La LDH soutient le film “Le Dernier refuge” d’Ousmane Samassékou

Diffusé sur ARTE France et Allemagne, au premier trimestre 2022

A Gao, au Mali, la « Maison du migrant » est un havre de paix et de réconfort, unique en son genre, qui accueille femmes et hommes sur la route migratoire ou celle du retour au pays. Sous l’égide de la Mission Catholique et de la Croix-Rouge malienne, avec l’appui du CCFD et d’associations locales, elle est ouverte à tous/toutes, et gérée par un ancien migrant, camerounais, Eric Kamden, qui connaît bien les dangers de cette route si fantasmée.

Dans un paysage désertique, des jeunes gens, munis de pioches et de pelles, maniant pierres et ciment, édifient, sous la direction d’Eric, des sépultures dignes de ce nom à ceux dont le chemin a pris fin à Gao. De petites pancartes indiquent leur pays d’origine – Togo, Côte d’Ivoire, Guinée… -, l’une d’elles, une date de naissance : il avait 20 ans.

Ainsi commence le documentaire d’Ousmane Samassékou. Âpre début… Mais la Maison du migrant bruisse de vie et de chaleur humaine : bienveillance de l’équipe d’accueil, soins accordés à la santé, repas partagés, discussions autour d’un thé, souvent au frais, le soir, dans la rue, séances de coiffure, jeux de société divers, impros de rap… La caméra bienveillante d’Ousmane Samassékou nous fait partager au plus près le quotidien de celles et ceux qui se posent là, après un parcours difficile, que beaucoup évoquent. Nous assistons parfois à des débats assez serrés au sujet du « départ », certains essayant de mettre les autres en garde…

Le réalisateur se concentre surtout sur Esther, 15 ans, et son amie Kady, 16 ans, toutes deux du Burkina, qui rêvent d’aller en Algérie. La façon dont elles sont accueillies est un magnifique exemple de la manière dont Eric, le responsable, prend soin des arrivant-e-s, et de leur évolution possible au sein de la Maison. Tout d’abord, Esther, butée, enfermée dans son voile, refuse quasiment de répondre aux questions d’Eric, pour qui il est essentiel de prévenir la famille, et reste silencieuse quand celui-ci les prévient des dangers qu’elles courent en prenant la route de l’Algérie (groupes armés, djihadistes, esclavage, surtout sexuel). Mais, au fil des jours, Esther s’ouvre, quitte son voile, s’habille et se coiffe différemment, se mêle aux autres, rit, joue, apprend l’anglais et se confie à cœur ouvert, étonnée elle-même de pouvoir enfin parler de la sorte. Elle est littéralement transformée, consent enfin à donner à Eric le moyen de prévenir sa famille. Et, avec Kady, elle établit une relation amicale avec une femme qui, jusqu’alors, jouait seule aux jeux de société et semble être dans la Maison depuis un moment.

Eric et son équipe agissent ainsi avec toutes et tous. Ainsi, il écoute et calme un homme qui semble très perturbé, explique avec patience la façon dont il pourra ramener chez eux ceux qui veulent rentrer, avant de partir plus tard en 4/4 avec eux. Patient, attentif, chaleureux, il est l’âme de cette Maison et le documentaire lui rend un hommage bien mérité.

Le réalisateur rythme son film de plans fixes du désert proche, avec voiture, engins, tentes, bâtiments abandonnés, tissus qui volent au vent, sur lesquels, en voix off, des résident-e-s de la Maison confient leurs aventures malheureuses, leurs espoirs déçus, leurs interrogations. Accompagnées par une très belle musique originale, ces voix s’entremêlent parfois pour former une sorte de chœur, en français et en anglais, particulièrement émouvant.

 

Ce documentaire est précieux : il offre un regard inédit sur les aspirants et surtout aspirantes à la migration, peu visibles jusqu’à présent dans ce genre de films. Il fait partie de la collection « Génération Africa », collection de 25 courts, moyens et longs métrages, en provenance de 16 pays d’Afrique, qui veulent mettre en lumière l’avenir de la jeunesse africaine à travers le thème de la migration.

 

Ce projet est produit par LES FILMS DU BALIBARI – POINT DU JOUR (France), STEPS – GENERATION AFRICA (Afrique du Sud), DS Productions (Mali). 

 

Mots-clefs : migration, femmes, Afrique

Documentaire d’Ousmane Samassékou.

1h 25. 2019.

Production : France, Mali, Afrique du Sud. 

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