Lettre ouverte à Monsieur Gaston Viens, Maire d’Orly

Monsieur le Maire,

La section de Choisy-Orly-Thiais et la fédération départementale de la Ligue des droits de l’Homme tenait à vous exprimer son indignation sur les agressions dont ont été victimes les familles roumaines installées au 7 allée Louis Blériot.

Une bande organisée a volontairement mis le feu à une voiture devant le hall du 7 provoquant un début d’incendie dans l’escalier et les logements proches. Des cocktails Molotov ont été lancés dans le premier étage. Les familles roumaines paniquées ont fui et se sont réfugiées chez des connaissances (terrains de Lieusaint, Moissy, Choisy, etc.).

La Ligue et le Comité de soutien condamnent cet acte raciste qui aurait pu être meurtrier (cette violence n’est pas sans rappeler ce que vivent les Tziganes dans les pays de l’Est ou les immigrés dans l’ancienne Allemagne de l’Est).

Malgré l’intervention rapide de la police et des pompiers, personne n’a pu être arrêté après ces violences. Une enquête est en cours. Une bande de caïds, se sentant impunie, pourra donc continuer à faire sa loi dans les cités d’Orly. Après les familles roms roumaines, à qui le tour ?

Alors que, malgré tout, les familles installées allée Louis Blériot s’apprêtaient à passer l’hiver à l’abri et que le regard des habitants changeait peu à peu (cf. l’article du Parisien du 12 octobre intitulé « Les squatteurs roumains veulent s’intégrer dans la cité »), ces actes racistes concertés et délibérés ont tout remis en cause : intégration, scolarisation, logement. Les quatorze familles se retrouvent une nouvelle fois à la rue sans proposition de relogement de la part de la préfecture.

Monsieur le Maire, nous accusons les pouvoirs publics et la préfecture d’avoir laissé « pourrir la situation » et de n’avoir pas su proposer des solutions humaines comme beaucoup le réclament depuis deux ans (Ligue des droits de l’Homme, Comité de soutien, M. Christian Favier, président du Conseil général, Mme Odette Terrade, sénatrice du Val de Marne, M. Daniel Davisse, maire de Choisy le Roi, Médecins du Monde).

Monsieur le Maire, nous déplorons que la municipalité d’Orly n’ait pas fait un geste humanitaire en septembre 2000. Suite à l’évacuation, à votre demande, du terrain de la voie du Bouvray par les CRS, les quatorze familles furent autorisées à stationner sur un espace proche dans l’attente d’un relogement. Il faudra attendre trois mois pour que votre municipalité permette aux familles d’accéder aux douches du gymnase le plus proche.

Le 8 mars 2001, après avoir patienté six mois dans des conditions d’hygiène des plus difficiles, sans eau, sans électricité, sans sanitaires ni chauffage, ces familles sont venues s’installer dans des logements vides du 7 allée Louis Blériot. L’électricité leur fut coupée immédiatement. EDF acceptait de réinstaller le courant mais vous vous êtes constamment opposé à cette demande ; il sera alors facile de s’inquiéter des branchements sauvages.

L’OPAC demande très rapidement l’expulsion des familles mais la justice leur accorde un délai jusqu’à la rentrée scolaire.

Au mois d’octobre, lors d’une nouvelle audience avec le juge d’exécution, l’avocat de l’OPAC s’appuie sur les arguments suivants :

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une lettre de votre part à M. Mirabaud, préfet du Val de Marne, demandant l’expulsion des familles ;
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l’affirmation que la plupart des familles n’ont pas fait de demandes de régularisation (cette désinformation semble provenir de sources préfectorales) ;
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l’affirmation que beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école (les sources de l’avocat proviennent du service logement de votre municipalité ; pourquoi cette contrevérité ?) ;
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une rumeur laissant entendre que les logements occupés par les familles servent de lieux de prostitution.

Madame le Juge autorise un membre du Comité de soutien à s’exprimer, ce qui permet, preuves à l’appui, de réfuter toutes les assertions de l’avocat.

Nous apprenons lors de cette audience que des membres de votre majorité municipale font circuler, depuis la fin du mois de septembre, dans la cité une pétition adressée au préfet du Val de Marne :

« Nous, locataires de l’immeuble Blériot (1 au 17), souhaitons le départ des squatters roumains, selon le jugement rendu.

Cette situation est intolérable et nous amène à vivre dans des conditions inacceptables. Il semble que les Roumains, soutenus par des associations, aient des droits. Mais nous, locataires, habitants du quartier depuis toujours, nos droits sont bafoués !

Nous n’avons pas le droit de vivre tranquillement. Nous n’avons pas le droit de vivre dans la propreté. Nous n’avons pas le droit d’avoir un ascenseur régulièrement en état de marche. Nous avons juste le droit d’être OUBLIES ! »

Le 1er novembre, ce sont les familles roms qui n’ont plus le droit de vivre tranquillement et se retrouvent à la rue après l’incendie criminel dans le hall de l’immeuble.

Le lundi 5 novembre, les familles roumaines en plein désarroi cherchent à vous rencontrer, vous préférez faire appel aux forces de police pour les faire évacuer du hall du centre administratif. Elles ne reçoivent aucun geste de solidarité ou de compassion et aucune recherche de solution pour la scolarisation de leurs enfants ou pour un relogement.

Monsieur le Maire, après ce long rappel des faits et alors que de nombreuses personnes et organisations interviennent auprès de la préfecture pour la mise en place d’un plan d’urgence départemental, devons-nous conclure que la municipalité d’Orly s’oppose à tout dialogue et refuse toute solution dans un cadre départemental ?

Le 14 septembre 2001, la fédération de la Ligue des droits de l’Homme et le Comité de soutien aux familles roumaines vous écrivait :

« Nous souhaitons enfin que chacun prenne ses responsabilités en ne montrant pas du doigt ces familles et en ne les utilisant pas comme bouc émissaire devant la montée du sentiment d’insécurité et des actes de délinquance. Des prises de positions humaines, informant la population des raisons de la présence des Tziganes en France, feraient avancer les projets des uns et des autres et la connaissance réciproque. L’histoire de l’immigration en France nous apprend que nombre de communautés ont eu à subir des conditions de vie difficiles et se trouver rejetées les premières années de leur présence en France. Tirer les leçons de cette histoire devrait permettre d’accélérer la recherche de solutions.

C’est pourquoi, Monsieur le Maire, nous souhaitons vous rencontrer pour étudier avec vous la position que la ville d’Orly peut adopter dans l’élaboration d’un plan d’urgence qui prenne en compte les familles sur les plans du logement, du séjour, de la santé et de l’éducation. »

Cette demande est toujours restée sans réponse. Pour notre part, nous sommes toujours disponibles pour vous rencontrer et travailler avec vous à l’élaboration de ce plan d’urgence. Convaincus que le dialogue avec votre municipalité est toujours possible et nécessaire, veuillez croire, Monsieur le Maire, en l’assurance de nos meilleurs sentiments et en notre attachement aux droits de l’Homme.

Pour le bureau de la section locale,
Jean-Luc MILLET

Orly, le 10 novembre 2001

Ligue des droits de l’Homme – Section Choisy-Orly-Thiais
Centre Culturel Aragon Triolet
Espace Associations
1, Place du Fer à Cheval
94310 ORLY

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