31 décembre à Paris : une fête réservée

Dans une conférence de presse organisée le 9 décembre, le préfet de police de Paris, Philippe Massoni, a annoncé les mesures préventives qu’il compte prendre pour prévenir et empêcher des troubles éventuels à l’ordre public à Paris dans la nuit de la Saint Sylvestre.

Il a notamment décidé d’affecter une partie des effectifs de la police mobilisés dans les banlieues pour empêcher certains de leurs habitants jugés a priori dangereux de gagner Paris.

Que le Préfet de Police de Paris se préoccupe de la sécurité de ceux qui fêteront le passage à l’an 2000 sur les Champs-Elysées ressort effectivement de sa tâche. Est-il en revanche normal qu’il désigne, par avance, les indésirables, interdits de fête parce qu’ils viennent des banlieues, qu’ils sont jeunes et que les forces de l’ordre ont reçu injonction de les intercepter à leur départ ou à leur arrivée ?

On se demande sur quels critères la police va déterminer lesquels de ces jeunes présentent un danger : sur leur habillement ? sur leur faciès ? Il s’agit là de discriminations interdites par la loi, et qui n’autorisent pas à interpeller et encore moins à retenir quiconque.

Cette mesure d’exception, décrétant le couvre-feu pour une partie de la population issue des quartiers difficiles, constitue une violation flagrante des principes de la République.
La fête serait-elle réservée aux habitants des quartiers nobles ?

Enfin, cette annonce faite aux banlieues de se tenir à l’écart des lieux de fête ne peut être ressentie que comme une provocation : déjà illégale, cette attitude risque, de plus, d’attiser le sentiment de révolte de ceux qui, le reste de l’année, sont déjà exclus de la vie normale.


Paris, le 21 décembre 1999

Associations signataires: AC, Action citoyenne, Act Up-Paris, Association française des juristes démocrates (AFJD), Association des marocains de France (AMF), Association des travailleurs marocains en France (ATMF), Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour (ARDHIS), CGT (UD Paris), Droits devant, Emmaüs France, FASTI, Femmes de la Terre, FSU, GISTI, Les Verts, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Médecins du monde, MRAP, Observatoire des libertés publiques, PCF, Syndicat de la Magistrature, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat national des personnels de l’éducation surveillée – Protection judiciaire de la jeunesse (SNPES-PJJ-FSU)

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