Laïques aujourd’hui

Rapport sur la laïcité présenté lors du 81e congrès de la LDH les 2, 3 et 4 juin à Limoges

6 Comment ne pas se rappeler ici que la célèbre formule de Gambetta « le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » est celle des républicains de la crise du 16 mai 1877. On ne peut au surplus ignorer la tradition anticléricale déjà évoquée qui imprègne non seulement la petite bourgeoisie républicaine mais aussi les milieux populaires, et qui plonge ses racines dans une très ancienne hostilité au pouvoir papal et à celui du haut clergé.

7 Jules Ferry : « ma vision de l’avenir est celle d’une société sans Dieu et sans Roi ». Et Jaurès de commenter en citant ce propos en 1904 : « c’est un peu court ». Par où l’on touche les limites d’une vision de la laïcité bornée par l’occultation de toute question sociale : pour reprendre une célèbre formule jauressienne, la République n’est que le minimum de socialisme. Ce fossé entre Ferry et Jaurès ne saurait être oublié aujourd’hui par la Ligue qui entend combattre pour une « citoyenneté sociale » : il n’est pas certain que la définition que Lénine donnait de l’anticléricalisme (« le socialisme des petits-bourgeois ») ait perdu toute actualité.

Je ne surprendrai aucun ligueur en remerciant Madeleine Rebérioux de m’avoir permis de situer ainsi plus explicitement le contexte de cette citation de « Ferry – Tonkin »…

8 Là encore Jaurès juge ce silence imposé par Ferry à l’École mortel en ce qu’il lui interdit aussi de poser toute question politique ou sociale : réduire la laïcité à une neutralité silencieuse est à l’évidence la mutiler voire la défigurer. Il reste que, si la fermeture de l’École au monde est inacceptable pour de véritables républicains, le refus d’un embrigadement anti-catholique de l’École publique est, lui, fondateur, et consubstantiel à la notion même de laïcité.

9 On ne saurait pour autant oublier qu’un Paul Bert assignait quant à lui à la laïcité la mission de nettoyer les esprits enfantins de l’obscurantisme, mais la « laïcité de combat » répondait à l’évidence alors au « cléricalisme de combat » et ne pouvait pour autant se comprendre comme une sorte de « contre-endoctrinement ».

10 Pour autant, le courant « déchristianisateur » reste très actif en 1905 dans une partie notable de l’opinion républicaine et socialiste.

11 Même si la formule de l’article 10 protège la « manifestation » des « opinions, même religieuses », (dès lors qu’elle ne « trouble pas l’ordre public établi par la loi »), manifestation nécessairement collective et située dans la sphère publique.

12 D’où la question si actuelle de la « connaissance » par la République laïque d’instances représentatives de l’Islam.

13 Qui est pourtant « spiritualiste » et non matérialiste, mais d’abord grand pourfendeur des congrégations. Au demeurant, une fois Président du Conseil il se fit moins laïque que gallican, et ne déposa le projet de loi de séparation que sous la pression d’une forte campagne d’opinion et dans la logique de la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican.

14 Encore que Ferry ait affirmé : « nous avons promis la neutralité religieuse, nous n’avons pas promis la neutralité philosophique, pas plus que la neutralité politique ». Les contradictions traversent décidément bien des esprits…

15 Instituée non par le Concordat de 1801, les cultes protestant (dès 1802) puis israélite ayant été « reconnus » à côté de l’Église catholique, mais pas la Restauration en 1815.

16 Recherche de « convivialité », réaffirmation de valeurs liées au couple et à la sphère familiale, engagements associatifs, humanitaires, «caritatifs », etc.

17 Comment ne pas évoquer ici les engagements de la JOC, de la JEC et de la JAC, en particulier au moment de la guerre d’Algérie ? On observera au demeurant que, si l’Église instituée connaît une forte crise de vocations, ces mouvements ont quant à eux conservé une dynamique et une présence réelles dans la société civile.

18 Cet affadissement est d’ailleurs déploré par ceux qui restent attachés à ladite spécificité : c’est ainsi qu’il faut comprendre l’amertume exprimée par René Rémond dans son plus récent ouvrage, signalé supra note 2.

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