La LDH soutient le film “La Domination masculine”

Enfin un film, un vrai, sur le système toujours actif et toxique de la domination masculine, à voir et discuter dans les sections, chez les ligueuses et ligueurs, avec des copines ou en couple ! La LDH avait déjà soutenu un film du même réalisateur, La Raison du plus fort, sur la violence d’autres rapports sociaux, les rapports de classes.La LDH avait déjà soutenu un film du même réalisateur, La Raison du plus fort, sur la violence d’autres rapports sociaux, les rapports de classes.

Bien entendu ce n’est pas un catalogue exhaustif des méfaits du patriarcat. Patric Jean a choisi ses exemples et ses sujets, en France, au Québec, au cours d’un travail qui lui a pris plusieurs années : obsession du phallus dans les images et les arts, hommes qui se font opérer pour en augmenter la taille ; séances de speed-dating dans un café, où les filles se présentent aux garçons avec un programme parfaitement intériorisé de féminité traditionnelle et de soumission ; rayon jouets, où les filles se déguisent en princesses pour être belles et où les garçons cherchent des instruments et des armes de pouvoir.

Rayon livres, où la production commerciale véhicule les éternels stéréotypes de Maman qui débarrasse la table pendant que Papa lit le journal, et où la production plus ambitieuse montre les filles rêvant à la fenêtre tandis que les garçons sont dehors, dans le vrai monde. Une strip-teaseuse raconte son métier, une vengeance sur ce qu’elle a souffert enfant, désormais c’est elle qui a le pouvoir sur les hommes, seul moyen d’évacuer sa colère. Achetez une femme, c’est le meilleur des appareils, clame Pierre Tchernia au salon des Arts ménagers, dans une archive télévisuelle effarante. Aujourd’hui des logiciels sophistiqués permettent de retoucher les photos de mannequins pour en faire de filiformes femmes en plastique. Et vous aimez Léo Ferré ? Et bien écoutez-le dire que l’intelligence des femmes réside dans leurs ovaires et qu’il hait – je cite- les femmes cultivées.

En contrepoint, un dîner de féministes au Québec, où se disent des choses intéressantes : on a gagné, mais maintenant c’est le ressac, et combattre des illusions est encore plus difficile que combattre des faits.
La forme la plus extrême du sexisme, c’est la violence, et c’est surtout au sein du couple qu’elle s’exerce. Des témoignages bouleversants montrent cette ambivalence des femmes qui prennent des humiliations et des coups pendant des vies entières, sans quitter leur conjoint, et même en se demandant si elles ne l’aiment pas encore. A la fois victimes et complices, trop souvent au prix de leur vie.

Mais le plus intéressant dans ce film c’est peut-être le portrait des masculinistes. En 1989, un certain Marc Lépine avait assassiné 14 très jeunes femmes dans l’Ecole polytechnique de Montreal, parce qu’elles voulaient devenir ingénieur(e)s. Ce crime collectif avait traumatisé la société canadienne. Là-dessus s’est développée une réaction masculiniste dénonçant l’oppression et la castration des hommes par les féministes au Québec, le danger d’extinction de la race humaine, accusant le féminisme de crime contre l’humanité et de fascisme. Délires de perdants, certes, mais leurs livres se vendent bien. Et leur haine des femmes est sans limites.

Le film se clôt sur un mur d’images qui se déroulent à l’infini, images de ce sexe d’homme auquel se réduit l’identité des tenants du système, images du film, images du féminisme. Un chaos ou une histoire, comme on voudra, mais l’histoire – le combat – n’est pas terminé.
C’est cette ouverture même qui appelle le débat et fait l’intérêt du film.

On peut avoir envie de regretter ce qui manque, la prostitution, la misère sociale et la précarité, le plafond de verre dans l’entreprise ou dans la représentation politique ; on peut regretter qu’il soit question des politiques de lutte contre les violences au Québec mais pas en France. Il faudrait d’autres films… Peu importe, le débat est ouvert, et fort bien, et il est vivifiant.

On retiendra que c’est un film d’homme, ce qui n’est pas si courant, alimenté par beaucoup d’intelligence politique et d’humanité – ou de pro-féminisme. Et que c’est un vrai film vivant, parfois drôle, en tout cas plein de talent.


– Film documentaire, sortie 25 novembre 2009
– 98’
– Réalisation : Patric Jean
– Production : Elzévir Film, France/Black Moon, Belgique
– Distribution : UGC
– Site internet du film : www.ladominationmasculine.net

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