Le vote “Front National” du 22 avril 2012 : Premières analyses

La LDH propose une analyse détaillée du vote Front national au premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril. Philippe Lamy, auteur de cette étude, montre que sous-estimé dans les derniers sondages, le vote en faveur du FN a une nouvelle fois surpris les médias et une partie des responsables politiques.Sous-estimé dans les derniers sondages, le vote en faveur du FN a une nouvelle fois surpris les médias et une partie des responsables politiques. Le candidat du Front de gauche a pu donner un instant l’illusion que, par ses déclarations tonitruantes, il allait faire reculer le F.N. Cela n’a pas suffit. 35% des ouvriers se sont prononcés pour Marine Le Pen. Le mythe d’une classe ouvrière unifiée, aux mêmes intérêts, a vécu. Comme l’indique Nonna Mayer, cela ne fait que confirmer la tendance de fond, la seule nouveauté étant un vote plus féminin en faveur du FN. Pourtant les élections cantonales avaient constitué un très sérieux indicateur, le FN obtenant 15,56% (19,4% dans les cantons où il se présentait). Pourquoi le FN aurait-il régressé ?  Dans un contexte de crise, ses idées ont été confortées et relayées de façon systématique par le Chef de l’Etat et son ministre de l’Intérieur afin de mieux cacher l’échec de leurs politiques et notamment sur la sécurité. Ce vote est en tout cas beaucoup plus profond qu’un simple mouvement de colère, car cela fait désormais plus de 28 ans que le FN s’est inscrit dans le paysage électoral français. Ce n’est plus un vote de protestation. Marine Le Pen a progressé en pourcentages par rapport à 2002 et 2007 et gagné plus d’1 593 065 voix par rapport au score de Jean Marie Le Pen seul, un peu moins de 950 000 contre le score cumulé de l’extrême droite.

Marine Le Pen a donc réussi à retrouver le score de son père, sans toutefois retrouver celui de l’extrême- droite FN/MNR du premier tour de 2002.Mais elle a su conserver l’électorat du FN qui reste fidèle puisque d’après l’étude Ipsos-consulting elle récupère 75% des électeurs de 2007.

Conservation mais non progression dans les « bastions »

Le FN conserve ses bastions « historiques », notamment dans le sud-est en région PACA et Languedoc Roussillon, dans l’est de la France,en Alsace, Champagne Ardennes, Lorraine et au nord de Paris (régions Nord ; Pas-de Calais, Picardie. D’autres régions viennent s’ajouter : la Corse, la Bourgogne et la Haute Normandie. Il garde ses bastions traditionnels acquis depuis 1984 mais il n’y progresse pas toujours, quand il ne stagne pas. La configuration politique est différente. Nicolas Sarkozy ne souffrait pas de concurrence à droite, contrairement à Jacques Chirac en 2002. Les candidatures de Christine Boutin et d’Alain Madelin coutaient à l’ancien président de la République 5,1% auxquelles il faudrait rajouter une partie des 4,23 de Jean Saint-Josse et dans une moindre mesure un tiers des électeurs de Jean Pierre Chevènement, populaire auprès de 55% des électeurs RPR/UDF. On est alors assez proche du résultat de Nicolas Sarkozy du premier tour. De ce fait ,lorsque Jean Marie Le Pen était arrivé en tête dans 8 régions en 2002, Marine Le Pen doit se contenter d’une 2e ou 3e place.
2007 fut une élection à part car une partie de l’électorat du FN souhaitait manifestement sortir de la posture protestataire et obtenir des résultats. Le Pen n’était plus l’homme nouveau mais le leader d’une formation national-populiste sur le déclin. Il existait une offre politique avec un homme, Nicolas Sarkozy qui se revendiquait clairement de droite et avait commencé à mettre en œuvre son programme comme ministre de l’Intérieur. Sa victoire a aussi été l’aboutissement d’un long processus de contre-offensive politique et idéologique de la droite contre la gauche, basant son discours sur une thématique national-sécuritaire, et prenant l’immigration comme support.

