Appel à la communauté du rallye Dakar : #StandWithSaudiHeroes

Appel commun signé par la LDH

Le rallye Dakar (anciennement connu sous le nom de Paris-Dakar) est un rallye d’endurance tout terrain annuel organisé par la société française Amaury sport organisation (ASO). En avril 2019, il a été annoncé que le prochain rallye 2020 se déroulerait en Arabie saoudite. L’annonce, qui dévoilait le parcours de la course qui se tiendra du 5 au 17 janvier 2020, faisait également état d’un partenariat de cinq ans avec l’Arabie Saoudite en tant que pays hôte.

Bien que cette annonce s’inscrive dans le cadre du plan de réforme économique « Vision 2030 » de l’Arabie saoudite, elle contribue également au « sportwashing » – la tenue d’événements majeurs qui cherchent à faire passer sous silence les graves violations des droits humains commises par les autorités saoudiennes ces dernières années. Depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018 dans l’enceinte du consulat saoudien d’Istanbul, en Turquie, l’Arabie saoudite est de plus en plus sous le feu des critiques internationales pour son bilan en matière de droits humains, en particulier pour l’absence d’enquête transparente sur le meurtre de Jamal Khashoggi, la torture et la détention de militantes des droits des femmes, et son rôle dans les crimes de guerre commis lors de ses opérations militaires au Yémen.

Le gouvernement saoudien a instauré un environnement hostile à toute personne dénonçant cette situation, notamment les journalistes, les écrivains et les défenseur.e.s des droits humains – en détenant arbitrairement, en torturant et en poursuivant en justice des dizaines de défenseur.e.s des droits humains pour leur plaidoyer pacifique. Parmi les personnes toujours détenues figurent les militantes saoudiennes des droits des femmes Loujain al-Hathloul et Samar Badawi, qui ont plaidé pour le droit des femmes à conduire et pour la fin du système discriminatoire de tutelle masculine en vigueur dans le pays.

Al-Hathoul et Badawi, ainsi que Nassima al-Sadah et Nouf Abdulaziz, étaient parmi la dizaine de défenseures des droits des femmes arrêtées dans le cadre d’une campagne de répression menée en 2018 en représailles à leur action pacifique en faveur de la protection et de la promotion des droits des femmes dans le royaume. Certaines femmes ont déclaré avoir été soumises à des décharges électriques, des flagellations, des menaces sexuelles et d’autres formes de torture au cours de leur interrogatoire. Certaines ont également été détenues en isolement prolongé. Ces femmes, qui restent détenues, ainsi que d’autres militantes des droits des femmes en liberté provisoire, sont poursuivies en justice pour des motifs uniquement liés à leur militantisme. Quatorze autres personnes soutenant ces défenseures des droits des femmes ont été arrêtées en mars et avril 2019 et restent en prison sans avoir été inculpés. 

Si l’Arabie saoudite a adopté certaines mesures positives, notamment en autorisant les femmes à conduire et en supprimant les restrictions de déplacement pour les femmes de plus de 21 ans, il reste encore aux autorités à démanteler complètement le système de tutelle masculine, à s’attaquer aux graves inégalités entre les sexes et à mettre fin aux détentions arbitraires et aux poursuites engagées contre des militantes des droits des femmes.

En 2019, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, principal organe de défense des droits humains dans le monde, a examiné le bilan de l’Arabie saoudite comme jamais auparavant. En mars, l’Islande, au nom de 36 États, a effectué la toute première déclaration conjointe sur l’Arabie saoudite, qui demandait notamment la libération de dix militantes des droits des femmes en indiquant leurs noms et soulignait l’obligation de rendre des comptes pour l’exécution extrajudiciaire de Jamal Khashoggi. En juin, la Rapporteure spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Mme Agnès Callamard, a présenté les conclusions de son enquête sur l’assassinat de Khashoggi, qui a conclu que l’État d’Arabie saoudite était responsable et a souligné que cet assassinat extrajudiciaire reflétait une répression plus large contre les défenseurs, les journalistes et les dissidents, ainsi qu’une culture d’impunité au plus haut niveau. La Rapporteure a également appelé les entreprises à « établir des politiques explicites pour éviter de conclure des accords avec des entreprises, des hommes d’affaires et des organes de l’État qui ont joué un rôle direct ou indirect dans l’exécution de Khashoggi ou d’autres violations graves des droits de l’homme ».

Enfin, nous souhaitons également attirer votre attention sur les Principes directeurs des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme, qui énoncent que les entreprises devraient « chercher à prévenir […] les effets négatifs sur les droits de l’homme auxquels elles sont directement liées par leurs relations d’affaires, même si elles ne contribuent pas à ces effets ». La capacité de la société civile à opérer là où vous organisez ou participez à des événements sportifs est essentielle pour maintenir votre crédibilité et éviter toute contribution à des violations des droits humains ou lien avec elles.

Agissez !

À la lumière des nombreuses violations du droit relatif aux droits humains et du droit international humanitaire commises par l’Arabie saoudite, les ONG soussignées appellent les organisateurs, les participant.e.s, les sponsors et les diffuseurs officiels du rallye Dakar à exhorter les autorités saoudiennes à abandonner toutes les accusations contre les militantes saoudiennes des droits des femmes et à libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues pour leur action pacifique et légitime en faveur des droits humains. Parce que vous pouvez vraiment faire une différence dans la vie de ces militantes et dans leur lutte pour la liberté et l’égalité des sexes, nous demandons aux participant.e.s du rallye Dakar de contribuer à sensibiliser le public et à faire preuve de solidarité en portant un brassard rose #StandWithSaudiHeroes pendant l’événement.

Si les voix officielles et les pilotes du rallye Dakar – hommes et femmes – sont primordiaux pour faire pression sur les autorités saoudiennes, il est important que les supporters du rallye à travers le monde s’expriment également. Vous aussi, vous pouvez aider ces militantes à obtenir leur liberté et à poursuivre leur lutte pour les droits fondamentaux.

Avant le rallye, faites entendre votre voix en partageant votre soutien sur les médias sociaux en utilisant le hashtag #StandWithSaudiHeroes, suivez les développements de la campagne en ligne et contactez les concurrents représentant votre pays d’origine pour qu’ils y participent.

Signataires : Acat-France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) ; ALQST ; Americans for Democracy & Human Rights in Bahrain (ADHRB) ; Article 19 ;  Civicus (Alliance mondiale pour la participation citoyenne) ; Committee to Protect Journalists (CPJ) ;  European Centre for Democracy and Human Rights ;  Gulf Centre for Human Rights (GCHR) ; Fédération Internationale des droits de l’Homme (FIDH) ; Front Line Defenders ; International Service for Human Rights (ISHR) ; Human Rights Watch ; Ligue des droits de l’Homme (LDH) ; MENA Rights Group ;  Reporters sans frontières (RSF)

Paris, le 3 janvier 2020

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