La LDH soutient le film « La miséricorde de la jungle », de Joël Karekezi

Sortie le 8 septembre 2018

Le film La miséricorde de la jungle, couronné du Grand prix Étalon d’or et du prix d’interprétation masculine au Fespaco, a le mérite d’attirer l’attention sur une région du monde peu représentée, alors même que le passé colonial pèse sur la situation et que les multinationales occidentales sont parties prenantes des horreurs commises.

1998, région du Kivu, à la frontière entre le Congo et le Rwanda. Alors que la deuxième guerre du Congo fait rage, le sergent Xavier, héros de guerre rwandais, et Faustin, soldat inexpérimenté, sont en territoire ennemi. Lorsque les deux hommes perdent leur bataillon, ils se retrouvent seuls et sans ressources face à l’inextricable jungle congolaise réputée pour être la plus vaste, la plus dense et la plus hostile du continent. Pris en étau par les combats qui font rage autour d’eux, ils n’ont d’autre choix que de s’enfoncer dans l’enfer vert. Les deux hommes errent comme deux fantômes délaissés. Ils doivent affronter leur passé tout en cherchant à concevoir un futur. Au cœur de cette jungle à l’aura fantastique, l’absurdité de cette guerre résonne en écho aux atrocités commises. Quand on ne sait plus qui se bat contre qui, pourquoi se battre encore ?

Le film relate une période floue de l’histoire récente de la région : la deuxième guerre du Congo qui éclate en 1998 dans la région des grands lacs de l’Est du Congo. Cette guerre, où 9 pays africains ont été impliqués, est marquée par la perméabilité des vieilles frontières coloniales, l’accentuation des tensions ethniques due à la pauvreté, la présence de richesses naturelles, la militarisation de l’économie informelle, la demande mondiale de matières premières minérales et l’impuissance des Nations Unies. Cette militarisation, empreinte des séquelles du génocide rwandais, engendre ainsi la commercialisation de la violence : des milices proposent leurs services pour terroriser, torturer, violer. La haine ethnique est érigée en vitrine pour justifier les agissements, mais ce n’est qu’un drapeau. La réalité est tout autre. La violence sert ici la concurrence commerciale.

Le bilan est lourd : 6 millions de morts, près de 4 millions de déplacés, des camps de réfugiés saturés et des centaines de milliers de personnes appauvries. Les armes de guerre sont le viol et la destruction du tissu social.

Le réalisateur est né et a grandi au Rwanda. Il a connu le génocide, durant lequel il a perdu son père, et a dû se réfugier au Congo avec sa sœur. Il explique avoir ressenti le besoin d’extérioriser ce trauma, de le transformer. A travers ses films antimilitaristes, Joël Karekezi se questionne : « est-ce que l’humanisme est encore possible ? Quand on a vécu le génocide rwandais, ou la guerre au Congo, comment croire en l’humanité ? ».

Magnifiquement filmées, petite histoire et grande histoire s’entremêlent ici pour une plongée au cœur des ténèbres, celles de la jungle et celles du cœur humain.

Thématiques : impérialisme (pillage des ressources du sous-sol congolais), néocolonialisme, antimilitarisme

Prochaines projections en présence du réalisateur :

Dimanche 14 avril Tours Studio 11h / Blois Lobis 16h

Lundi 15 avril Le Mans Cinéastes 20h

Mardi 16 avril Saint Ouen L’Aumône Utopia 20h30

Mercredi 17 avril Metz Klub 20h15

Jeudi 18 avril Paris Lincoln Cinéwax 19h30 / Montreuil Méliès 20h45

Vendredi 19 avril Arles Acte Sud 20h30

Samedi 20 avril Marseille Gyptis 19h30

Dimanche 21 avril Port de Bouc Méliès 18h30

Lundi 22 avril Avignon Utopia 18h

Mardi 23 avril Paris Louxor Usage du Monde 20h

Mercredi 24 avril Paris Espace Saint Michel 20h

Jeudi 25 avril 

Vendredi 26 avril 

Samedi 27 avril Aubervilliers Studio 19h

 

La Miséricorde de la Jungle

Réalisation : Joël Karekezi

Durée : 1h31

Distribution : Neon Rouge Production

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