La LDH soutient le film « La forêt de mon père » de Vero Cratzborn

Sortie en salle le 8 juillet

Une approche sensible et émouvante de la perception par une adolescente de 15 ans des troubles psychiques de son père, écarté de son travail, du désarroi de la mère et de la difficulté d’en parler au sein de la famille comme avec l’institution où le père sera interné d’office et placé sous camisole chimique… L’aînée des trois enfants, Gina, admire ce père imprévisible et fantasque dont elle est prête à pardonner tous les excès. Il est très attaché à la forêt dans laquelle il travaillait, ses arbres, ses animaux… le film s’ouvrant sur un beau regard sur la forêt à écouter, à comprendre, à respecter (“on est juste des invités ici” dit le père à sa fille), un environnement à ne pas agresser… comme il vont l’être par celui qui en chasse violemment les trois enfants et leur père, à proximité du petit immeuble dans lequel ils habitent.

Ce père aime ses enfants et leur inculque des valeurs de liberté, d’importance des biens communs (la forêt est à tout le monde), d’attachement à l’indépendance (penser par soi-même). La mère essaie de maintenir cet équilibre fragile mais le basculement de son mari, avec des moments générant l’inquiétude (sorties nocturnes avec les enfants et abandon en forêt, vol dans un supermarché avec exhibitionnisme…) lui fait perdre le contrôle et elle donne son accord pour un internement en psychiatrie. L’établissement hospitalier n’est pas stigmatisé mais l’accueil est froid et distant, la communication très réduite. Gina est révoltée par l’attitude de sa mère, par l’institution qui interdit les visites qu’elle ressent comme une injustice et tente de passer outre, pour sauver son père avec l’aide d’un adolescent de son âge habitant la même cité.

Comme le personnage principal de son film, la réalisatrice, Vero Cratzborn a vécu son enfance dans une famille nombreuse et aimante au cœur d’une cité, en milieu rural, avec un père en situation de handicap psychique. Originaire d’une petite commune de campagne wallonne, à l’Est de la Belgique, elle a découvert le cinéma dès l’âge de 25 ans en travaillant sur la production de films d’Alain Resnais, Olivier Assayas, Claire Denis… puis en assistant le réalisateur Leos Carax. Depuis 2005 elle a écrit et réalisé cinq courts-métrages diffusés à la télévision et présentés dans plusieurs festivals francophones et étrangers. C’est son premier long métrage de fiction dont elle a commencé à écrire le scénario en 2011 à l’occasion d’une formation à la Femis en réussissant à exprimer l’idée que “les troubles psychiques interrogent notre monde si enclin à tout normaliser et à gommer l’individu”.

Très bien interprété, avec une grande sensibilité et générosité autant par les enfants, qui vivent les événements à leur niveau avec une grande justesse de ton (particulièrement par Léonie Souchaud), que par les adultes (Ludivine Sagnier, Alban Lenoir), ce film tout en nuances était sélectionné au Festival de Cannes pour la section parallèle « Cannes Ecrans Juniors » parmi les neuf meilleurs films internationaux à destination des jeunes et des adolescents. Il ne faudrait pas que sa sortie passe inaperçue suite à la pandémie…

Thématiques : Enfance/jeunesse, Hospitalisation, Santé mentale, Droits des personnes soignées, Femmes

La forêt de mon père

Belgique/France/Suisse, 2019 (sortie en salles le 8/07/2020) Durée : 1h31 

Réalisation : Vero Cratzborn

Sur la situation en psychiatrie voir notamment le rapport annuel de la Contrôleure des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan (https://www.cglpl.fr/) et la décision du Conseil constitutionnel du 19/06/2020.

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