La LDH soutient le film Ombline, de Stéphane Cazes

Synopsis : Ombline, une jeune femme de vingt ans, est condamnée à 3 ans de prison suite à une violente agression. Alors qu’elle a perdu tout espoir en l’avenir, un événement vient bouleverser sa vie : elle découvre qu’elle est enceinte et donne naissance à Lucas. La loi lui permettant de l’élever les 18 premiers mois, Ombline va se battre pour garder son fils le plus longtemps possible auprès d’elle et convaincre le juge qu’elle est capable d’en assumer la garde à sa sortie de prison.
Dans cet univers carcéral sombre, commence le combat d’une femme devenue mère en prison, qui va se reconstruire en se battant pour son enfant.
À travers l’histoire singulière d’Ombline, le film dessine et donne à voir le ressenti d’une personne emprisonnée, ses humeurs et l’épreuve sensible que lui inflige l’incarcération : comment cette personne contrainte dans ses mouvements, ses attentes et face aux agressions, privée de son autonomie et de son libre arbitre, peut se frayer un chemin dans les enjeux de son avenir. Le film montre avec justesse une des réalités de « la prison », dans ses composantes, malgré quelques approximations ou concessions « dramatiques » à l’œuvre de fiction, pour la dynamique du récit.

Prenant le parti de nous faire voir l’univers carcéral au travers des yeux d’Ombline, le film place le spectateur en situation de ressentir l’errance physique et morale dans laquelle l’héroïne est plongée, révélant en creux la vacuité et l’absurdité, dans ce contexte, de l’injonction énoncé par l’Institution : contrition, « réinsertion ».

S’il s’en tenait là, ce film intéressant serait bien insuffisant sur un plan militant car ce message et ce diagnostic sont aujourd’hui bien connus.

À travers lui néanmoins, la LDH et les autres organisations engagées sur la question des prisons peuvent débattre et montrer que ce n’est pas sur l’individu incarcéré que pèse seul – et dans la souffrance – le poids de sa reconstruction, que seule une mobilisation globale peut aider une société à soigner les maux que révèle sa délinquance.

Le film l’illustre de façon convaincante : ce n’est pas l’injonction faite de participer à des activités (lesquelles ?), de travailler (quelle activité ? quel salaire ? quels droits) ou de se « soigner » qui aident l’héroïne à se poser en acteur de sa vie, mais bien la surveillante qui, voyant en elle non plus la détenue rebelle mais la mère anxieuse du sommeil de son enfant, demande le silence dans le bâtiment voisin. C’est la confection réussie d’un costume et les encouragements sincères du professeur, c’est la confiance et la responsabilité partagées de l’enfant avec la famille d’accueil qui aident à vivre autrement, à se voir autrement comme être à part entière et comme sujet de droits…

N’occultant pas la dureté de la prison, des rapports de force interpersonnels, institutionnels qui s’y jouent, n’éludant pas les carences manifestes hors les murs dans la prise en charge des sortants de prison, ce film livre sans fioriture un message dénonciateur clair des travers et impasses de la solution carcérale, et esquisse quelques clefs pour penser autrement la sanction.

Sortie le 12 septembre.

Ombline

Fiction, France, 2012

Réalisateur : Stéphane Cazes

Distribution : ZED

Durée : 95′

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