Si nous prenons donc comme élection de référence celle de 2002 où J.M. Le Pen fait ses meilleurs scores auxquels il convient d’ajouter ceux de Bruno Mégret souvent oubliés mais comparables en pourcentages à ceux de candidate écologiste en 2012, on peut noter une diminution dans les Bouches du Rhône où elle n’est qu’en 3e position, les Alpes maritimes et le Var.Il semble que le FN retrouve ses voix tout en ne progressant plus, ayant en quelque sorte trouvé un seuil- plafond que seules des alliances à droite pourraient relever. C’est d’ailleurs un des paradoxes du FN. Présent depuis 1986 au Conseil régional où il avait passé alliance avec Jean-Claude Gaudin, gagnant 4 villes en 1995, ayant eu plusieurs conseillers généraux, le FN n’a pourtant aucun enracinement local. Dans deux villes symboles de la percée électorale du FN depuis 1984, Nice et Marseille, on note une décrue.

Nice est une ville profondément ancrée à droite quand ce n’est pas à l’extrême-droite avec une forte communauté rapatriée. En 2002, J. M. Le Pen obtient 29,12% au second tour quand sa fille ne fait que 23 points. Marseille fut aussi une ville symbolique pour le FN. En 1988, il y eut un choc quand on découvrit que l’extrême droite était plus puissante que le PS dans la ville de Gaston Deferre. Cette fois-ci, Marine Le Pen n’est qu’en 3e position avec un score quasi identique quand son père arrivait en en tête en 1995 et 2002.

Le cas du Vaucluse est très intéressant. Marine Le Pen arrive en 2e position avec 27,03 devancée d’un millier de voix par Nicolas Sarkozy. C’est un département où il existe désormais une forte tradition d’extrême droite, avec les époux Bompard, tous les deux respectivement maires d’Orange et de Bollène et siégeant au conseil général. Marine Le Pen arrive en tête dans plusieurs communes (Bollène, Cavaillon, Monteux, Pernes-les fontaines, le Pontet, Sorgues). Malgré tout, avec des scores élevés, elle n’augmente les scores obtenus par son père et reste en dessous du vote cumulé Le Pen/Mégret

L’Alsace était un autre des bastions historiques, où le vote FN reste fort. Il existait également un vote identitaire alsacien d’extrême droite qui en 2004, obtenait encore 9,4%. Marine Le Pen obtient 21,21% dans le Bas –Rhin et 23,43% dans le Haut Rhin. Malgré tout ce vote est légèrement inférieur à celui de 2002 et même de 1995. Quand on additionne par ailleurs les résultats de J.M. Le Pen et de Bruno Mégret qui avait un score supérieur à la moyenne nationale, elle perd 6 point dans le Bas Rhin et 5 dans le Haut Rhin.

Un vote national

Le vote FN se « nationalise ». C’est la grande nouveauté de ce vote. Il faisait plus de 20% dans 8 départements en 1988, dans 12 en 1995, dans 25 en 2002 et dans 43 en 2012. L’ouest catholique résiste encore mais est aussi touché par la vague frontiste :11,98 dans le Finistère (un peu plus de 9% en 1988 et 1995), mais 13,58 dans les côtes d’Armor et 15,55 dans le Morbihan (département de naissance de J.M. Le Pen,il obtenait autour de 13% en 1988 et 1995).
A titre d’exemples, l’Ariège, terre socialiste et la Vendée, fief de Philippe de Villiers et de la droite catholique, considérées autrefois comme des « terres de mission » pour le Front national, ont vu ses scores progresser , passant de 8, 6 à 18% en Vendée et de 10,3 à 16,79% en Ariège.
En 1988, première élection présidentielle où J.M. Le Pen fait un score significatif, il fait moins de 10% dans 18 départements (19 en 1995). 24 ans après, il est en dessous des 10 dans un seul, celui de Paris. C’est dans ces départements considérés comme ruraux que le FN progresse sensiblement (2012/1988):
– Aveyron : +5,24
– Charente : + 8,33
– Corrèze : +7,39
– Creuse : + 8,49
– Mayenne : + 6,57
– Sarthe : +9, 83

Le parti de Marine Le Pen continue son implantation électorale dans les zones rurales, phénomène relevé il y a 10 ans ce qui ne veut pas dire que les agriculteurs désormais minoritaires dans ces zones aient basculé vers l’extrême droite, mais on note une progression très forte du FN dans des communes rurales. En 2002, J.M. Le Pen obtient 22% des votes chez les agriculteurs contre 10% en 1988. Même si les agriculteurs constituent une population « encadrée » par les syndicats agricoles, notamment la FNSEA liée à la droite « gaulliste », ils n’en étaient pas moins sensibles à la thématique du FN. 40,60% étaient d’accord avec les idées de J.M. Le Pen en 2007 contre 29,6 pour les autres catégories sociales. Mais Nicolas Sarkozy avait réussi à capter cet électorat : 63% au 2e tour.
L’explication traditionnelle de la géographie du FN, étant « essentiellement celles des villes, de l’immigration et de la délinquance » n’est pas toujours opératoire. Dans un département comme le Gers où le FN faisait encore un peu plus de 7% il y a 15 ans, Marine Le Pen approche les 16%. (11,95% à Auch). Le journal Le Monde notait que l’extrême droite faisait plus de 30% dans les petites communes du Perche, de Poitou Charente, arrive en tête dans une cinquantaine de communes de la Sarthe (19,17% au niveau départemental).

