Commémoration de la Jif en 2015 dans la région Euro-méditerranéenne . TOLÉRANCE ZÉRO POUR LA VIOLENCE À L’ÉGARD DES FEMMES

En amont de la 59e session de la Commission sur la condition de la femme (CSW) à New York, le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme exhorte les gouvernements de la région euro-méditerranéenne à saisir cette opportunité pour renouveler leur engagement en faveur d’une tolérance zéro à l’égard de la violence faite aux femmes, et particulièrement vis-à-vis des militantes des droits des femmes. La session de la CSW débutera le 9 mars et marquera le 20e anniversaire de la déclaration et du programme d’action de Beijing.

Le REMDH est extrêmement préoccupé par le nombre croissant de cas de violence signalés à l’égard des femmes, y compris contre des militantes des droits des femmes dans la région du sud et de l’est de la Méditerranée. Nous avons recensé de nombreux cas de viols, de violence sexuelle et de harcèlement sexuel à travers l’ensemble de la région (lien vers le rapport sur les VeF). Les cas intolérables d’enlèvement, de traite et de meurtre de femmes font également l’objet de vives préoccupations. La violence est utilisée de façon délibérée comme une stratégie politique et sociale visant à dissuader les femmes de participer à la vie publique. Elle entrave la mise en place de sociétés justes et équitables. Le REMDH déplore l’absence de lois spécifiques de protections des femmes contre les violences et il dénonce les lois adoptés par certains gouvernements  justifiant cette violenceLa violence contre les femmes en Europe, bien qu’observée à une échelle différente, fait également l’objet de vives inquiétudes.

Le REMDH rappelle le récent cas de la militante égyptienne Shaimaa Al-Sabbagh qui a été abattue le 24 janvier au Caire alors que la police anti-émeute tentait de disperser une petite manifestation pacifique à laquelle elle participait. L’avocate et militante Azza Soliman, qui avait assisté à la scène, a ensuite fait l’objet d’un harcèlement judiciaire lorsqu’elle a tenté de témoigner devant le procureur. Ces récents exemples illustrent la manière dont la violence et le harcèlement sont utilisés pour dissuader les femmes de participer à la vie publique, tout comme la vague de violence de masse, de viols collectifs et d’agressions sexuelles dont ont été victimes les femmes qui ont participé aux manifestations populaires pendant et après la révolution égyptienne du 25 janvier 2011. Jusqu’à présent, l’impunité prévaut pour ces crimes, dans la mesure où aucun coupable n’a été condamné pour le meurtre de Shaimaa Al-Sabaggh ou pour les nombreux viols et agressions sexuelles dont des femmes ont été victimes ces quatre dernières années.

En Turquie, une étudiante de 20 ans, Özgecan Aslan, a été retrouvée morte et brûlée dans le lit d’une rivière dans la ville de Mersin après avoir apparemment été victime d’un enlèvement et d’une tentative de viol par un conducteur de bus. Cet événement récent s’inscrit dans le contexte d’une recrudescence importante de la violence à l’égard des femmes en Turquie ces dix dernières années, comme l’expliquent des organisations locales de défense des droits des femmes. Ces organisations ont recensé environ 300 cas de femmes tuées des mains d’un homme et plus de 100 femmes violées rien que l’année dernière en Turquie.

En Syrie, le conflit a entraîné l’instrumentalisation progressive des femmes comme armes de guerre et de terreur ainsi que leur utilisation accrue comme monnaie d’échange dans des échanges de prisonniers. Le gouvernement syrien et différents groupes armés opérant dans le pays continuent à détenir arbitrairement des femmes, y compris des militantes, dans des conditions épouvantables et inhumaines. Les femmes détenues dans les établissements de détention gouvernementales sont entassées dans des cellules sombres surpeuplées quel que soit leur âge ou leur état de santé, privées de leurs droits à un procès équitable et soumises à diverses formes de torture et de mauvais traitements. Dans les zones contrôlées par le groupe Etat islamique, les libertés fondamentales des femmes ont été considérablement minées par l’imposition d’une interprétation stricte de la charia islamique. Dans ce contexte, les femmes ont été lapidées en public, entre autres atrocités visant à insinuer la peur dans la société.

