2001 – RAPPORT ANNUEL – Caravane pour les droits de l’Homme en Tunisie, l’envers du décor – Printemps

Cette opération a été initiée par la Ligue des droits de l’Homme, la Fondation France Libertés, le collectif de soutien à la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme, le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie, l’Association des Tunisiens en France, la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives, le Cedetim et l’Union générale des étudiants tunisiens, avec le soutien de la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme, Amnesty International – Section française, le Réseau euro-méditerranéen pour les droits de l’Homme, Hourrya / Liberté, l’ASDHOM, la CGT, Sud PTT, la FSU, le Parti communiste, l’UEC, l’UNEF, Reporters sans frontières et l’Association des travailleurs maghrébins en France.

Déclaration

Devant la détérioration de l’état des libertés publiques touchant tous les champs de la vie politique, syndicale, économique ou culturelle et des droits de l’Homme en Tunisie attestée par nombre de faits, témoignages et rapports concordant qui illustrent la contradiction entre les discours du gouvernement tunisien et ses pratiques, des regroupements de citoyens tunisiens vivant en France et des associations et ONG françaises, soutenues par plusieurs organisations syndicales, politiques et associatives, ont décidé d’unir leurs efforts pour lancer une initiative ponctuelle commune de sensibilisation et d’information.

Partant d’un constat partagé, le groupe d’initiateurs et les organisations qui le soutiennent ont adopté la présente déclaration dans le but d’afficher clairement les éléments de convergence à la base de leur initiative, d’une part, et les objectifs et moyens qu’ils assignent à cette action, d’autre part.

Le constat

La situation en Tunisie est marquée, aujourd’hui plus que jamais, par une inquiétante escalade dans la violation et les atteintes aux libertés individuelles et collectives. Cela se manifeste notamment à travers :

  • la multiplication des procédures juridiques visant à donner un semblant de « légalité » à ce qui constitue, à l’évidence, des manifestations d’intolérance politique et de répression policière ;
  • le coup de force engagé contre la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH), constitue de ce point de vue un point culminant qui focalise la mobilisation des démocrates en faveur d’un des principaux acquis de la société civile tunisienne. Il s’inscrit dans la logique policière d’encerclement qui cible toutes les associations autonomes (Association tunisienne des femmes démocrates – ATFD, Conseil national pour les libertés – CNLT, Association des jeunes avocats – ATJA, Rassemblement pour une alternative internationale du développement – RAID, section tunisienne d’Amnesty International), et le mouvement étudiant ;
  • le développement sans précédent, du phénomène des violences policières sous toutes ses formes et qui cible, en toute impunité, les défenseurs des droits de l’Homme et des opposants ;
  • la persistance de l’absence de libertés d’expression et tout particulièrement de liberté de la presse ;
  • la négation de fait (en contradiction flagrante avec la Constitution de la Tunisie) du droit à la liberté d’association ;
  • le recours de plus en plus répandu – maintes fois dénoncé par les ONG tunisiennes et internationales ainsi que par les rapporteurs spéciaux des Nations unies – aux mauvais traitements et à la torture en toute impunité et en flagrante opposition avec les engagements souscrits par l’État tunisien ;
  • et, plus généralement, le harcèlement systématique (judiciaire, politique, agressions physiques, atteintes à la vie privée…) de nombre de militants et défenseurs des droits de l’Homme ou opposants, harcèlement qui confine parfois à de véritables chasses aux sorcières.

Les luttes engagées par un nombre croissant de démocrates et citoyens tunisiens qui refusent et rejettent ces atteintes trouvent de plus en plus d’échos auprès de l’opinion publique nationale et internationale et ont suscité nombre d’initiatives, y compris à l’échelle des institutions internationales (ONU, Parlement européen…).

Les objectifs

Face à cette situation, la présente initiative se fixe comme objectifs :

  • informer et sensibiliser, aussi largement que possible, l’opinion publique en France et dans le monde ;
  • élargir le champ de la solidarité active en faveur de la société civile tunisienne ;
  • agir auprès des autorités françaises et européennes ainsi qu’auprès des instances internationales pour amener le gouvernement tunisien à respecter ses engagements en matière de respect des droits de l’Homme, des principes démocratiques et de l’État de droit, ce qui devrait se traduire notamment par :
    • la levée de toutes les poursuites à l’encontre le la LTDH et de ses dirigeants légitimement élus par son Ve congrès,
    • le respect inconditionnel des libertés publiques et individuelles garanties par la Constitution et les conventions internationales, tout particulièrement en matière de liberté d’expression et d’association,
    • l’arrêt immédiat de toutes les formes de harcèlement dont sont victimes les citoyens, les militants et défenseurs des droits de l’Homme, les associations autonomes ou les opposants.

La nature de l’action

Intitulée « Caravane pour les droits de l’Homme en Tunisie, l’envers du décor », cette initiative repose sur deux principes :

  • la recherche, dans la mesure du possible, d’une large convergence et d’une unité d’action dans le respect total de l’identité et l’autonomie de ses initiateurs et des organisations qui la soutiennent ;
  • son caractère ponctuel, la campagne prenant fin à la mi-avril avec la nécessité d’en établir un bilan précis.

Conçue comme une action devant se dérouler prioritairement en France (en lien avec les luttes en Tunisie), cette initiative établira une double jonction avec les initiatives engagées à l’occasion de la tenue :

  • de la session de la Commission des droits de l’Homme des Nations unies à Genève,
  • de la réunion du Conseil d’association tuniso-européen à Bruxelles.

De ce fait, l’action se déroulera autour de deux axes :

  • susciter, organiser ou participer à diverses initiatives qui se dérouleront en France durant cette période ;
  • organiser six étapes spécifiques :
    • à Paris, une conférence de presse ;
    • à Strasbourg, une délégations de représentants d’ONG tunisiennes de défense des droits de l’Homme au Parlement européen ;
    • à Bruxelles, en rapport avec les associations belges, un rassemblement au moment de la tenue du conseil d’association et, en cas de report de cette session, rencontres avec la Commission européenne et le Conseil des ministres ;
    • à Genève, en rapport avec les organisations suisses, un rassemblement de soutien à l’initiative des ONG internationales ;
    • à Paris, organisation d’un meeting qui constituera le point fort de la campagne ;
    • interpellation à l’encontre des parlementaires français.

Mise sous l’autorité du comité de pilotage, composé de représentants d’organisations membres du groupe d’initiateurs, cette action devra disposer des moyens mobilisés par tous dont notamment :

  • sur le plan humain, la mise à disposition de chaque initiative se déroulant en France d’une équipe de deux ou trois personnes chargées de présenter le sens de la campagne ;
  • sur le plan matériel, un texte d’appel, un dossier, une affiche, des autocollants, et tous les supports et ressources spécifiques aux membres du comité de pilotage.

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