2001 – RAPPORT ANNUEL – La santé

La santé, comme la maladie, est soumise à quatre grands groupes de déterminants : les facteurs biologiques propres à l’individu, les comportements et le style de vie, l’environnement dans ses multiples dimensions (y compris les conditions socio-économiques), les services de santé. La santé publique s’occupe de la santé globale des populations sous tous ses aspects (curatifs, préventifs, éducatifs et sociaux) et son objectif est la mise en place de systèmes et d’actions de promotion de la santé, de prévention et de traitement des maladies, de réadaptation des handicapés ; le champ qu’elle couvre va de l’identification des besoins de santé au choix des priorités d’action en vue d’objectifs définis et à l’élaboration d’une stratégie, sans oublier le suivi et l’évaluation des actions menées.

L’aspect curatif est étroitement dépendant du système de santé propre à chaque pays (médecine libérale et paiement à l’acte, délivrance des médicaments et détermination de leur prix, infrastructures hospitalières et maillage du territoire, niveau de prise ne charge des frais individuels par un système collectif, etc.), ce qui semble rendre inadapté le niveau européen sauf pour affirmer que le champ de la santé ne doit en aucun cas être soumis à la loi du marché.

La prévention sanitaire est insérée en permanence dans la société. Hors son aspect primaire (vaccinations par exemple), elle s’intéresse aux conditions environnementales de la santé (conditions de travail par exemple) ; elle a directement à voir avec la promotion de celle-ci, domaine où doit se développer une éducation pour la santé apte à promouvoir le sens de la dignité et de la responsabilité de l’individu en même temps que celui de la solidarité et de la responsabilité collective. Si l’évolution ainsi recherchée des conditions et des modes de vie a un impact déterminant sur les situations de santé, y compris les morbidités, ce ne peut pas être à court terme ; cette rentabilité différée des actions de prévention justifie leur définition par chaque État, alors que les objectifs visés peuvent être communs à plusieurs Etats.

Tout message concernant par exemple le rôle de l’alimentation ou des rythmes de vie, la lutte contre la sédentarité ou l’alcoolisme, doit prendre en compte tant les particularismes culturels que les circonstances sociales ou économiques des populations-cibles à qui il est destiné ; diffuser à tous des messages identiques procéderait de l’idée que toutes les pratiques sanitaires peuvent être coulées dans un moule commun sans connaissance du social. Or la connaissance de celui-ci s’impose d’autant plus naturellement qu’il s’agit de réaliser des actions avec des populations de cultures différentes, que ce soit pour une enquête épidémiologique où l’étude des comportements est souvent importante, ou pour un programme d’éducation où messages et moyens doivent être adaptés au public-cible.

Par ailleurs la santé publique est difficilement séparable d’une vision politique. En effet les choix qui sont faits de telle priorité ou de telle stratégie sont du domaine des politiques de santé ; d’autre part, et peut-être surtout, les solutions aux problèmes des inégalités devant la maladie ou du rôle de l’État relèvent d’options politiques plus globales par rapport auxquelles les responsables sanitaires doivent se situer. D’où une remise en cause par certains de la neutralité des sciences qui concourent à la connaissance des problèmes de santé d’une population donnée.

On reproche ainsi à l’épidémiologie de ne pas prendre souvent suffisamment en compte les déterminants sociaux des faits de santé qu’elle étudie. Toutefois on ne peut négliger l’intérêt d’études comparées dans plusieurs pays de problèmes de santé précisément définis (cancers bronchiques, maladies cardio-vasculaires, mortalité des adolescents, santé bucco-dentaire, consommation de drogues licites ou illicites, etc.) ou d’études sur des populations ciblées au sein d’une population définie (femmes enceintes, migrants, personnes âgées par exemple).

Au terme de ce survol non exhaustif, fondé sur le postulat qu’une politique de santé publique a pour rôle de définir les mesures et d’organiser les moyens collectifs en faveur de la santé de populations ou de groupes de populations en tenant compte de leur situation concrète, on peut considérer l’intérêt du niveau européen dans trois champs : prééminence absolue du respect de la vie privée et des libertés individuelles, approche épidémiologique comparée des problèmes de santé dans divers pays ouvrant sur une meilleure connaissance des déterminants de la santé (études du type « baromètres ») afin d’améliorer les actions de prévention, définition d’objectifs communs et évaluation des résultats obtenus en fonction des moyens utilisés. En revanche il faut refuser l’idée de solutions communes déterminées a priori ou celle de normes imposées (en dehors de l’environnement physique : qualité de l’air et de l’eau par exemple) qui nieraient de fait les spécificités culturelles et sociales de chaque pays.

Dans ces conditions, le choix d’une agence européenne paraît plus adapté que celui d’une administration.

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