2001 – RAPPORT ANNUEL – 11 septembre – Éditorial de septembre

La stupéfaction s’est dessinée, puis l’horreur s’est gravée sur les visages : l’onde de choc provoquée par les attentats commis aux USA fera sentir ses effets encore longtemps et partout. Une vie américaine ne vaut pas plus qu’une vie palestinienne, israélienne, afghane ou rwandaise mais elle ne vaut pas moins non plus. Affirmer notre compassion aux victimes, dire notre condamnation sans réserve de tels agissements, c’est réaffirmer que rien ne peut justifier de tels actes, d’où qu’ils viennent et quelles qu’en soient les causes.

Après plus d’un siècle d’existence, la LDH plus que toute autre association de défense des droits de l’Homme, est en droit d’affirmer que chaque lutte est comptable des moyens qu’elle emploie. Nous savons bien le danger extrême que représente toute démarche qui, au nom d’un bonheur futur, s’autorise à répandre, sans distinction, le malheur aujourd’hui. Le droit à la révolte que proclame la déclaration de 1793 n’implique nullement que cette révolte se transforme en une boucherie indiscriminée. Les critiques que l’on peut, que l’on doit faire, de la politique des USA n’autorisent pas à s’attaquer aux populations civiles.

Lutter contre cette violence est parfaitement légitime. Encore faut-il ne pas se contenter des apparences. L’apparence, ce sont ces fous de Dieu qui viennent prêcher l’intolérance au nom de leur foi. La réalité, c’est ce qui les conduit à commettre de telles monstruosités. Qui peut croire un instant que le seul discours religieux suffit à envoyer un homme au suicide et à le convaincre d’y envoyer des milliers de personnes, si ce discours ne s’enracine pas dans le terreau du désespoir ? Ce désespoir qui s’alimente, jour après jour, des injustices sans cesses renouvelées et sans cesse croissantes que produit notre monde.

Il serait désastreux qu’en même temps que l’on poursuit les auteurs de ces crimes et leurs commanditaires, la communauté internationale ne prenne pas conscience qu’il est plus que temps de mettre un terme aux injustices qui pèsent sur la majorité de l’humanité.

Il serait tout aussi désastreux que l’on réponde à ces crimes, non par la justice, mais par la vengeance, ramenant ainsi les démocraties au niveau de ceux qui les combattent.

Il serait, enfin, encore plus désastreux que la conséquence de ces actes soit une division toujours plus grande du monde entre un monde « civilisé » et les autres mondes, les barbares : nous ne survivrions pas longtemps à cela.

Les attentats commis aux USA sont un déni de l’universalité des droits : parce qu’ils atteignent la population civile mais aussi parce qu’ils nous renvoient l’image d’un monde où la démocratie ne serait réservée qu’aux riches, les autres n’ayant que la violence et l’intolérance pour exprimer leur désespoir. De ce monde là, nous ne voulons pas.

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