La LDH soutient le film « Sunless shadows » de Mehrdad Oskouei

Sortie en salle le 26 janvier 2022

En 2016, le cinéaste iranien Mehrdad Oskouei réalisait Des rêves sans étoiles dans un centre de détention et de réhabilitation pour mineures. « Il m’a fallu batailler sept ans pour obtenir l’autorisation de tournage », écrivait-il alors. Dans ce film, des jeunes filles enfermées pour meurtre, toxicomanie, vols de voitures ou fugue, lui confiaient leur désir profond de revenir à une vie normale, leur soif de liberté, mais aussi la peur de ce qui les attendait quand elles sortiraient. Dans Sunless Shadows, tourné dans ce même établissement de Téhéran, le réalisateur se concentre sur un groupe d’adolescentes ayant commis un meurtre sur la personne de leur père ou d’un membre de leur famille, souvent avec l’aide ou la complicité de leur mère.

Mehrdad Oskouei avait été condamné à un an de prison pour le film, Des rêves sans étoiles. Ayant échappé finalement à l’enfermement, il était resté obsédé par cette question : comment une fille en arrive-t-elle à tuer son père ? Il se bat pour obtenir l’autorisation de tourner à nouveau dans ce centre afin d’essayer de comprendre ce qui peut conduire des adolescentes à un tel acte : « J’étais intimement convaincu, dit-il aujourd’hui, que ce film devait être fait, que leurs mots devaient être entendus et que leurs vies et leurs sentiments devaient être vus. »

Grâce à l’exceptionnelle relation de confiance qu’il a établi avec quelques-unes de ces jeunes filles, il réussit à les convaincre de s’exprimer, de revenir sur des souvenirs si douloureux, grâce à un dispositif qui leur permet de s’adresser directement à une caméra et de s’enregistrer sans témoin. Ce sont elles qui déclenchent l’enregistrement lorsqu’elles se sentent prêtes. Elles adressent alors de longs messages à leur mère en prison, ou au père qu’elles ont tué. Dans ces monologues face caméra, elles analysent leurs motivations avec une lucidité et une sincérité bouleversantes, confient leur chagrin et parfois leurs remords. On saura peu de choses sur les meurtres eux-mêmes mais on aura deviné ce qui sous-tend de tels actes : l’oppression au quotidien des femmes dans une société patriarcale dominée par la religion, les violences subies dans l’intimité des foyers, pendant des années, sans aucun recours possible.

Mais ce sont aussi de très jeunes filles. Entre ces moments intenses et déchirants, le réalisateur nous montre leur vie quotidienne dans ce centre, faite d’études, de travail, de chants, de jeux et de rires joyeux. On comprend assez vite que l’enfermement les protège du monde extérieur et de leurs familles qui ne veulent pas accorder un pardon qui les libérerait.

Ce film est d’autant plus efficace qu’il ne les dénonce pas directement mais fait apparaître en creux les violences subies impunément par les femmes en Iran. Un projet de loi sur « l’interdiction de la violence à l’égard des femmes », vidé par le pouvoir judiciaire en juin 2020 de plusieurs ses articles et renommé « Protection, dignité et sécurité des femmes », reste bloqué à ce jour par le Parlement iranien.[1]

Le film a reçu plusieurs prix dont en 2019 celui du meilleur réalisateur à l’IDFA (International Documentary Film Festival d’Amsterdam), et en 2020 le Grand Prix Nanook (Festival International Jean Rouch, Paris). Sortie en France : 26 janvier 2022.

Sunless Shadows, réalisation : Mehrdad Oskouei. Iran/Norvège, 74 min, 2019.

Distribution : Les Films du Whippet.

Mots-clés : Droits des femmes, femmes/violences, Iran

 

 

 

Source : https://women.ncr-iran.org/fr/2021/11/23/la-propagation-de-la-violence-contre-les-femmes-en-iran/

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