Récemment encore, Intissar El Hassairi a été retrouvée le 24 février 2015,  dans la malle de sa voiture, assassinée. Intissar El Hassairi est fondatrice du mouvement TANWIR pour la Paix et la Culture en Libye.

En Palestine, 293  femmes ont été aveuglément tuées pendant la guerre à Gaza lors de l’été 2014, pendant que des milliers ont été blessées. Les femmes Palestiniennes continuent aussi de souffrir d’une double discrimination, de la violence de la puissance occupante et des valeurs et normes patriarcales qui régissent leur propre société. La Palestinienne la plus jeune jamais emprisonnée, Malak Al-Khatib (14 ans), a été condamnée à deux mois de prison en 2014 pour avoir prétendument tenté d’attaquer des soldats israéliens dans son village de Beiteen.

À travers toute la région du sud et de l’est de la Méditerranée, la législation demeure très discriminatoire à l’égard des femmes et permissive vis-à-vis d’actes de violence tels que le viol, le viol conjugal, le mariage forcé et précoce, la violence domestique, les agressions sexuelles, le harcèlement sexuel et les mutilations génitales. En Tunisie, une loi générale prometteuse en faveur de la lutte contre la violence à l’égard des femmes est actuellement dans l’impasse en raison du parti islamique Enahda qui s’y oppose. Au Maroc, une loi sur la violence à l’égard des femmes a également été soumise au gouvernement en novembre 2013, mais son adoption a été reportée par une commission chargée par le premier ministre d’analyser le texte. De manière générale, les lois des pays de la région n’offrent pas de protection adéquate aux femmes et lorsqu’une telle législation existe, elle n’est pas appliquée et une culture de l’impunité s’installe et empêche les femmes d’avoir recours à la justice.

En Europe, la violence à l’égard des femmes, est toujours considérée comme la violation la plus répandue de leurs droits. Il y a un an, en mars 2014, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (UE) a publié les conclusions de son étude sur la violence à l’égard des femmes dans l’UE. Cette étude révèle qu’une femme sur trois âgée de 15 ans ou plus a déjà été victime de violence physique et/ou sexuelle, qu’une femme sur cinq a déjà été harcelée et qu’une femme sur deux a déjà été confrontée à une ou plusieurs formes de harcèlement sexuel. En outre, 5 % des femmes âgées de 15 ans ou plus ont affirmé avoir été violées. La montée du conservatisme et les effets négatifs durables de la crise économique sur l’emploi des femmes et leur accès aux services continuent de porter atteinte à l’égalité des sexes et d’exposer les femmes à des risques de violence.

 À la lumière de ce qui précède, le REMDH exhorte les États, les gouvernements, les gouvernements provisoires et les organismes de la région euro-méditerranéenne et de l’UE à :

  • renouveler leur engagement en faveur du programme d’action de Beijing à l’occasion de son 20e anniversaire, en particulier les objectifs et actions stratégiques de lutte contre la violence à l’égard des femmes, en prenant des mesures concrètes pour lutter contre l’impunité et promouvoir la responsabilité pour les cas de violence à l’égard des femmes ;
  • renouveler leur engagement envers la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU sur les femmes et les conflits armés à l’occasion de son 15e anniversaire, en prenant des mesures contre la violence sexuelle lors des conflits et en renforçant la participation des femmes aux processus de paix et leur présence au sein des institutions politiques ;
  • saisir l’occasion du 20e anniversaire du partenariat euro-méditerranéen pour agir contre l’impunité et garantir la responsabilité dans les cas de violence à l’égard des femmes dans la région euro-méditerranéenne ;
  • veiller à ce que la politique européenne de voisinage révisée de l’UE inclue des initiatives et des instruments permettant de lutter contre la violence et l’impunité dans les cas de violence à l’égard des femmes dans le cadre des partenariats de l’UE avec ses voisins du sud et de l’est ;
  • ratifier sans délai la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique.

 

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