La ruralité frontiste : l’exemple de la Dordogne

Le département de la Dordogne est une bonne illustration de cette mutation. Département rural, la « Dordogne » a été marqué par l’histoire et fut été un des hauts lieux de la Résistance en France. Conforté par cet héritage de la Résistance, le Parti communiste, exemple atypique du « communisme rural », fut après la guerre une des premières forces politiques du département, notamment dans le sarladais.

Au niveau départemental, Marine Le Pen approche son score national avec 17,01%, plus forte à Bergerac (19,24%) qu’à Périgueux (12,14%). La Dordogne était considérée au début de l’année 2012 comme l’un des 10 départements les plus sûrs malgré une augmentation du nombre de cambriolages en dehors des zones urbaines (1837 soit une augmentation de 2,61%). Le nombre d’étrangers n’est pas significatif, 4,3%, soit 17 000 dont 6400 Britanniques, première communauté étrangère suivis des Portugais puis des Marocains. La surprise vient de petites communes, notamment au sud-ouest du département à la limite de la Gironde, dans l’arrondissement de Bergerac, très exactement le long de l’emplacement de l’ancienne ligne de démarcation. Moins touristique que l’est du département, cette partie de la Dordogne est faite de prés et de bois morcelés, de petites exploitations agricoles et vinicoles. Si nous prenons les deux cantons de Vélines et de Villefranche de Lonchat, le premier socialiste et l’autre conquis par la droite en 2011 , nous constatons que lors des élections cantonales, le FN obtenait en 2008 10,1% des suffrages exprimés et 6,37% à Villefranche de Lonchat. Or à Vélines même, Marine Le Pen obtient cette fois-ci 25,72%. On retrouve des résultats similaires dans la plupart des 12 communes environnantes et la candidate arrive en tête dans 4 des 12 communes avec des scores autour des 30% 19. Même phénomène à Villefranche de Lonchat (24,5%) où à une exception près, Marine Le Pen dépasse les 20% dans les 9 communes du canton arrivant en têt dans l’une d’entre elles. La clé d’explication se trouve peut être à quelques kilomètres de là, dans le canton limitrophe de la Gironde, notamment autour du chef lieu Castillon-la-Bataille. Marine Le Pen obtient 27, 60% avec des scores similaires ou supérieurs à 30% dans les communes environnantes, notamment dans les zones viticoles (Côte de Castillon) : 33,33% à Gardegan et Toutirac ; 31,17% à Saint Gênes de Castillon , 30,22% à Sainte-Colombe…) Ailleurs, son score va de 24 à 28%. Le cas de Castillon est intéressant car c’est un nœud routier, point de passage entre Libourne – Bergerac, Langon, Duras Marmande. Depuis plusieurs années, une importante communauté marocaine (10% de la population) s’est installée dans cette commune de 3200 habitants, employée essentiellement dans les vignobles aux alentours (Pomerol, St Emilion). Une salle de prière existe depuis de nombreuses années. L’activité permanente ne concerne plus qu’un petit nombre de personnes. Les travailleurs immigrés sont employés sur des périodes courtes avec des contrats temporaires à durée variable. De fait, il n’est pas rare de voir plusieurs de ces travailleurs saisonniers sur la place centrale et dans les cafés entourant les carrefours. Des crispations se font jour, notamment à l’école. On peut dès lors supposer que « l’effet de halo » mis en avant par Pascal Perrineau dans la périphérie de Grenoble peut jouer un rôle. Révélateurs sont les commentaires apposés sur un site touristique sur le net (lintern@ute Villes) :
– « belle ville hélas qui est en train de tout perdre a cause de certaines personnes vivant au RSA et roulant en BMW je n’aime pas « les nouveaux arrivants qui vivent de je ne sais quoi et pourrissent le climat »
– « Ville peu sécurisée, trafics de drogues, agressions et vandalisme »:

