Désinformation et propos haineux : la LDH porte plainte contre Noëlle Lenoir

Invitée  du programme « L’heure des pros 2 été » le 8 août 2025 sur CNews, l’ancienne ministre et ancienne membre du Conseil constitutionnel Noëlle Lenoir – dont on peut légitimement attendre davantage de rigueur –  était interrogée par la journaliste sur le prétendu « gouvernement des juges » du Conseil constitutionnel, suite aux décisions rendues sur les projets de lois récemment soumis à son contrôle, et notamment la loi visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive.

L’intéressée a alors affirmé qu’en France « vous avez des millions d’Algériens qui présentent des risques majeurs, qui peuvent sortir un couteau dans le métro, dans une gare, dans la rue, n’importe où ou prendre une voiture et rentrer dans une foule, et bien non c’est excessif de les garder six ou sept mois le temps qu’ils fichent le camp puisqu’ils n’ont rien à faire chez nous et qu’en plus ils nous menacent ».

En visant des « millions d’Algériens », Noëlle Lenoir fait ainsi non seulement œuvre de désinformation, mais vise nécessairement l’ensemble des Algériennes et Algériens résidents en France.

Aussi, il importe peu que l’intéressée se soit par suite rétractée en affirmant « Il fallait évidemment entendre milliers et non pas millions. Cela corrigé, je maintiens mes propos », maintenant par la même occasion la teneur de ses propos envers les ressortissant-e-s algérien-ne-s.

De tels propos suscitent indéniablement du public la haine et le rejet des ressortissant-e-s algérien-ne-s résidant en France. Une plainte a donc été déposée le 16 septembre 2025 par la LDH pour provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur nationalité.

L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a également été saisie le même jour, aucun semblant de réaction ou de contradiction n’ayant eu lieu, l’invitée étant au contraire confortée voire encouragée à développer ses propos, laissant alors apparaître un manque d’honnêteté et de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information et un défaut de maîtrise de son antenne par l’éditeur.

Par une décision du 5 février 2026, l’Arcom a affirmé que ces propos, « assimilant ainsi la présence en France des ressortissants Algériens y résidant, visés dans leur ensemble en raison de leur origine et de leur nationalité, à un facteur majeur de risque pour la sécurité publique, sont de nature à inciter à la haine et à encourager des comportements discriminatoires à leur égard ». L’autorité relève également qu’aucune « personne présente en plateau ne les a nuancés ou contredits ». Elle conclut par conséquent que la séquence est constitutive d’un manquement de l’éditeur à de multiples obligations qui lui incombent et a prononcé à l’encontre de CNews une sanction de 25 000 euros.

La plainte de la LDH a en revanche fait l’objet d’un classement sans suite le 23 mars 2026, au motif que les preuves n’étaient pas suffisantes pour que des poursuites pénales soient engagées. La LDH entend déposer plainte avec constitution de partie civile, pour que de tels propos ne demeurent pas impunis.

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