Haïti et la France, un an après : Les victimes ne sont pas les bienvenues au pays de l’immigration choisie…

Communiqué LDH

Le 12 janvier 2010 la terre tremblait en Haïti. La catastrophe est venue frapper de plein fouet un pays déjà fragilisé par la pauvreté, la fragilité de ses institutions, la violence et la corruption. « La plus grave crise humanitaire depuis des décennies », selon le secrétaire général de l’ONU, a été encore aggravée par l’épidémie de choléra, les violences de la période électorale et les retards manifestes de la solidarité internationale.Le 14 janvier, au plus fort de l’émotion générale, le ministre Éric Besson déclarait : « La réaction de la France doit être à la hauteur de sa tradition républicaine d’accueil, de solidarité et d’humanité et des liens historiques et culturels qu’elle entretient avec le peuple haïtien. Dans des circonstances aussi effroyables et douloureuses, tous nos efforts doivent se concentrer sur l’aide aux Haïtiens ». Ce drame aurait dû pousser la France à favoriser la circulation des personnes, le rapprochement des familles, la régularisation des migrants qui sont les seuls soutiens de leurs proches en Haïti.

Un an plus tard, le constat est accablant. L’ambassadeur de France à Port-au-Prince se félicitait récemment d’avoir permis 500 regroupements familiaux (au lieu de moins de 100 en 2009) et délivré 30 % de visas en plus, sans qu’on connaisse le chiffre réel. Que font 30 % de pas grand-chose ?
– En Haïti, malgré les destructions qui se sont ajoutées aux carences du système d’état-civil, l’ambassade a maintenu des exigences discriminatoires qui lui permettent de rejeter la plupart des demandes, notamment en qualifiant de faux les documents qui lui sont soumis.
– En France, les guichets spécifiques ouverts dans les préfectures ont fermé au bout de quelques jours ; aucune des restrictions légales au regroupement familial n’a été levée ; le nombre des régularisations n’a pas été à la hauteur des nécessités.

Fin décembre, alors que deux avions ont permis enfin le transfert d’enfants dont l’adoption par des familles françaises était acquise depuis longtemps, trop de familles haïtiennes présentes en France attendent encore l’arrivée de leurs proches… Et seule la mobilisation citoyenne, l’alerte des médias et l’intervention des juges ont permis de tirer 75 jeunes étudiants haïtiens des zones d’attente où ils avaient été refoulés, pour avoir tenté de rejoindre leurs proches par le biais d’un programme d’échanges entre Haïti et le Bénin. Enfin on peut craindre une reprise rapide des expulsions de ressortissants haïtiens.

Ainsi pour le gouvernement français, les exigences d’accueil, de solidarité et de fraternité ont-elles été de peu de poids face au maintien de sa logique politique d’ensemble : ajoutant du malheur au malheur, il a continué à faire peser sur les Haïtiens l’ère du soupçon et de la méfiance ; la solidarité avec Haïti s’est rapidement dissoute dans la simple gestion restrictive des flux migratoires… Les victimes ne sont pas les bienvenues au pays de l’immigration choisie.

Face à cette réalité, il n’y a que deux réactions possibles, complémentaires et indissociables :
– appeler à la mobilisation citoyenne, celle des Haïtiens et des Français, pour imposer des mesures plus favorables et peser à terme pour que changent les lois ;
– mais aussi inciter les familles et les associations à s’organiser pour mener jusqu’à leur terme les procédures et les recours possibles, afin de construire une jurisprudence favorable.

Pour les Haïtiens comme pour les autres étrangers demandeurs d’asile ou de séjour, la politique du gouvernement français est le contraire non seulement de la solidarité, mais de la dignité et des droits fondamentaux de la personne. C’est le sens
– de l’engagement constant de la Ligue des Droits de l’Homme aux côtés des Haïtiens de France et de leurs associations ;
– de notre présence active dans la conférence de presse commune qui s’est tenue ce jour au siège de la LDH, animée par le Collectif Haïti France, la PAFHA (Plate-forme des Associations Franco-haïtiennes), l’ANAFE (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers), le Collectif Migrants Outre Mer (qui regroupe 13 associations dont la Ligue) et le Réseau Education Sans Frontières.

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Paris, le 11 janvier 2011

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