Cet « effet de halo » dépasse les limites administratives des départements. De fait, les opinions xénophobes se sentiront également confortées par le député de la circonscription UMP tendance « droite populaire », J.P. Garaud qui posait de façon « pragmatique » la question des alliances avec le FN, tout en démentant 48 heures plus tard.
Cette clé d’explication, présence d’étrangers d’origine extra-européenne, n’est cependant pas suffisante. Ces territoires où le « non au Traité européen fut majoritaire furent aussi ceux où le vote dit « chasseur » s’est exprimé en 2002. On oublie souvent que dans le sigle du CNPT, le mot de « tradition » est tout aussi important. Le FN est aussi le parti de la défense des « identités nationale, régionales et locale ». Dans son numéro consacré aux « Territoires de pouvoirs en France », la revue Hérodote en 2004 notait déjà cette progression du vote FN en milieu rural, d’autant plus sensible en absence de candidat représentant les chasseurs. Une enquête de l’IFOP/CEVIPOF parue en novembre 2011 montrait que 25% des chasseurs avaient l’intention de voter Marine Le Pen. Le ralliement de Frédéric Nihoux avant le premier tour à Nicolas Sarkozy peut expliquer que dans un département comme la Somme où Jean Saint Josse faisait 12% en 2002 contre 16,3 pour Le Pen, sa fille fait aujourd’hui 23,77%. Dans la commune « Le Crotoy » elle obtient 37,48 alors que Frédéric Nihoux faisait 11% en 2007 et son prédécesseur en 2002, 40,65 au premier tour. Au second tour, Jean Marie Le Pen retrouvait une partie de cet électorat puisqu’il progressait de 20,5 (39 ,82%). Le leader du FN voyait son score au second tour augmenter dans les communes de 51 à 100 inscrits.

La poussée frontiste et nationaliste en Corse

Un mot particulier doit être dit sur la Corse où Marine Le Pen obtient la 2e place en Corse du sud avec 25,71, et « seulement » 23,24% en Haute Corse. En 1995, Jean Marie Le Pen était loin de sa moyenne nationale : 11,6 % en Corse du Sud et 9,83% en Haute-Corse. La Corse était une des rares régions où il reculait par rapport à 1988. En 2002, il progresse de 5,8 en Corse du Sud et de 4,39 dans l’autre département. Au second tour, il gagnait encore entre 3 à 4 points dans les deux départements. En 2007, il régressait très légèrement en Corse du Sud (-1,5) avec un score élevé (15,91) mais progressait en voix (+ 3804) et très légèrement en pourcentage (+ 0,48 soit 14,70) en Haute Corse. Le discours à connotation « identitaire » défendu désormais par le FN séduirait-il une frange des » nationalistes » ? En 2007, un nationaliste sur trois aurait voté pour le FN. L’ancien directeur de cabinet de Jean Marie Le Pen, Olivier Martinelli avait créé une fédération corse du FN, « Fiamma Corsa. Le discours était clairement identitaire et prônait la « préférence nationale corse » ( « l’emploi et le logement en priorité pour les Corses »). La Corse avait connu une vague d’attentats et d’agressions raciste entre 2002 et 2004 (220 actes). La tension est retombée mais le fait est qu’il règne un climat xénophobe dans régions de corse, les slogans « arabi fora » sont sur de nombreux murs et un nouvel attentat détruisait une salle de prière le 9 avril 2012 à Ajaccio.

La fracture urbaine

Dans le prolongement des précédents scrutins, le FN diminue dans les grandes villes et continue sa progression dans des villes moyennes et surtout dans les communes rurales. . Le vote lepéniste est en réalité un « vote mutant ». Les électeurs de 1984 -1988 ne sont plus les mêmes 25 ans plus tard. Le FN avait émergé dans les grandes villes obtenant plus de 20% dans les villes de plus de 200 000 habitants et 17% en agglomération parisienne. Ce n’était plus vrai en 2002, J.M. Le Pen obtenant ses meilleurs scores dans des villes de 20 à 50000 habitants (26%) et reculant nettement dans l’agglomération parisienne. Cette tendance s’est accentuée 10 ans après. C’est à Paris que Marine Le Pen fait son plus mauvais score (6,20%), reculant dans les Yvelines, le Val de Marne, le Val d’Oise, les Hauts de Seine et la Seine Saint Denis. Ce département était aussi un département emblématique car symbolisant la banlieue « rouge », démontrant ainsi le passage des votes des classes populaires du PC vers le FN. Or, en 10 ans l’extrême droite (FN et MNR) perd 6,66 points. Dans les communes où les émeutes ont été déclenchées en 2005 et où on pourrait penser qu’il y a une corrélation entre insécurité, délinquance et vote en faveur du FN, celui-ci perd des points comme à Clichy-sous-bois (- 8%), ville symbolique au demeurant. On retrouve les mêmes résultats à Villiers-le-Bel (95) où le vote d’extrême droite en 2002 atteignait les 20,5% et où Marine Le Pen ne fait plus que 14,42% . Même phénomène à Grigny (91) où elle perd plus de 11,8%.

