7 mars 2008 – Israël au Salon du livre : La LDH invite les organisateurs à faire preuve d’ouverture pour favoriser le dialogue

Le SNE a décidé d’inviter au salon du livre 2008 l’Etat d’Israël. Cette invitation n’est pas en soi contestable, compte tenu du principe habituel que ce sont toujours les Etats qui sont invités à cette manifestation.

 

Mais il était évident que l’année où Israël fête son 60ème anniversaire étant aussi celle où les Palestiniens commémorent la « nakbah », cette invitation allait susciter des réactions. Or les organisateurs n’ont pas saisi l’opportunité d’organiser un véritable dialogue en ignorant non seulement les écrivains palestiniens mais aussi les écrivains israéliens de langue arabe.

 

En décidant de soutenir financièrement la participation des seuls auteurs s’exprimant en langue hébraïque, les ministères français de la Culture (et en particulier le Centre national du livre) et des Affaires étrangères ont commis une faute et déclenché les cascades de réactions auxquelles il fallait s’attendre. En invitant l’Inde l’an dernier, les mêmes n’avaient pas commis l’erreur de ne soutenir que les écrivains s’exprimant  en hindi. Réparer, tel est maintenant leur devoir.

 

Face à une invitation aussi déséquilibrée, l’Union des écrivains palestiniens, comme la majeure partie des pays arabes, appelle à boycotter le Salon du livre. Opérations militaires et attentats terroristes se déroulent dans le même temps que les déclarations des uns et des autres s’enveniment au sujet du Salon du livre transformé en terrain d’affrontement et de rapport de forces par les maladresses des organisateurs officiels français. Quel gâchis !

 

Dans cette situation qu’ils ont provoquée, le devoir du gouvernement français et du Syndicat national de l’édition est de rendre possible le débat, et de faire en sorte que ceux qui pensent devoir refuser le dialogue en utilisant l’arme du boycott, en l’espèce regrettable, changent d’avis. Car il est d’une importance capitale que dans ce contexte, l’échange culturel ait lieu.

 

Il convient de mettre en avant les auteurs eux-mêmes. D’une part, les écrivains israéliens, dont certains ont des positions très opposées à celle de leur gouvernement, ne doivent pas être utilisés comme étendards de leur pays, mais considérés comme les écrivains libres qu’ils sont. Dès lors, la venue du chef de l’Etat d’Israël dans le cadre du salon lui-même ne paraît pas de nature à favoriser le dialogue. D’autre part, les écrivains israélo-palestiniens s’exprimant en arabe doivent être invités avec leur éditeur de toute urgence, dans les mêmes conditions que leurs confrères s’exprimant en hébreu. Les écrivains palestiniens ainsi que leurs éditeurs doivent être aidés financièrement pour pouvoir venir débattre. 

 

L’inauguration du prochain Salon du livre peut et doit se transformer en événement culturel et la LDH contribuera au dialogue des cultures qui doit avoir lieu, au-delà des clivages et des tensions politiques, à la condition que les moyens de ce dialogue soient réellement mis en œuvre.

 

Paris, le 7 mars 2008

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