ces quelques jours : manifestations des étudiants, répression de la police, interventions des voltigeurs, déclarations du pouvoir en place qui cherche à étouffer/déguiser l’affaire Oussekine (il ne dit rien de la mort d’Abdel), témoignages divers, dont celui de Maître Kiejman, avocat de la famille de Malik, celui d’un témoin de la scène de matraquage… et la colère, l’indignation de toute la population, jusqu’à la marche silencieuse en l’honneur des 2 jeunes gens le 10 décembre.

En regard, la douleur immense et les réactions, très différentes, des deux familles. Celle de Malik, représentée par son frère aîné et sa sœur, se bat de toutes ses forces contre ce que veut faire croire la police et mène sa propre enquête. Le père d’Abdel, lui, fait profil bas : on lui cache la mort de son fils et il accepte, sans rien dire, les bobards des policiers, refusant de croire son autre fils qui lui assure qu’ils mentent. Contrairement au frère de Malik, jeune entrepreneur, il appartient à une génération d’immigrés qui se fait la plus invisible possible.

Entre les deux, cet inspecteur de l’IGS, visiblement très mal à l’aise vis à vis des consignes qu’il reçoit et qui tente de trouver la vérité.

Des images de Malik, chez lui, au club de jazz où il était ce soir-là et dans la rue avant la terrible rencontre, contribuent à rendre ce film encore plus émouvant.

Pour incarner les principaux personnages, d’excellents acteurs, qui les font vivre avec intensité et vérité : Reda Kateb et Lyna Khoudri sont le frère et la sœur de Malik, Samir Guesmi le père d’Abdel, et Raphaël Personnaz l’inspecteur de l’IGS.

La musique du talentueux compositeur Amine Bouhafa (à qui l’on doit, entre autres, celle de Tumbuktu, Gagarine, Le Sommet des dieux) accompagnent admirablement certains passages du film, qui vibre aussi avec des chansons de Mano Negra, Rita Mitsouko, Warda, et celle de Renaud, Petite, qui fait allusion aux deux jeunes gens et clôt le film avec beaucoup d’émotion.

Dans une interview accordée à Charles Tesson, critique et historien du cinéma, Rachid Bouchareb reconnaît que les violences policières lors du mouvement des Gilets Jaunes ont contribué à renforcer l’idée de faire ce film : « On est encore dans cette actualité. Sur le sujet de l’immigration et des violences, on y est encore. On pense tout le temps qu’on va passer à une autre étape, mais il n’y a pas vraiment de changement. Cela fait 35 ans. Faut-il plus de temps pour résoudre certains problèmes ? »

Mots clef : éducation, immigration, violences policières

 

Réalisation : Rachid Bouchareb

Durée : 1h32

Distribution : Le Pacte

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