6 septembre 2005 – Droits de l’Homme en Tunisie Lettre au président de la République concernant une demande d’audience au sujet de la situation des droits de l’Homme et des libertés en Tunisie

Lettre signée de Jean-Pierre Dubois, président de la LDH

Monsieur le Président de la République,

Nous souhaitons que vous puissiez recevoir, très vite, les représentants des organisations françaises et internationales qui soutiennent la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme (LTDH) : la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), la Ligue française des droits de l’Homme (LDH), Reporters sans Frontières (RSF), le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH), le Syndicat de la magistrature (SM), le Syndicat des avocats de France (SAF), l’Association des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) et la Fondation France Libertés.

En effet, la situation des droits de l’Homme en Tunisie, déjà très préoccupante, s’aggrave encore par la décision du tribunal de première instance de Tunis, hier lundi 5 septembre, de suspendre la tenue du congrès de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, prévu les 9, 10 et 11 septembre prochains.

Comme vous le savez, depuis longtemps en Tunisie, les atteintes à la liberté d’association, à l’exercice de la liberté d’expression, ainsi que la persécution des défenseurs des droits de l’Homme, – journalistes, universitaires, avocats, magistrats… – sont d’une extrême gravité.

La liberté d’association reste entravée par des mesures politico-bureaucratiques. Outre le fait que diverses demandes d’autorisations ne sont jamais accordées dès qu’il s’agit d’une association indépendante, les associations reconnues, telle que la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme (LTDH) sont constamment l’objet de harcèlements et de mesures répressives de tout ordre.

La LTDH, prestigieuse organisation indépendante, est encore une fois, aujourd’hui, la cible d’une campagne et de mesures visant à empêcher la tenue de son 6ème congrès national jetant la suspicion sur sa légitimité à travers des procédures judiciaires et des campagnes de désinformation politique. Ainsi le gouvernement tunisien a-t-il entravé le bon déroulement des projets de la LTDH financés par « l’Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l’Homme » (IEDDH), dont l’objet, précisément, est la restructuration et la professionnalisation de la première organisation non partisane de défense des droits de l’Homme du monde arabe.

Les autorités tunisiennes ont déjà interdit la tenue du congrès constitutif du Syndicat des journalistes tunisiens. De même, l’Association des magistrats tunisiens est menacée de dissolution. Et les avocats connaissent depuis quelques mois, une répression sans précédent : condamnation et emprisonnement de Maître Mohamed Abbou, plusieurs procédures judiciaires contre des avocats connus pour leur activité associative, attaques contre le Conseil de l’ordre de Tunisie et son bâtonnier…

Nos organisations rappellent que la liberté d’expression a subi des atteintes notables ces derniers mois avec les procès de jeunes internautes, la plupart lycéens. Il leur serait reproché d’avoir mené des activités subversives par le biais d’Internet. Ces faits s’ajoutent à des atteintes récurrentes à la liberté d’expression et d’information. Ils s’inscrivent dans le cadre général de censure, de persécution et de harcèlement des personnes osant dénoncer les violations des droits de l’Homme en Tunisie et émettre un avis critique à l’encontre du pouvoir. Cette situation est d’autant plus inquiétante que les sévices et la torture continuent d’être systématiquement pratiqués au cours des interrogatoires et de la détention des personnes interpellées.

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