2000 – RAPPORT ANNUEL – 26 mai – La pénalisation de la pauvreté

Les associations et syndicats d’un collectif[1] constitué à l’occasion d’un colloque les 8 et 9 octobre 1999 intitulé « Mineurs en danger, mineurs dangereux », ont organisé un forum sur les politiques pénales publiques à la Maison des syndicats de Montpellier :

Le discours sur la politique pénale est devenu un enjeu majeur du débat politique et électoral. Au nom du combat contre le sentiment d’insécurité, tout un pan du droit des mineurs et de la procédure pénale est en train d’être bouleversé, les quartiers pauvres du pays sont placés sous surveillance spéciale et les procédures d’exception envers les habitants se routinisent, avec comme objectif principal le maintien de l’ordre public (ou sa réaffirmation théâtrale), le modèle de référence implicite ou explicite étant celui de la « tolérance zéro ». Le nouveau discours sécuritaire et les dispositifs qu’il justifie envahissent et encombrent le champ judiciaire et policier, au point où les préoccupations de la justice sont devenues totalement absentes des audiences pénales : lutte contre le crime organisé, la délinquance financière, environnementale…

Au moment où les pratiques policières, judiciaires et pénales se différencient fortement selon le territoire et donc les populations qu’il accueille, le vers de La Fontaine « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir… » semble plus que jamais d’actualité. Ces développements et les motifs qui leur sont donnés appellent une analyse à la fois technique et sociologique des choix politiques que l’on prétend inéluctables au nom de soi-disant théories criminologiques (telle la fameuse « vitre cassée »). Il n’y a pas plus de fatalité en matière de sécurité qu’il n’y en a en économie. Le forum débat de Montpellier a eu pour but de mettre en lumière les différentes logiques qui conduisent, en France et partout en Europe, au glissement d’un État social vers un État pénal, au fur et à mesure que s’y répand l’idéologie néo-libérale.


[1] Syndicat de la magistrature, LDH, Syndicat national des personnels de l’Éducation surveillée – Protection judiciaire de la jeunesse FSU, Syndicat national unitaire des assistantes sociales de la fonction publique – FSU, Carrefour national de l’action éducative en milieu ouvert, SUD-CRC, Union générale des syndicats de la pénitentiaire – CGT, Syndicat national des psychologues, Syndicat national de l’enseignement secondaire – FSU.

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