MISSION DU REMDH EN ISRAËL ET DANS LES TERRITOIRES PALESTINIENS OCCUPÉS Y COMPRIS GAZA : UNE IMPUNITÉ INTOLÉRABLE

Du 2 au 5 mars 2015, le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme (REMDH) a effectué une mission en Israël et dans le territoire palestinien occupé sous la conduite du président du REMDH, Michel Tubiana. La mission avait pour objectif d’afficher la solidarité du réseau avec les membres du REMDH et d’autres organisations de la société civile qui travaillent sur le terrain. Elle visait également à apporter le soutien du REMDH à leurs efforts inlassables d’information et de documentation suite à l’opération militaire « Bordure protectrice » menée par Israël.

Deux membres du REMDH se sont vus refuser l’accès à Gaza par les autorités israéliennes : Michel Tubiana et Rayan Jalal. En agissant de la sorte, les autorités israéliennes confirment leur intention de poursuivre le blocus de la bande de Gaza et de restreindre les relations entre ce territoire et le reste du monde. Cette attitude, qui s’exerce de façon arbitraire et avec le souci d’humilier des personnes, prouve une fois de plus le peu de cas que les autorités israéliennes font des obligations qui leur incombent en tant que puissance occupante.

Seule membre de la délégation ayant pu entrer à Gaza, Anitta Kynsilehto a participé à plusieurs visites sur le terrain et a rencontré des experts locaux et internationaux qui travaillent sous la houlette des membres du REMDH, le Al Mezan Center for Human Rights et le PCHR (Palestinian Center for Human Rights). Elle a récolté des témoignages bouleversants de victimes, qui ont signalé de nombreux cas de violations du droit international commises par Israël à l’encontre des Palestiniens pendant l’opération « Bordure protectrice ». Elle a également fait le bilan du drame vécu au quotidien par la population civile de Gaza, soumise au blocus étouffant d’Israël.

Anitta Kynsilehto a été profondément marquée par l’ampleur de la dévastation et des pertes en vie humaine subies par la population civile de Gaza. Outre la destruction de quartiers entiers et d’infrastructures essentiellement civiles, il semblerait que des attaques aveugles aient été perpétrées à l’encontre de civils et que l’armée d’Israël ait eu un recours disproportionné à la force.

« Ces derniers jours, j’ai été témoin de l’horreur indescriptible vécue par la population civile de Gaza et j’ai eu connaissance de preuves flagrantes de crimes de guerre commis par les forces israéliennes pendant l’opération « Bordure protectrice », a-t-elle affirmé. « J’ai également constaté l’absence totale d’obligation de rendre des comptes pour de tels crimes et la quasi-inexistence d’un processus de reconstruction six mois après la fin de la guerre, ce qui est plus intolérable encore que la souffrance dont j’ai été témoin ».

En effet, plus de 100 000 Palestiniens restent déplacés cet hiver, la plupart d’entre eux vivant dans des abris qui ne sont pas conçus pour y demeurer à long terme. « Non seulement les gens ont perdu des proches et ont vu toute une vie disparaître sous les décombres de leur maison, mais il reste surtout la question de l’espoir et des perspectives d’avenir, alors que des moyens de subsistance ont été totalement détruits ».

En dépit de l’interdiction d’entrer dans la bande de Gaza, Michel Tubiana et Rayan Jalal ont rencontré des membres du REMDH et d’organisations partenaires à Ramallah, Tel Aviv et Jérusalem. Ces organisations sont notamment les suivantes : Al-Haq, B’tselem, Adalah, le Comité public contre la torture en Israël, PHR-I (Physicians for Human Rights-Israel), NCF (Negev Coexistence Forum) et l’Association pour les droits civils en Israël. Le REMDH a exprimé sa reconnaissance pour le travail fondamental réalisé par ces organisations, malgré les nombreuses entraves auxquelles elles sont soumises. Par ailleurs, le REMDH les a assurées de son engagement à poursuivre ses démarches auprès de l’UE afin que toutes les parties soient amenées à rendre compte de leurs actes.

La délégation a également participé à une visite du Néguev (Naqab), où ils ont rencontré des habitants d’Umm al-Hieran, un village arabe bédouin non reconnu. Ces habitants sont menacés d’être déplacés de leurs terres ancestrales, alors que les recours devant la Cour suprême d’Israël et la cour du tribunal de district de Be’er Sheva contre les plans étatiques de démolition de toutes les maisons de ce village en vue de bâtir un nouveau village juif, appelé « Hiran », sur les ruines sont toujours en instance. Ce fait est un vif rappel de l’érosion permanente de l’état de droit en Israël et des politiques discriminatoires  adoptées par ce dernier à l’encontre des citoyens arabes palestiniens. « Les violations flagrantes du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme par Israël sont le symptôme de l’occupation, dont les racines s’étendent de la bande de Gaza jusqu’à la Cisjordanie et en Israël. Face aux tentatives de séparation d’Israël, l’unité palestinienne constitue la meilleure réponse. Les Palestiniens doivent s’efforcer sans relâche d’atteindre l’unité et l’UE doit tout mettre en œuvre pour encourager ce processus », a affirmé Michel Tubiana.

Au terme de la mission, le REMDH a félicité ses membres pour leur travail d’information et de documentation. « En l’absence d’enquêtes crédibles au niveau national, tant que l’accès est refusé aux organismes d’enquête indépendants et que l’UE détourne son regard, votre travail reste le seul moyen pour que la vérité voie le jour et que justice puisse être faite », a déclaré Michel Tubiana lors de son discours devant les membres du Al Mezan Center for Human Rights, du PCHR et de Al-Haq.

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