Laïques aujourd’hui

Rapport sur la laïcité présenté lors du 81e congrès de la LDH les 2, 3 et 4 juin à Limoges

Mais la laïcité, telle que nous l’entendons à la LDH, ne s’arrête pas là. La question qui se pose au niveau international comme Jaurès la posait déjà en France il y a un siècle est aussi et sans doute d’abord une question sociale : on sait trop quelles injustices et quelles oppressions, en Algérie comme en tant d’autres parties du globe, font le lit des intégrismes et des affrontements interculturels. La Déclaration universelle soulignait dès 1948 qu’il faut être « libéré de la terreur et de la misère » pour être « libre de penser et de croire ». C’est dire combien le combat laïque, parce qu’il est aujourd’hui mondial, doit être celui de l’indivisibilité des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, indivisibilité sans laquelle la dignité humaine n’est qu’un mot creux.

En ce sens, dans une société et dans un monde en profonde mutation, nous n’avons décidément pas besoin d’une prétendue « nouvelle laïcité », car la laïcité ne vieillit pas : depuis son origine elle est non pas dogme daté mais démarche ouverte au monde et au changement. Ce qu’il faut à notre temps, c’est en réalité un surcroît d’esprit laïque, un plein engagement dans les valeurs universelles de liberté, d’égalité et de fraternité.

L’enjeu de ce ressourcement est vital pour notre Ligue : la LDH ne durera que si elle attire à elle les femmes et les hommes d’aujourd’hui et de demain, en particulier celles et ceux qui vivent dans les lieux de plus grande injustice ; il lui faut pour cela parler vrai et ne pas se payer de mots. En rester à des formules creuses sur la Déclaration de 1789 qui ne se traduiraient pas en actes, c’est-à-dire en campagnes pour la liberté et l’égalité, contre les intolérances de tous bords et contre les discriminations, nous disqualifierait, apporterait de l’eau au moulin de ceux qui disent ne voir dans les droits de l’Homme que double langage hypocrite et masque d’injustes dominations.

Le combat pour une vraie laïcité, c’est-à-dire tout simplement pour la liberté (de conscience), l’égalité (entre les cultes et mouvements philosophiques) et la fraternité (dans le respect des convictions de chacun), couplé avec la bataille contre les discriminations parce que tout laïque entend donner à l’universalisme sa dimension d’humanité concrète, est seul à même de nous permettre d’être entendus et rejoints par ceux que nous voulons accueillir dans nos rangs. Décidément, la laïcité, c’est l’avenir.

NOTES

1 Il est clair non seulement que l’idéologie qui dominait ces pays n’était pas la nôtre mais aussi que le « camp progressiste » ne saurait s’y être identifié ni s’y réduire, mais pour autant l’effondrement de celui-là des deux « blocs » a déséquilibré le monde en laissant le champ libre aux valeurs de la superpuissance victorieuse, notamment pour orienter la « globalisation » quasiment sans compromis.

2 A chacun ses angoisses et ses lamentations : c’est le recul de l’influence catholique que déplore un René Rémond…

3 La laïcité n’existe en ce sens que comme attribut, ce qui signifie qu’on ne peut utilement l’invoquer qu’en spécifiant son champ : laïcité non seulement de l’École mais aussi de l’État, de la République, de l’espace public.

4 Bien entendu, cette avancée conceptuelle ne s’est que lentement et inégalement traduite dans la pratique : les princes luthériens n’ont pas tous été, loin s’en faut, des modèles de tolérance, et par la suite le procès des « sorcières de Salem », la politique d’apartheid ou encore les partis unionistes extrémistes d’Ulster témoignent de la possibilité historique d’un retournement du message émancipateur. Au demeurant, Luther lui-même ne mérite pas plus d’être idéalisé (dans son comportement stratégique et politique) que Calvin (dans la procédure de règlement des différends qu’il appliqua à Michel Servet).

5 L’affrontement avec les Jésuites, dont la monarchie limite les activités dès le XVIIe siècle et qu’elle finit par expulser en 1762, alimente, tout autant que la dénonciation de l’Inquisition ou les campagnes d’un Voltaire, une sensibilité anticléricale très durable, très antérieure à la « tradition républicaine ».

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