Laïques aujourd’hui

Rapport sur la laïcité présenté lors du 81e congrès de la LDH les 2, 3 et 4 juin à Limoges

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Débattre fraternellement

La laïcité est au cœur de notre engagement de militants de la Ligue des droits de l’Homme… et du citoyen. Il ne saurait en être autrement : la Ligue est née de l’histoire républicaine française et au moment même où se forgeait le corpus laïque de la tradition républicaine. Surtout, depuis lors, histoire de la République, histoire de la laïcité et histoire des combats de la LDH sont autant de fils d’une même trame, humaniste et universaliste.

De ce fil d’Ariane nous sommes tous les gardiens, conscients de la responsabilité qui est la nôtre : il est fragile comme tout lien de civilisation, altérable comme toute exigence civique. Précisément en raison de son importance et de cette fragilité, le sujet est sensible, suscite aussitôt les passions car il touche au plus profond de ce à quoi nous croyons : il ne s’agit pas seulement de raison mais aussi de valeurs, pas seulement de réflexion mais aussi de choix éthiques.

Cette vivacité, il nous faut à la fois l’assumer, car elle est signe de vigilance et de combativité, et la maîtriser en raison même de ce qu’est la laïcité, qui ne saurait être objet de culte mais suppose au contraire démarche, méthode, effort de dépassement des aveuglements et des intolérances. C’est dire à quel point l’expression d’« intégrisme laïque » est antinomique : qui tomberait dans une intolérance crispée et excluante, dans une vision figée de notre histoire et de nos combats, dans un repli sur le passé qui refuserait d’ouvrir les yeux sur les défis actuels, cesserait de ce fait même de se comporter en laïque.

Ce n’est pas à dire, bien au contraire, que tout débat soit impensable. La laïcité devrait être la chose de la Ligue la mieux partagée, mais ce n’est pas pour autant qu’elle devrait constamment donner lieu à consensus entre nous sur ce à quoi elle nous appelle aujourd’hui. Nos engagements sont communs, nos opinions et croyances diverses ; c’est une richesse précieuse, et seuls s’en étonneront ceux qui oublient que la contradiction est le mouvement même de la vie.

Discutons donc, librement et fraternellement, car le sujet est d’une brûlante actualité. Nous avons choisi de le mettre à l’ordre du jour de notre premier congrès du nouveau siècle pour faire émerger un débat encore larvé, pour l’assumer tranquillement et lucidement, pour poser au grand jour les questions d’aujourd’hui en pleine connaissance de notre héritage tout en regardant l’avenir en face.

Il faut pour cela assainir le débat, évacuer les arrière-pensées, en finir avec les stéréotypes. Il n’y a pas, dans la Ligue comme dans la société, d’un côté des « laïcards » crispés, aveugles, enfermés dans le fameux « socialisme des petits-bourgeois », dans une vindicte usée qui se tromperait de colère ; ni de l’autre côté de « faux laïques », des cléricaux qui s’ignoreraient ou, pis, des fossoyeurs sournois qui chercheraient à détruire la République en la soumettant au credo d’une Europe démocrate-chrétienne. Ces caricatures sont inutilement blessantes ; elles empêchent tout débat fraternel et même toute compréhension des véritables enjeux. La question n’est pas en effet de décerner des brevets de fidélité au petit père Combes ou même à Jules Ferry, lesquels au surplus ne sauraient former un « bloc » que si nous oublions l’ensemble de ce qu’ils furent. Là aussi, le droit d’inventaire s’impose à tout esprit libre, pour comprendre ce qui, dans leur héritage, peut et doit demeurer, et ce qui est au contraire frappé de forclusion par le changement social.

Pensée sacrilège ? Sûrement pas pour des esprits laïques, qui sont les mieux placés pour comprendre qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Rien n’est totalement intangible ou inaltérable, que ce qui est mort ; rien ne survit sans mue. Il nous faut donc nous garder ici de Charybde et de Scylla : un dogmatisme qui tuerait ce qu’il figerait en croyant le préserver, et à l’inverse un pseudo-modernisme qui jetterait le bébé (laïque) avec l’eau du bain (anti-religieux). C’est aussi en ce sens que dans ce débat nous avons besoin les uns des autres.

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