Indispensable protection des populations situées dans la région autonome kurde du nord de l’Irak

Le régime de Saddam Hussein est reconnu comme une des dictatures les pires au monde, au bilan inégalé en matière de violations des droits de l’Homme. Depuis la prise du pouvoir en 1968 du parti Baas, toutes les couches de la population, tous les courants politiques et religieux ont été frappés par la répression et vivent dans un climat de terreur permanent.

Au Kurdistan, le régime irakien a planifié et organisé une campagne d’extermination, qualifiée de génocide par le Rapporteur spécial des Nations Unies. Ainsi, 5 000 personnes sont décédées en quelques heures à Halabja suite à l’utilisation d’armes chimiques et des centaines de milliers d’autres ont été éliminées ou ont disparu lors des opérations d’Anfal. Aujourd’hui encore, les déplacements forcés de population et le nettoyage ethnique se poursuivent dans les régions sous contrôle du régime[1].

En 1991, 14 sur 18 provinces irakiennes se soulèvent. Le retour des forces armées ou de la garde républicaine et la répression qui s’ensuit, provoquent un immense exode de plusieurs millions de personnes vers l’Iran et la Turquie. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies, sur proposition de la France, vote la résolution 688 relative aux droits de l’Homme demandant à l’Irak de cesser la répression de la population civile et ainsi permettre le retour des réfugiés, dans une relative sécurité, dans trois gouvernorats situés au Nord de l’Irak. Une zone d’exclusion aérienne est établie afin d’empêcher le bombardement des gouvernorats par les avions ou les hélicoptères de l’armée irakienne. Depuis cette période, trois millions et demi de personnes vivent dans ces régions, sous une administration autonome, loin de la répression du régime irakien qui, cependant, utilise tous les moyens de pression possibles pour les harceler et les asphyxier économiquement : application d’un embargo interne qui s’ajoute à celui des Nations Unies, ralentissement des programmes prévus dans le cadre de la résolution pétrole contre nourriture, attentats, etc.

Malgré ces interférences et celles des Etats voisins, inquiets du développement de cette expérience autonome kurde, la population a réussi le formidable pari de reconstruire la majorité des 4 500 villages et villes détruits par Saddam Hussein. Une société civile a pu commencer à se développer et les minorités profitent de leurs droits fondamentaux ; différents partis politiques et médias irakiens coexistent et profitent de cette ouverture indispensable à la démocratisation de l’Irak.

Ces avancées pourraient être en danger car les trois gouvernorats sont encerclés par l’armée irakienne et celle des pays voisins. En cas de conflit, la population sait que Saddam Hussein n’hésiterait pas à utiliser les armes chimiques. Or, les organisations internationales ont apporté peu d’aide pour prévenir ou préparer les équipes de santé à faire face à une attaque aux armes non conventionnelles. Tous craignent une reprise en main de la région autonome par le régime irakien, synonyme de nouvelles exactions et d’un nouvel exode, au moment où les Etats voisins de l’Irak prennent des mesures pour empêcher un afflux massif à l’intérieur de leurs frontières.

Il faut également souligner la situation très précaire des réfugiés kurdes turcs et iraniens vivant dans plusieurs régions d’Irak qui risquent, tout comme l’expérience développée dans les trois gouvernorats du Nord depuis plus de dix ans, d’être menacés par les armées de leurs pays.

Les associations signataires appellent la communauté internationale, en particulier l’Europe, à protéger la population de la région kurde autonome de toute intervention de l’armée irakienne et à aider les autorités en particulier les responsables du personnel de santé à s’organiser pour pallier une attaque aux armes non conventionnelles.

Elles appellent à une vigilance accrue des organisations internationales chargées de la protection des réfugiés iraniens et turcs, y compris pour les protéger des incursions de leurs Etats respectifs sur tout le territoire irakien. Elles demandent aux Etats voisins de l’Irak d’ouvrir leurs frontières aux réfugiés et aux pays occidentaux d’accueillir les réfugiés irakiens.

Elles appellent le conseil de sécurité à réactiver la résolution 688, à protéger la population irakienne de toute répression et à déployer des observateurs pour la protection des droits de l’Homme sur l’ensemble des régions de ce pays.

Enfin, elles demandent aux Etats voisins de l’Irak de ne pas intervenir sur le territoire irakien. 

Le 26 février 2003

Alliance Internationale pour la Justice (AIJ)
Fondation France Libertés
Ligue des Droits de l’Homme
Aide Médicale Internationale
WADI (Allemagne)
Medico (Allemagne)

Contact : Françoise Brié, 01 48 00 03 20

aij@noos.fr


[1] Voir rapport AIJ/FIDH: « Irak : épuration ethnique continue et silencieuse », disponible sur les sites :
www.a-i-j.org et www.fidh.org .

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