Diatribe d’un conseiller général de la Drôme contre la LDH

  • Lettre de la LDH à Monsieur Charles MONGE, Président du Conseil Général de la Drôme

Monsieur le Président,

J’ai pris connaissance des débats qui se sont déroulés sous votre présidence le 14 janvier 2002 à propos de la subvention que notre organisation a l’habitude de solliciter auprès de votre assemblée. Je ne m’attarderais pas sur la forme des propos tenus par Monsieur Michel Tavan. Je laisserais chacun se faire une idée en les lisant.

Ce qui est proprement inadmissible ce sont les accusations portées contre l’organisation que je préside. La Ligue des droits de l’Homme serait ainsi pro-arabe, favorable aux terroristes et aux délinquants. Ces assimilations ne sont d’ailleurs pas innocentes.

Vous faites partie de la même majorité politique que cet intervenant et je ne crois pas que vous vous soyez élevé contre ces propos.

Je dois vous rappeler que je préside une organisation qui a plus de 100 ans d’existence (104 cette année), fondée parce qu’un capitaine juif était arbitrairement accusé, et qui n’a jamais cessé de lutter contre tous les arbitraires et contre toutes les discriminations. Je n’ai aucunement l’intention de consacrer un mot à la réfutation des propos de M. Tavan tant il est vain d’avoir quelque dialogue que ce soit lorsque le mensonge est érigé en mode de débat.

Je dois dire, à cet égard, qu’être associée, dans la charge de M. Tavan, à des associations comme la FNDRIP ou l’ANACR, est un honneur pour la LDH.

Mais au-delà , c’est l’idée que vous vous faites du fonctionnement de la démocratie locale qui est plus inquiétante. Ainsi donc, un désaccord politique vous autorise à réduire la déjà très modeste subvention que la section de Valence sollicite.

Peu importe que notre action s’inscrive dans la tradition républicaine, que nous fassions partie des associations qui poursuivent toutes les manifestations de racisme et qui oeuvrent en faveur du respect du droit des gens. Il suffit que nous ne partagions pas les idées de votre majorité sur la meilleure manière de mettre un terme au conflit israélo-palestinien, au terrorisme ou aux problèmes que posent certaines situations de déshérence sociale, pour être privés de moyens. Je veux croire, car ce serait autrement plus grave, que vous n’agissez pas de la même manière lorsqu’il s’agit de décider de la répartition des subventions ou des travaux dans votre département.

C’est là la négation de toute pratique démocratique et la manifestation d’une appropriation partisane du pouvoir que les électeurs vous ont confié. C’est, au surplus, et je crains que vous ne vous en rendiez même pas compte, l’expression d’une pensée racornie par la seule volonté de vindicte. Encore n’aurais-je pas la cruauté d’insister sur le ridicule qui consiste à accuser la LDH des pires maux et de réduire la subvention de quelques euros…

En plus de 100 ans d’existence, la LDH a connu d’autres avanies, qui constituent à chaque fois un hommage qui lui est rendu, venant de gens sans principe. Ce n’est pas la première fois, et sans doute pas la dernière, que des élus de la République oublient jusqu’au sens même du mot démocratie. Votre attitude et celle de votre majorité en sont un exemple regrettable. Mais je suis rassuré : ce mauvais exemple trouvera un jour sa fin car, et vous le savez, vous ne serez plus en fonction quand la LDH continuera encore sa mission.

Vous comprendrez, Monsieur le Président, que je rende cette lettre publique.

Je ne vous prie pas d’agréer, Monsieur le Président, la considération qui ne vous est pas due.

Michel TUBIANA, président de la Ligue des droits de l’Homme

Paris, le 21 janvier 2002

  • Communiqué de la section de Valence de la Ligue des droits de l’Homme

La section de Valence de la LDH, réunie en urgence ce 16 janvier, a pris connaissance des déclarations d’un conseiller général responsable des subventions à destination des anciens combattants, des résistants, des déportés et de la Ligue des droits de l’Homme. Celui-ci s’est livré à une très violente diatribe contre la Ligue, en termes inadmissibles, la taxant de « structure sectaire, partisane, irresponsable…pro-arabe ».

La section de Valence se permet de faire remarquer à Monsieur le Conseiller général que, lorsque l’on parle de « droits de l’homme », il ne faut pas le voir en termes politiques mais en terme d’engagement d’hommes et de femmes qui sont dans un groupe qui se bat contre tous les intégrismes, toutes les réminiscences du fascisme et tous les racismes, d’où qu’ils viennent.

La section se permet de rappeler que la Drôme fut une terre de Résistance, résistance à laquelle participa un certain nombre de membres de la LDH.

Elle rappelle, également, à Monsieur le Conseiller général, que si, aujourd’hui, il peut s’exprimer librement, c’est grâce à des membres de la Ligue et d’autres qui se sont élevés contre le régime de Vichy, le président de l’époque, Victor Basch, et sa femme y laissèrent d’ailleurs leur vie.