Louis Aliot, secrétaire général du FN disait avoirt fait de « l’atlas des nouvelles fractures sociales » son livre de chevet. Les deux géographes avaient mis en valeur que nous assistions depuis plusieurs années à une mutation et une recomposition sociale des territoires, opposant «  des centres de plus en plus embourgeoisés à des périphéries urbaines et rurales accueillant un nombre croissant de couches populaires ». Ces couches populaires défavorisées habitant dans ces zones périphériques votaient désormais pour le FN et la carte du vote frontiste épousait de plus en plus la carte de la relégation sociale. On assiste à une augmentation du nombre d’ouvriers et d’employés dans la population active dans ces territoires de la périphérie. La Picardie en est un bon exemple

L’implantation du FN dans les vieilles terres ouvrières socialistes du Nord et du pas de Calais se confirme. En 2007, déjà, alors qu’il avait perdu au niveau national 1 million de voix, J.M. Le Pen réalisait des scores très significatifs gagnant même des voix. Ainsi dans le Pas de Calais, il ne perdait que 2 points réalisant un score supérieur à sa moyenne nationale avec 16,02. A Outreau, il progressait de 17,65 à 18,12.% en gagnant 394 voix. Cette année, Marine Le Pen est en deuxième position avec 26,37% des voix. En tête à Hénin Beaumont avec 35,48% des voix, la présidente du FN l’est également à Etaples (26,89) ; Méricourt (30,74), Montigny en Gohelle (31,76). Elle devance généralement N. Sarkozy dans les autres villes. Le La composante ouvrière de l’électorat lepéniste, frappée par la crise et le chômage mais également victime d’une petite délinquance génératrice de l’insécurité n’est plus sensible au discours de la droite, ne voyant aucune amélioration dans ses conditions d’existence.

En conclusion, Marine Le Pen a réussi son pari. Le FN reste une force avec laquelle il va falloir compter. Son parti obtient plus de 12,5% dans 353 circonscriptions. En 1997, période où le FN était dans une dynamique après la victoire de Vitrolles, il avait dépassé ce seuil de 12,5 dans 133 circonscriptions, provoquant 76 triangulaires, mais n’obtenant qu’un élu, Jean-Marie Le Chevallier invalidé en 1998 qui quitta le FN l’année suivante. Nous ne sommes plus dans la configuration de 2002. Marine Le Pen est dans une logique très différente de son père. Cette fois-ci, le FN veut gagner des élus, si possible pour constituer un groupe. Il ne le pourra qu’avec un appui de la droite. Nous pourrions nous retrouver dans une configuration similaire à 1988 où M. Gaudin avait passé un accord de désistement réciproque entre les candidats FN et ceux de la droite RPR/UDF (URC Union du rassemblement et du Centre) dans les Bouches-du-Rhône et le Var. Seule Yann Piat fut élue pour le FN, les candidats de droite sauvant leur siège. Il y avait, il est vrai, à l’époque un accord entre la droite et le FN pour gouverner la région PACA. Marine Le Pen semble désormais être ouverte à des négociations au cas par cas. Beaucoup d’élus UMP pourront être tentés par « pragmatisme » comme dirait M. Garraud, député de Gironde, d’entamer des discussions avec le FN. D’autant plus que Nicolas Sarkozy a fait sauter de nombreuses « digues idéologiques » sur l’identité nationale, l’immigration, la sécurité, les frontières, l’Islam. Il a, grâce à son conseiller P. Buisson, légitimé le discours du FN. En 1997, le RPR avait rédigé un argumentaire contre les thèses du FN. En 2012, l’UMP les légitime. Les législatives de juin feront certainement également la différence.

Philippe Lamy

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Vote FN 22 avril

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