2001 – RAPPORT ANNUEL – De la misère humaine sur nos plages – Éditorial de mars

Le littoral le plus huppé de France entaché de l’arrivée de 912 Kurdes… A quand l’invasion ? Pourtant 78% des Français sont d’accord pour les accueillir et cela n’a sans doute pas été sans conséquence dans la décision, tardive, du gouvernement de leur délivrer un sauf-conduit permettant à ces réfugiés de déposer des demandes d’asile. De qui s’agit-il ? Pour la quasi totalité de Kurdes venus d’Irak qui n’en peuvent plus du régime de père Ubu sanglant imposé par Saddam Hussein et encore aggravé par un embargo devenu imbécile et criminel. Ils ont tout vendu, tout quitté, partant pour cesser d’être des jouets entre les mains d’une dictature qui décide, en tout arbitraire, de leur vie et de leur mort, parce que Kurdes. L’asile, ce n’est pas autre chose que quitter son pays pour demander à un autre pays non seulement un accueil, mais aussi d’être reconnu comme un être humain, ayant les mêmes droits que tout autre homme ou femme sur Terre. En accueillant ces réfugiés, nous ne remplissons pas un devoir humanitaire, nous appliquons les principes édictés par la Déclaration universelle en leur restituant leurs droits et leur dignité.

Peu importe la manière dont ils sont arrivés. Ceux qui s’offusquent de l’existence de réseaux où des malandrins font fortune et qu’il faut réprimer, confondent les causes et les conséquences. Les réseaux disparaîtront d’eux-mêmes lorsque l’on n’aura plus besoin de fuir pour vivre et lorsque les portes cesseront d’être fermées.

Ces portes se sont entrouvertes pour 912 de ces déshérités (encore que deux aient été invités à quitter le territoire parce que Palestiniens). Les sections de la LDH ont été plus que présentes pour aider et dire quelle était la réalité des choses. Celles de PACA, celles de Rhône-Alpes, d’autres encore. Nous devrons continuer à être présents car rien n’est terminé. Soit que la législation européenne leur interdise de rejoindre leurs proches, soit que la reconnaissance de leur statut de réfugié reste en suspens auprès d’un OFPRA dont on sait les interprétations restrictives de la Convention de Genève.

Nous ne ferons pas l’économie d’un débat européen sur la politique d’asile. Ici, en France, bien sûr. Mais aussi dans tous les autres pays de l’Union européenne pour qu’enfin cesse cette Europe forteresse. L’association européenne que nous venons de créer avec d’autres associations de la FIDH en est l’outil tout désigné.

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