La LDH, malgré les critiques dont elle peut être l’objet, la preuve en est aujourd’hui au sein du Conseil général dans un département qui sait ce que c’est que la lutte contre le fascisme, continuera son combat et dénoncera, chaque fois qu’elle en aura l’occasion, toute atteinte à la liberté et aux valeurs fondamentales.

Quelqu’un a dit : « un peuple qui ne connaît pas son passé est un peuple sans avenir ». La LDH y souscrit entièrement et continuera à combattre, dû son engagement lui en coûter, les fascismes, les racismes et les intégrismes d’où qu’ils viennent.

Valence, le 16 janvier 2002

  • Minutes de la séance publique du Conseil général de la Drôme du 14/01/02

M. TAVAN Si vous le permettez, on va enchaîner avec la Ligue, ce qui est fait n’est plus à faire.
La Ligue des droits de l’Homme, suite du feuilleton, je vais finir par croire d’ailleurs dans cette Assemblée départementale qu’on a non seulement du temps à perdre mais qu’on a également de l’argent à perdre.
Alors oui, j’ai diminué cette subvention par rapport à l’an dernier parce que maintenir cette subvention à son niveau antérieur, ce serait en quelque sorte avaliser, ce serait en quelque sorte cautionner l’action de cette structure, qui m’apparaît comme une structure sectaire, partisane, souvent comme une structure, je le répète parce que j’ai l’impression que vous avez mal entendu, comme une structure sectaire, partisane, irresponsable et souvent pro-arabe, pour ne pas dire définitivement pro-arabe, ce qui est un comble pour une structure qui s’appelle la Ligue des droits de l’Homme et dont on pourrait penser qu’elle s’occupe des droits de tous les hommes et je m’en explique, je vais quand même vous donner deux ou trois petits détails pour éclairer votre lanterne, qui a l’air particulièrement éteinte sur le sujet.
L’an dernier, on a eu la visite officielle d’Ariel Sharon en France, la seule structure qui ait contesté énergiquement cette venue officielle d’Ariel Sharon, c’est la Ligue des droits de l’Homme, je me demande de quoi je me mêle !
Sur les mesures arrêtées par l’actuel gouvernement, après les attentats du 11 septembre, dont la mesure qui consiste pour les forces de l’ordre, gendarmerie et police, à pouvoir fouiller les coffres des voitures et fouiller les voitures elles-mêmes, la seule structure qui s’est élevée contre cette mesure, je vous le signale, c’est également et encore la Ligue des droits de l’Homme.
J’écoutais il y a quelques jours à la télévision le président national de la Ligue des droits de l’Homme, qui était invité à une émission où il était question de délinquance, de violence et d’insécurité, je constate que ce Monsieur continue à accorder, envers et contre tout, les circonstances atténuantes aux voyous qui sévissent dans les banlieues et ailleurs et moi j’ai envie de dire : « dormez rassurés braves gens, avec la Ligue des droits de l’Homme, vos voitures vont pouvoir continuer à brûler tranquillement ! ».
J’ajouterai également que ces gens-là, on ne les a quand même pas entendus beaucoup après les attentats du 11 septembre, on ne les a pas entendus beaucoup non plus après les attentats suicides en terre israélienne et moi je me dis que s’ils veulent exercer leur talent, plutôt que d’exercer leur talent en France, ils feraient mieux d’aller l’exercer dans les prisons soviétiques, dans les prisons nord-coréennes ou dans les prisons chinoises ou même pourquoi pas aussi, dans les prisons maghrébines.
Je crois qu’on a plus besoin en France d’une Ligue des devoirs de l’Homme que d’une Ligue des droits de l’Homme.
Tout cela, je le dis en toute quiétude, on a eu une suspension de séance tout à l’heure, nous en avons discuté entre nous, vous voyez je ne suis pas buté sur mes positions parce qu’effectivement j’ai diminué cette subvention des droits de l’Homme pour les raisons que je viens de vous indiquer mais cette subvention des droits de l’Homme, finalement je la voterai.
Merci Président

M. LE PRESIDENT. Merci, Michel. Nous avons un certain nombre de demandes de paroles. Je vais vous la donner, si on pouvait être un peu bref, je sais bien qu’il faut répondre. Je signale simplement mais c’est pour tout le monde, que nous avons passé un dossier, il n’en reste plus que 185 avant demain soir…
Monsieur SIAUD a la parole

M. SIAUD. Je ne vais pas en rajouter parce que je pense que ce qu’a dit Michel TAVAN, cela parle vraiment tout seul, ce n’est pas la peine d’en rajouter plus, simplement j’espère que l’ensemble de la majorité n’est pas d’accord avec les propos qui ont été tenus.

Share This