La LDH soutient le film « Female Pleasure », de Barbara Miller

Sortie le 1 mai 2019

« Que s’est-il passé, il y a des milliards d’années pour qu’ils s’attaquent à nos corps ? Nous contrôlent, nous mutilent, nous frappent… », ainsi s’indigne Leila, au début de ce documentaire. Le ton est donné : le magnifique film de Barbara Miller dénonce avec force la mainmise, depuis des siècles, des hommes et des religions sur les femmes et leur sexualité, et nous fait partager le combat de cinq jeunes femmes, de cinq pays et continents différents, contre cette oppression.

Leila, somalienne, installée à Londres, a été excisée à sept ans et se mobilise corps et âme, aussi bien en Europe que dans certains pays africains, pour que cesse cette mutilation, cette « agression sexuelle », qui prive les femmes de leur plaisir.

Deborah, élevée au sein de la communauté juive hassidique de New York, prend conscience, après un mariage arrangé et la naissance de son fils, du pouvoir exorbitant de sa communauté sur les femmes, qui ne peuvent s’y épanouir. Elle décide donc de la quitter.

En Inde, Vithika, après avoir été agressée plusieurs fois et n’en avoir rien dit, crée « Love Matters », une plateforme consacrée à l’amour, au couple, à la sexualité, et tente de sensibiliser la population par le biais de spectacles de rue.

Doris, allemande, entrée dans les ordres à l’Œuvre FSO à Rome, a été violée plusieurs fois par le prêtre qui était son supérieur mais n’a reçu aucun secours de sa communauté, malgré deux lettres au pape François et une plainte officielle.

Au Japon, Rokudenashiko, artiste manga, révoltée par la condition des femmes dans son pays et par le tabou qui entoure les organes génitaux féminins, alors qu’on célèbre avec faste la fête du phallus, s’est amusée à créer des œuvres d’art désopilantes à partir d’un moulage de sa vulve.

C’est avec beaucoup d’émotion, mais aussi de colère et de révolte que ces femmes dévoilent peu à peu leur histoire et leur combat. Toutes accusent les religions ou les coutumes d’avoir diabolisé la femme, de vouloir contrôler leur sexualité, ce que la réalisatrice illustre par des extraits des textes sacrés (Bible, Talmud, Coran, Mahabharata) qui font froid dans le dos…

Evidemment, les réactions des communautés contre lesquelles elles s’insurgent sont violentes.

Mais toutes continuent à se battre pour que les femmes se réapproprient leur corps, osent dire « oui » à leur désir, à leur plaisir. Plusieurs l’affirment : cette oppression sur les femmes est un problème mondial, et il est urgent d’y sensibiliser les hommes qui en sont, sans le savoir, aussi victimes. Certains passages du film semblent plutôt encourageants à ce propos : des hommes travaillent avec Vithika au sein de « Love Matters ». Et quand Leila explique à des jeunes gens de différentes communautés religieuses à Londres, à l’aide de gigantesques vulves en pâte à modeler, ce que sont les différentes formes d’excision, ces derniers sont horrifiés et disent être prêts à combattre cette coutume, comme l’affirment aussi des Kényans, qu’elle rencontre au cours de stages de sensibilisation avec le programme « Girl-Generation ».

Les propos de ces différentes héroïnes sont soutenus par un très beau traitement de l’image, la réalisatrice alternant avec brio interviews en direct, en plans serrés, et paroles en voix off avec des images qui illustrent leur vie quotidienne ou des moments clefs de leur combat. Un beau film percutant qui devrait faire bouger les lignes…

Thématiques : femmes, violences sexuelles, discrimination, religion

Female Pleasure

Film documentaire, Suisse-Allemagne

Réalisation : Barbara Miller

Durée : 97 minutes

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